Lacan Quotidien n°22 – HAS: la Communication Alternative Augmentée contre tous les défauts du langage – Isabelle Magne

Isabelle Magne

La Haute Autorité de santé (HAS) est sur le point de publier l’actualisation de ses recommandations de bonnes pratiques pour la prise en charge des Troubles du neurodéveloppement (TND), en incluant l’autisme dans cette dénomination.

Pas recommandé vs commandité
La rédaction du projet(1) reprend une bonne partie des recommandations de 2012 complétées par des ajouts. Ainsi, dans la partie sur les méthodes à ne pas utiliser, on passe de la liste de 2012 où la psychanalyse n’est pas mentionnée, à l’ajout suivant: «Certaines méthodes et approches ne sont pas recommandées dans la prise en charge et l’accompagnement de l’autisme, en raison de leur absence de validation scientifique. Ces méthodes incluent: La méthode SACCADE; La méthode 3i; Les interventions basées sur des approches psychanalytiques; L’approche Snoezelen.(2)»

La HAS, avec l’argument que les TND nécessitent une prise en charge «la plus appropriée» selon « des synthèses rigoureuses de l’état de l’art et des données de la science à un temps donné(3)», priorise les thérapies cognitivo-comportementales. Elle continue ainsi d’ignorer toutes les études scientifiques récentes sur l’efficacité de l’approche inspirée de la psychanalyse portant sur les psychothérapies psychanalytiques, souvent dénommées psychothérapies psychodynamiques(4). Rappelons que, selon la HAS elle-même, aucune méthode n’atteint le « grade A » de « preuve scientifique établie(5)».

CAA: socle commun de communication
La HAS parle maintenant de «socle commun(6)» des connaissances et prône la Communication Alternative et Augmentée/Améliorée (CAA)(7).

Essentiellement issu d’Amérique du Nord, formalisé dès les années 1990 par des médecins (Dr Donald R. Fuller, Dr Lyle L. Lloyd), des orthophonistes, notamment David. R. Beukelman et le secteur de l’éducation spécialisée, le champ de la CAA regroupe tous les moyens, méthodes de communication, palliant au «défaut» de langage oral et/ou écrit. En France, certaines méthodes sont connues depuis les années 2000: avec des supports visuels comme la méthode PECS, les pictogrammes, avec des gestes ou des signes comme le système Makaton. Leur diffusion reste lente jusqu’en 2005 où la loi sur le handicap en accélère l’implantation. Parallèlement, avec le développement des objets connectés et de l’IA, de nouvelles méthodes ont vu le jour, telles que des applications qui «parlent» comme Proloquo2Go, qui est en fait un «lexique visuel prégénéré». Le concept semble ainsi innovant et encore plus attractif.

Récemment, sur la base du droit à l’accès à la communication, un pas juridique est franchi avec la constitution en juin 2025 d’un cadre de référence basé sur le concept de CAA. À la lecture de cette instruction, on retrouve également les registres de l’autodétermination, de la participation et de l’inclusion dans les arguments en faveur de la CAA.

Nous ne sommes plus à l’échelle de l’usage d’un outil, mais à celle d’un concept qui rabat le langage humain au niveau de la communication.

CAA: la solution alternative prônée par la HA
Si les recommandations de la HAS demeurent des recommandations et non des obligations, le tour de passe-passe pour rendre les méthodes opposables se dévoile avec l’entrée en jeu de la CAA(8).

L’instruction du 23 juin 2025(9) a été rédigée pour le déploiement de missions départementales d’expertise et d’information autour de la CAA, dans la perspective d’«une transformation de l’offre médico-sociale(10)» et «plus largement, la présente instruction a vocation à s’inscrire dans une dynamique globale de déploiement de la CAA portée par l’agence régionale de santé (ARS) et diffusée dans toutes les stratégies régionales, qu’elles concernent le secteur médico-social, social ou sanitaire(11)».

Étienne Pot, délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, œuvre en ce sens en organisant depuis janvier 2025 des colloques annuels sur le TND. Lors du premier colloque, il concluait sur la nécessité du «respect strict des recommandations de bonne pratique professionnelle portées par la Haute Autorité de santé» et lors du second, qui a eu lieu le 27 janvier 2026, la CAA en est le fil rouge(12).

CAA contre psychanalyse
Aujourd’hui promue par l’association ISAAC (International Society for Augmentative and Alternative Communication) dotée du statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies, la CAA passe pour garantir le caractère scientifique des méthodes qui en font partie et les politiques suivent sans critique cette idéologie. Ainsi, répondant à Isabelle Santiago, députée particulièrement virulente envers la psychanalyse, Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, auditionnée à l’Assemblée nationale le 14 janvier 2025 par la délégation aux droits des enfants, se réfère à Étienne Pot et fait mention de la CAA contre la psychanalyse: «Je partage entièrement votre indignation vis-à-vis de ce type de pratiques liées à la psychanalyse. Nous les condamnons et nous travaillons à les éliminer. Le délégué interministériel à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement intervient dès qu’on nous fait part de cas de ce genre.

Je suis tout à fait favorable à rendre opposables les recommandations de la Haute Autorité de santé, et donc à étudier la possibilité d’intégrer ce point au texte de loi en préparation. Mon cabinet va prendre contact avec vous. […] Ainsi, la communication alternative améliorée est un excellent outil pour promouvoir l’autodétermination, pour que chacun vive pleinement sa citoyenneté, pour rechercher vraiment les projets de chaque personne.(13)»

Le glissement vers l’obligation de la CAA dans les établissements sociaux et médico-sociaux n’est pas loin et rendrait opposables toutes les méthodes qui n’en relèveraient pas.

(1) «Trouble du spectre de l’autisme (TSA): interventions et parcours de vie du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent. Propositions de recommandations» (document de travail), HAS, 17 avril 2025, disponible sur internet.
(2) Ibid., p.21.
(3) Ibid., p.2.
(4) Gonon F. & Keller P.-H.,« L’efficacité des psychothérapies inspirées par la psychanalyse : une revue systématique de la littérature scientifique récente »,Encéphale, 2021, 47, 1, 49-57. (5)«Trouble du spectre… », op. cit., p.2.
(6) Ibid., p.20.
(7) Ibid., p.22.
(8) «CAA: Communication alternative et améliorée», disponible sur le site monparcourshandicap.gouv.fr
(9)«Bulletin officiel Santé, Protection sociale, Solidarité», n°15, 30 juin 2025, disponible sur le site sante.gouv.fr , p.170.
(10) Ibid., p.173.
(11) Ibid., p.174.
(12) «Colloque Troubles du neurodéveloppement (Autisme, DYS, TDAH, TDI)», 27 janvier 2026, disponible sur le site ptolemee.com .(13) «Compte rendu de réunion n°25 -Délégation aux droits des enfants», 21 janvier 2026, disponible sur le site assemblee-nationale.fr .

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Lacan Quotidien

Lacan Quotidien est une publication de l'Ecole de la Cause Freudienne

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