N°23
L’action lacanienne à l’Université, par Sophie Marret-Maleval
Pas si facile d’être antipathique, par Aurélie Pfauwadel
L’amour des livres
«Cesser de travailler, c’est mourir»,
par Nathalie Georges-Lambrichs

L’action lacanienne à l’Université
Sophie Marret-Maleval
L’action lacanienne à l’Université, c’est d’abord l’acte de Lacan lorsqu’il décida d’ouvrir des enseignements dans le cadre de l’université expérimentale de Vincennes, fondée en 1969. C’est au sein d’un établissement critique des modalités de production du savoir universitaire que Lacan put envisager que la psychanalyse prenne part.[…]
L’insertion de la psychanalyse à l’université tient non seulement à un lieu, du fait de sa spécificité au regard des savoirs, mais aussi à une perspective : « conforter » les savoirs dont l’analyse s’est servie, permettre aux sciences convoquées par la formation analytique qu’elles se renouvellent dans la proximité de l’expérience de la psychanalyse.[…]
Il y fallait, en effet, une boussole précise : en 1978, quatre ans après la fondation du département, Lacan en fait un bilan positif, énonçant, dans « Lacan pour Vincennes ! », que le discours analytique n’a pas pour vocation de dominer les autres discours, car il « n’a rien d’universel », « il n’enseigne rien », mais que « se démontre au premier pas vers l’enseignement » que « tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant »(1). L’enseignement de la psychanalyse à l’Université n’a pas la vérité comme aiguillage, mais bien le réel.[…]
Lacan convie les analystes à faire des limites du savoir leur objet. « [Il] n’est pas sûr qu’un savoir se sache(2) », affirme-t-il, c’est à ce savoir qui ne se sait pas qu’ils doivent s’attacher. Pour ce faire, il conseille aux analystes de se maintenir dans la position de celui qui veut savoir, en position d’analysant.[…]
Il s’agit dès lors d’« enseigner à la limite de son savoir, et donc sur le bord de son ignorance » plutôt qu’« en ressassant »(3).
Jacques-Alain Miller insiste sur la nécessité d’éviter l’éclectisme, le « saupoudrage » d’information, la « somme »(4). Il s’agit d’éviter aussi de se penser « sûr d’être dans le vrai » : « C’est justement parce qu’on est sûr de rien qu’il s’agit, toujours dans l’ordre scientifique, de construire un savoir », de l’« inventer », partant d’un « postulat », « et c’est précisément dans les impasses des conséquences de son postulat, […] qu’on a des chances effectivement de vérifier ce dont il s’agit ».[…]
Il y faut une bonne dose d’humour, un certain maniement de l’ironie pour ne pas se laisser désespérer par les idéaux qu’ils soient universitaires ou ceux du maître moderne.
* Extraits de l’intervention de S. Marret-Maleval présentée à Question d’École, le 24 janvier 2026, que vous pourrez bientôt lire dans son entièreté en revue.
(1) Lacan J., «Lacan pour Vincennes !», in Miller J.-A. (s/dir.), Scilicet. Tout le monde est fou, Paris, ECF, 2023, p.21.
(2) Lacan J., Le Séminaire, livre XVII, L’Envers de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 32.
(3) Miller J.-A., «L’orientation lacanienne. Donc. La logique de la cure», enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, leçon du 1er décembre 1993, inédit.
(4) Miller J.-A., «Lacan et la psychose», in collectif, L’Expérience clinique des psychoses, Nice, Z’editions, 1988, p.16-17.

