N°31
Une dépêche de Marie-Hélène Brousse
FondaMental lave plus blanc, par Laurent Dupont
Nouveau coup médiatique contre la psychanalyse, par Michel Grollier

Nouveau coup médiatique contre la psychanalyse
Michel Grollier
Quatorze ans après sa première proposition de recommandation sur l’autisme, la HAS vient de sortir ses nouvelles recommandations. Sans surprise, l’organisme enfonce le clou. Mais au-delà, un petit groupe en a profité, à travers des commentaires publiés dans la presse, pour revendiquer une interprétation toujours plus fermée de ces recommandations. Les recommandations sont sorties le 12 février et je n’ai pas fini de les étudier, mais ces commentateurs ont déjà tout lu et envoyé à la presse le produit de leur lecture. Notons que certains sont au cœur même du dispositif HAS… Une orchestration médiatique remarquable, en plusieurs temps dans Le Monde.
Différents points sont mis en avant par les journalistes du Monde(1), notamment l’expertise parentale et l’appel à plus d’inclusion scolaire, et encore des interventions précédant le diagnostic. Un point retient l’attention: cette fois, la psychanalyse n’est pas recommandée, les preuves étant jugées insuffisantes. Mais de quelles preuves parle la HAS quand aucune des méthodes mentionnées dans ses recommandations ne recueille le grade A de «preuve scientifique établie»?
Le droit de menacer
Le jour même paraît un entretien avec Etienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement(2). Il rappelle que en 2012 la psychanalyse était juste «non consensuelle». C’est correct de le reconnaître. Aujourd’hui, se félicite-t-il, elle est «non recommandée». Si dans un premier temps il convient que cela «ne signifie pas forcément que des interventions non recommandées sont interdites», plus loin il se dévoile: «Par ailleurs, même si elles ne sont pas stricto sensu opposables, ces recommandations peuvent faire jurisprudence. En cas de litige, un juge a la possibilité de demander à un soignant pourquoi il ne s’est pas conformé aux bonnes pratiques».
Il devient même menaçant quand il insiste pour demander aux institutions de justifier leur refus d’appliquer les recommandations, allant même jusqu’à dire: «À chaque fois que j’aurai connaissance d’interventions non validées, je déclencherai une inspection administrative». Validées par qui? Un guide qui finalement interdirait tout ce qu’il ne recommande pas?
Qui suivra le délégué interministériel dans cette voie? Pas besoin de vote du Sénat pour faire la chasse aux sorcières.
Pas interdire, mais contraindre
Une tribune(3) de commentateurs est parue peu avant dans le même journal. Et dans leurs quatre recommandations, la troisième est: «contraindre la pédopsychiatrie à respecter les bonnes pratiques: former les soignants aux recommandations de la HAS».
Un matraquage médiatique efficace
À l’occasion de la parution de ces recommandations de la HAS, nous assistons donc à un matraquage médiatique qui, même s’il n’aboutit pas à l’interdiction de la psychanalyse, enfonce encore une fois le clou. Ce sont ces incessantes frappes, qui ne cessent pas, qui contribuent à insuffler dans la société et le monde politique une nouvelle pensée. Cela rappelle la politique que Trump a mise en valeur: matraquer tous-azimuts pour renverser le discours des médias d’information, empêcher de penser pour réduire toute protestation, étouffée avant même d’avoir pu éclore.
Aurons-nous encore une place dans l’espace médiatique?
(1) «Autisme: la Haute Autorité de santé recommande une place centrale pour les parents dans le suivi des enfants». Le Monde, 12 février 2026.
(2) Autisme: «Les recommandations de la Haute Autorité de santé peuvent faire jurisprudence», Le Monde, 12 février 2026.
(3) Chapel F., Delorme R., «La maltraitance des enfants et des adolescents dans les hôpitaux psychiatriques n’est pas une fatalité», Le Monde, 10 février 2026.

