N°38
Les Esbroufes de la HAS – forum 12 mars
La HAS ordonne, obéirons-nous ? par Anne Colombel-Plouzennec
Échos & Brèves
L’impartialité de la Haute Autorité de santé remise en cause
par des médecins – sur France Inter
Pétition – Pour la pédopsychiatrie

La HAS ordonne, obéirons-nous ?
Anne Colombel-Plouzennec
Qui de mieux que le Capitan, le Matamore, ce militaire qui sillonne les terres et terrifie les êtres, repris sur l’affiche du forum du 12 mars 2026(1), pour dire ce à quoi nous avons affaire aujourd’hui avec l’arrivée avec tambour et trompette des nouvelles recommandations de bonnes pratiques pour l’autisme et lesdits troubles du neurodéveloppement (TND) ?
La rhétorique performative de la HAS
Autoritaire et péremptoire, la Haute Autorité de santé (HAS) clame haut ses principes autoproclamés. Les énonçant, elle veut constituer simultanément l’acte auquel elle se réfère(2): sa rhétorique est performative. Du trône de sa superbe, elle veut ainsi tous nous mettre au pas de sa protocolisation. La référence à 1984 d’Orwell ne peut qu’émerger à la lecture de ces recommandations.
Exit l’institution, telle qu’elle avait été élaborée dans le champ freudien et bien au-delà. Place à l’organisation !
Le terme coordination devenu incontournable dans le vocabulaire des institutions depuis quelques années, cet «agencement logique des parties d’un tout en vue d’obtenir un résultat déterminé(3)», résonne désormais sensiblement avec celui de collaboration, chaque intervenant auprès des usagers estampillés TND –médecins, psychologues, éducateurs, infirmiers, etc. – devant se soumettre à la pratique unique, et pour cela se former à la «bonne parole».
Sinon? Vous serez stigmatisés «non recommandés», invalidés, déremboursés, mis à l’écart, au rebut et contraints au silence !
Une grotesque farce
Il fallait bien alors la Commedia dell’arte pour faire de ce soldat terrible un personnage emphatique, vantard de ses exploits de guerre, fanfaronnant. Il veut faire valoir sa bravoure, mais s’avère fondamentalement pleutre, n’ayant d’autre emblème que son caractère grotesque et sa lâcheté devant la bataille.
Grotesque, la HAS l’est certainement dans sa manière d’écraser le langage, en prétendant le réduire à «ses versants réceptif et expressif(4)» et à ses «dimensions: phonologique, lexicale, sémantique, syntaxique et pragmatique», selon les termes de ses recommandations. Ah! La pragmatique, l’action concrète, telle semble être le grand I de l’Idéal qui veut non pas tant accompagner les enfants autistes que «les évolutions des politiques publiques(5)». Et pour cela, il faut et il suffit, dit la HAS, de faire simple: on exige des «observations cliniques structurées nécessaires à l’actualisation du projet personnalisé [qui soient] des évaluations du fonctionnement simples de mise en œuvre(6)». Il faut ne jamais avoir rencontré un enfant atteint d’autisme pour prétendre à une telle simplicité.
Notons que pour mettre en œuvre cette simple tactique de courte vue, les moyens (nombre de personnels, formation, locaux, matériels, évaluation, réévaluation, ré-réévaluation) devront suivre… Et là encore de simples promesses…
Laisser-tomber
Lâche, la HAS l’est aussi, lorsqu’elle s’avance si grosse d’elle-même, cédant sur la complexité de l’autisme et la consistance de la subjectivité. Pourtant, c’est bien là ce qui ne cessera de faire retour, et ce à quoi nous ne cesserons de faire accueil, humblement, mais assurément, en continuant de parler, de penser, d’apprendre, de chercher, de tenter, d’inventer.
Mise à nu de la HAS
Voilà ce que ce personnage de l’affiche nous propose : la voie d’un traitement possible de ce qui déferle, en révélant au grand jour les traits saillants du scénario auquel nous avons affaire. Ainsi nous permet-il de ne pas rester figés par la peur, mais de situer le caractère qui prend forme dans la mauvaise pièce qui nous est jouée, pour in fine pouvoir en répondre.
Gageons que la mobilisation du 12 mars prochain sera à la hauteur de cet enjeu.
(1) Les esbroufes de la HAS, forum organisé par l’École de la Cause freudienne, le 12 mars 2026, à 20H en visio, accès libre sur Lacan Web TV
(2) Cf. «Performatif» dans Le Robert, disponible sur internet.
(3) «Coordination» dans Le Robert.
(4) HAS, «Recommandation. Trouble du spectre de l’autisme: interventions et parcours de vie du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent », janvier 2026, p. 29, disponible sur has-sante.fr.
(5) Ibid., p. 12.
(6) Ibid., p. 17.

