Lacan Quotidien n°54 – Le vel de la psychanalyse – Bérengère Nicolas

Un sujet prononce en séance cette formule : « Pour moi, c’était la psychanalyse ou la vie.» D’abord satisfait, il se ravise quelques minutes plus tard et lui reste un sentiment d’inquiétante étrangeté. Comment entendre cet énoncé? Quel sens lui accorder ?

L’intention première avait été d’évoquer le choix forcé qu’avait constitué pour ce sujet la psychanalyse.

À l’instar du pari de Pascal, il s’était agi de miser sur l’expérience de la psychanalyse comme possible dépassement de sa difficulté de vivre, alors même qu’il avait rencontré dans sa vie un réel, à ce moment-là.

Dans l’énoncé «la bourse ou la vie», il convient de choisir la vie écornée d’une lichette de jouissance plutôt que tout perdre. C’est le risque de l’existence qui engage l’acte du sujet à chaque pas qu’il franchit. L’École de la Cause freudienne, par l’entremise de son action lacanienne, c’est la mise en jeu de ce pari sans cesse renouvelé.

Lacan cerne l’objet a, plus-de-jouir, à la fois comme ce qui assure l’étoffe de l’être et comme ce qui en démontre l’inconsistance. La psychanalyse, en tant que discours, loge la cause du désir comme objet au-dedans de soi. C’est pourquoi il ne saurait y avoir de militance en psychanalyse au sens où pour la militance, l’objet cause n’est pas perdu, il est à récupérer au-devant de soi.

Dans cette perspective, le discours de la psychanalyse constitue l’opérateur et le répondant privilégiés de l’ex-sistence.

Admettre le vel[1] comme racine de l’aliénation signifiante, c’est faire le pari que le discours de la psychanalyse est en mesure de répondre de l’impossible à supporter. « Le choix n’y est donc que de savoir si l’on entend garder une des parties, l’autre disparaissant en tout cas[2] », précise Lacan à ce sujet.

Quelques années auparavant, il soulignait que: «L’effet de langage, c’est la cause introduite dans le sujet. Par cet effet il n’est pas cause de lui-même, il porte en lui le ver de la cause qui le refend. Car sa cause, c’est le signifiant sans lequel il n’y aurait aucun sujet dans le réel.[3] »

En cela, c’est à considérer une École de psychanalyse comme « un sujet[4] », tel que l’énonce Jacques-Alain Miller, qu’on interprète les rapports de chaque-un à l’Idéal.

C’est ainsi à supporter les effets du langage que le discours de la psychanalyse aura chance de se transmettre et d’avancer.

[1] Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 190-193.
[2] Ibid., p. 191.
[3] Lacan J., « Position de l’inconscient », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 835.
[4] Miller J.-A., Théorie de Turin sur le sujet de l’École, Paris, PPP, 2024, p. 20.

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Lacan Quotidien

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