N°50
Autisme: l’erreur est pavée de bonnes intentions,
par Sébastien Ponnou
Au Sénat, pour défendre la dimension psychique,
par Christine Maugin

Au Sénat, pour défendre la dimension psychique
Christine Maugin
La sénatrice Raymonde Poncet Monge, par son accueil chaleureux et son propos aiguisé, a fait preuve de son engagement aux côtés des professionnels du champ psy et des personnes concernées. «Défendre la relation dans les soins psys», tel est le titre du colloque dont elle a pris l’initiative, le 6 juin 2026, au Sénat. Il a permis d’entendre dix-sept interventions, enrichies des interlocutions avec la salle. Cette journée studieuse, emprunte d’un esprit combattif, a montré combien la relation de soins et la pluralité des approches sont corrélées à la démocratie.
Dès l’introduction, la sénatrice Poncet Monge a dénoncé une théorie du soin effaçant la dimension subjective et laissant croire que l’Homo economicus serait le «bon patient», rationnel et autonome en tout, sans histoire et, en somme, sans inconscient. Cet homo economicus est une fiction, qui annihile toute relation. Penser le soin en termes purement économiques produit l’appauvrissement de la société démocratique.
Albert Ciccone a résolument critiqué une conception de l’être humain qui ne devrait ses succès qu’à son cerveau et ses échecs qu’à son manque de volonté. Avec Maud Pontis, le débat a porté sur «Mon soutien psy», dispositif ministériel qui réduit le patient à un consommateur et le praticien à un agent contraint dans sa pratique. Comme l’a noté Mathieu Bellahssen, cette ubérisation de la pratique du psychologue augure d’un passage à l’IA sur le principe: un trouble⇒un outil.
Benoît Blanchard et Gwenaëlle Ordureau ont mis l’accent sur la joie de travailler en CMPP avec des enfants et des adolescents, ayant besoin d’une attention particularisée et d’un accompagnement sur la durée, pour élaborer une solution face aux épreuves qu’ils traversent. Être présents et vivants est indispensable et implique souvent une approche pluridisciplinaire, incluant l’école.
Benjamin Gavrois a, quant à lui, précisé que les personnes souffrant de pathologies psychiatriques sans suivi sur un temps long se retrouvent à la rue, d’où l’importance des lieux CAC (Centres d’accueil et de crise). Celui de Garancière est actuellement menacé dans son principe d’accueil jour et nuit.
Les témoignages de plusieurs personnes concernées par des soins psychiatriques ont été particulièrement applaudis. Elles ont témoigné de leur rencontre avec la psychanalyse, la psychiatrie-psychanalyse, la psychothérapie qui s’inspire de Freud. Geneviève Henault a rappelé que ces suivis s’inscrivent nécessairement dans la durée. Le jeune Paco Biau-Lamort a partagé son art pictural et poétique avec le public, mettant en valeur que l’IME est un espace joyeux où il se sent à l’abri: «L’IME protège de la tempête», a-t-il lancé, contrairement au milieu scolaire ordinaire –où certains voudraient inclure à tout prix les personnes avec handicaps, comme l’a fait remarquer Loriane Bellahssen. Estelle Zannin a très bien dit son refus d’être considérée et expertisée comme le serait une voiture pour laquelle un diagnostic technique débouche sur une réparation en quarante-huit heures. Il lui a fallu la possibilité de parler longuement à un psychiatre-psychanalyste pour trouver une issue favorable. Fred, de l’association HumaPsy, a expliqué que son parcours n’aurait pu se faire sans disposer d’un temps suffisamment long. Il a aussi pointé que la contrainte imposée au patient s’effectue toujours à partir d’une supposition de dangerosité. Engager la conversation entre «soignant» et «soigné» est une tout autre approche. La mère d’une enfant autiste a défendu l’idée que la pluralité des approches est une nécessité pour l’accompagnement des personnes souffrant psychiquement.
Deux internes en psychiatrie, Lucie et Diane, ont décrit l’enseignement actuel en médecine, qui prétend traiter la maladie sans parler du patient: comment, quand on rencontre un patient, ne pas tenir compte de ce qui lui arrive? Ce rejet de la complexité est inopérant, puisqu’aucun patient ne correspond au modèle préconçu.
Laura Sokolowsky a prononcé une intervention montrant que la parole et la démocratie ont partie liée. Elle a établi un parallèle entre les attaques historiques contre la psychanalyse dans les années trente en Allemagne et les offensives contemporaines, chaque fois au nom de la science et de la rationalité gestionnaire.
Mathieu Bellahsen a évoqué la tendance à éduquer les patients afin qu’ils soient bien sages. Les modèles les plus contraignants provoqueront des résistances, a-t-il affirmé. Il est de notre devoir de rendre leur dignité aux patients à partir du désir d’une psychiatrie fondée sur la dimension de la rencontre.
Ce colloque a permis de briser le silence imposé par quelques législateurs pour qui l’Homme ne doit pas penser pour mieux consommer. Le cerveau n’est pas le maître-mot de nos actions. Il s’agit de maintenir le lien social qui rend possibles la relation et la rencontre dans les soins psys.
Ne cédons pas sur notre désir que vive la psychanalyse.

