Lacan Quotidien n°40 – Question à la HAS, par Daniel Roy

N°40
Question à la HAS, par Daniel Roy
Former les parents ? par Marjolaine Mollé

Daniel Roy

En regard des recommandations de la HAS et de la place qui y est faite à la psychanalyse, soulignons que la psychanalyse ne s’est jamais présentée comme une «méthode de traitement» de l’autisme, au sens des techniques, méthodes ou programmes auxquels elle est associée dans ce texte. Si elle est une méthode, ce serait au sens philosophique, celui du Discours de la méthode de Descartes.

La psychanalyse est une formation personnelle pour nombre de soignants qui accompagnent des enfants, adolescents et adultes souffrant de difficultés majeures du rapport aux autres et/ou au corps propre, au point que la famille qui s’en occupe se trouve démunie, comme d’ailleurs la plupart des institutions. Certaines structures de soins, que ces soignants ont souvent contribué à mettre en place, accueillent ces sujets autistes –souvent rejetés de l’école, mais aussi, disons-le, d’institutions appliquant exclusivement les méthodes comportementales recommandées par la HAS.

Qu’attaque la HAS?
Concernant l’autisme infantile, les psychanalystes ont toujours prôné un abord clinique qui tienne compte des symptômes singuliers de chaque sujet, qui respecte ses défenses initiales (1), pour prendre appui sur les ressources qu’elles proposent, sans vouloir soumettre les enfants à une rééducation formatée.

Dans cette perspective, ces praticiens accompagnent et soutiennent quotidiennement toutes les initiatives qui offrent aux enfants des ouvertures vers un lien social plus supportable, tout en tenant compte de l’angoisse que suscite souvent chez eux toute situation nouvelle. Ils sont au côté des parents pour partager ces initiatives, tout en rappelant que cet échange repose sur l’établissement d’une relation de confiance et ne se décrète pas par des «recommandations» de bonnes pratiques.

La HAS outrepasse sa fonction
Dans ses recommandations pour l’autisme, la HAS outrepasse sa fonction d’assurer aux enfants et à leurs parents que les soins et les accompagnements qui leur sont proposés par les soignants et les équipes accueillant leur enfant le soient dans le respect des «règles de l’art» de la profession à laquelle ils ont été formés et à laquelle ils continuent à se former.

En conséquence, nous estimons que la psychanalyse n’est aucunement à sa place dans la liste des «méthodes non recommandées», et doit en être extraite.

En effet, la psychanalyse doit être estimée à la place qui est la sienne depuis Freud, celle d’une discipline de parole qui accueille la singularité de chacun et la considère comme au cœur des ressources sur lesquelles chaque sujet, autiste ou non, peut trouver un appui pour prendre place dans notre monde humain partagé.

Quant aux «autres interventions basées sur des approches psychanalytiques», elles sont de la responsabilité de plusieurs générations de praticiens engagés depuis plus de quarante ans et jusqu’à aujourd’hui auprès des enfants autistes et de leurs parents.

La HAS a-t-elle pris soin de solliciter ces professionnels et ces autistes ou leurs familles pour les entendre sur la réalité de leurs pratiques et sur l’appréciation desdits «usagers» concernant ces interventions avec eux? Nous sommes en droit de nous poser la question. Rien n’en témoigne. Aussi nous revient-il d’en témoigner publiquement.

(1) Roy D., « L’abord clinique de l’autisme », Lacan Quotidien, n°33, 17 février 2026.

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Lacan Quotidien

Lacan Quotidien est une publication de l'Ecole de la Cause Freudienne

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