N°24
Jusqu’où les humains se rêveront-ils machines?
par Sarah Camous-Marquis
De l’usage du biais cognitif
par Corine Perrot

De l’usage du biais cognitif
Corinne Perrot
Ces messieurs-dames les neuroscientifiques, ceux qui sont en guerre contre la psychanalyse et toute pratique d’écoute de la parole des souffrants, ont le mot «biais cognitif» à la bouche perpétuellement. Selon des chercheurs cognitivistes, le biais cognitif serait un défaut de fonctionnement du cerveau humain qui correspond à une adaptation obsolète face à la complexité du monde moderne. Le «biais cognitif» est une erreur de raisonnement, qui aboutit à une fausse conclusion.
Cependant, un doute nous étreint quant à l’usage que font ces chercheurs-communicants d’un «biais cognitif», dont ils connaissent parfaitement l’existence, et dont ils usent et abusent. Ce «biais» consiste, pour la majorité du grand public, à confondre «scientifique» avec «idéologiquement neutre».
Ni neutralité, ni garantie
Pour Lacan, un savoir ne peut être produit sans un sujet incarné, et idéologiquement non neutre, qui produise ce savoir, ou du moins l’hypothèse qui le mènera à ce savoir. Tant que le narcissisme du chercheur peut supporter la contradiction, l’invalidation de ses hypothèses par l’épreuve de l’expérience, l’honnêteté intellectuelle lui permet de se remettre au travail d’une nouvelle hypothèse, fort de ce nouveau savoir négatif. Si, par malheur, comme ce fut le cas pour un éminent chercheur marseillais, le narcissisme est plus fort que tout, alors c’est la mauvaise foi qui l’emporte et la dérive idéologique s’empare du sujet, tout chercheur qu’il est. Certain de la véracité de son hypothèse, il entre en croisade, quitte à tordre la réalité pour soutenir sa certitude.
Ainsi, en science comme dans toute autre activité humaine, de garantie de neutralité, il n’en existe point. On peut même affirmer qu’il ne peut en exister.
La seule garantie que la science puisse apporter, c’est par le chemin de l’épreuve des faits. Or, en matière de psychisme humain, l’épreuve des faits ne permet pas de valider une causalité toute neurologique aux conduites humaines. Ce n’est pas de la vouloir à tout crin qui la fera exister.
Anathème
En attendant mieux, peut-être, il existe des pratiques sociales, parmi lesquelles la psychanalyse au fondement théorique rigoureux mais en tant que modèle toujours incomplet, qui rendent indubitablement service aux souffrants. Cela est un fait et, pour autant, les psychanalystes ne revendiquent aucunement la «neutralité» idéologique, ni l’appartenance à la science. Les psychanalystes revendiquent qu’on les laisse exercer sans vouer leur discipline à l’anathème.

