{"id":314,"date":"2026-01-04T00:30:36","date_gmt":"2026-01-04T00:30:36","guid":{"rendered":"https:\/\/lacanquotidien.org\/?p=314"},"modified":"2026-01-05T09:10:15","modified_gmt":"2026-01-05T09:10:15","slug":"lecole-debat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/2026\/01\/04\/lecole-debat\/","title":{"rendered":"L&rsquo;ECOLE DEBAT"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Un d\u00e9bat a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne dans les suites de la mobilisation suscit\u00e9e par l\u2019Amendement 159 propos\u00e9 au S\u00e9nat, et qui fut retir\u00e9. Nous reprenons ici les textes parus sur ECF Messager du 8 au 23 d\u00e9cembre 2025.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>8 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une r\u00e9action \u00e0 la tribune<em><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Francesca Biagi-Chai<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article intitul\u00e9 \u00ab L\u2019\u00e9limination de la psychanalyse n\u2019a jamais am\u00e9lior\u00e9 le soin, mais elle a appauvri l\u2019id\u00e9e de ce qu\u2019est un \u00eatre humain \u00bb, est paru dans&nbsp;<em>Le Monde<\/em>&nbsp;du 4 d\u00e9cembre 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture de cet article a suscit\u00e9 chez moi une question&nbsp;: \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9voiement de la parole o\u00f9&nbsp;<em>fake<\/em>&nbsp;et v\u00e9rit\u00e9 se m\u00ealent sans loi, comment parler en gardant la boussole du r\u00e9el, autrement dit, la cons\u00e9quence des dires&nbsp;? Elle m\u2019a sembl\u00e9 peu visible dans cet article \u00e0 trois voix.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, le titre est surprenant. \u00ab L\u2019\u00e9limination de la psychanalyse n\u2019a jamais am\u00e9lior\u00e9 le soin \u00bb, elle avait donc disparu? \u00c0 quoi se joint l\u2019usage de la n\u00e9gation en esp\u00e9rant que cela n\u2019en fasse pas une d\u00e9n\u00e9gation. L\u2019article commence fort en introduisant une question fondamentale li\u00e9e \u00e0 la vie et \u00e0 la mort : les passages \u00e0 l\u2019acte et les attentats. Mais cela s\u2019arr\u00eate sur une pure affirmation de l\u2019int\u00e9r\u00eat des psychoth\u00e9rapies et psychanalyses.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait plus volontiers attendu quelque chose comme&nbsp;: la parole n\u2019est pas un appendice, elle ne pr\u00e9c\u00e8de pas l\u2019\u00eatre, elle le fonde et, on peut dire, elle le symptomatise qu\u2019il le veuille ou non. Aussi, lorsqu\u2019il est au bord de la rupture langagi\u00e8re et que la jouissance est pr\u00eate \u00e0 apparaitre dans son tranchant mortel, la psychanalyse est la seule \u00e0 pouvoir lui permettre non pas de se construire, comme on dit, mais de s\u2019ali\u00e9ner \u00e0 nouveau au langage, de faire lien contre l\u2019acte. En effet, dans ce moment de s\u00e9paration qu\u2019elle rep\u00e8re comme tel, la psychanalyse n\u2019est pas simple \u00e9coute mais intervention \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer le sujet en voie de disparition dans son acte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi consid\u00e9rer que l\u2019urgence de l\u2019\u00e9poque, celle li\u00e9e au dit \u00ab malaise dans la civilisation \u00bb, conduit \u00ab \u00e0 \u00e9prouver une forme de toxicit\u00e9 dans le rapport \u00e0 l\u2019autre \u00bb ? N\u2019est-ce pas r\u00e9pondre aux signifiants du ma\u00eetre moderne par un signifiant du ma\u00eetre lui-m\u00eame \u00e0 valeur de th\u00e9orisation ? N\u2019est-ce pas consentir \u00e0 cela que de n\u2019avoir \u00e0 offrir que le mot de \u00ab dignit\u00e9 \u00bb pour rendre compte de la clinique ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, il n\u2019y aurait que du \u00ab pulsionnel \u00bb comme cela semble se diffuser, \u00e0 la trappe donc le vide forclusif de la psychose que notre soci\u00e9t\u00e9 veut ignorer et qui lui revient, en effet, en boomerang dans les actes. Le mot psychanalyse ne saurait \u00eatre \u00e2nonn\u00e9 ou r\u00e9p\u00e9t\u00e9 voire servir un argumentaire tautologique, c\u2019est ce \u00e0 quoi s\u2019oppose la logique du r\u00e9el au principe avec l\u2019imaginaire et le symbolique du rep\u00e9rage et de l\u2019action psychanalytique lacanienne.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>9 d\u00e9cembre 2025<\/em><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-da74c7aa887fa824bc11968170c79031\" style=\"color:#ed0a0a\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vent mauvais et ciel sans nuage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Philippe De Georges<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, sur la Promenade des Anglais, j\u2019\u00e9prouvais la joie dansante qui fut celle de Nietzsche, autrefois, dans le m\u00eame lieu. C\u2019\u00e9tait l\u2019effet du soleil hivernal, de la puret\u00e9 de l\u2019air, et de sa clart\u00e9 sur l\u2019eau ; mais aussi de la mobilisation large et sereine qui s\u2019est oppos\u00e9e r\u00e9cemment aux man\u0153uvres malfaisantes de quelques s\u00e9nateurs venimeux. J\u2019ai aim\u00e9 le propos vif et affut\u00e9 de Jacques-Alain Miller dans Le Point, bien fait pour contrer l\u2019attaque, battre le rappel et lancer la r\u00e9sistance. J\u2019ai appr\u00e9ci\u00e9 aussi l\u2019article paru dans Le Monde, cosign\u00e9 par Cynthia Fleury, Roland Gori et Clotilde Leguil. Certes, le recul de la Chambre Haute ne r\u00e9sout rien et d\u2019autres mauvais coups viendront : les ennemis de l\u2019inconscient freudien, partisans de l\u2019ordre et de la norme, la bave aux l\u00e8vres et la dent ac\u00e9r\u00e9e, occupent le haut du pav\u00e9. Voulions nous l\u2019oublier ? Le ma\u00eetre de demain est celui d\u2019aujourd\u2019hui\u2026et d\u2019hier : c\u2019est un C\u00e9sar f\u00e9roce qui ne veut voir qu\u2019une seule t\u00eate. Raison de plus pour que nous lui opposions le souffle de la vie et la d\u00e9fense du sujet. C\u2019est l\u2019allant du d\u00e9sir contre les vocif\u00e9rations du surmoi. Notre style est l\u2019antith\u00e8se de celui qui s\u2019impose de New-York \u00e0 P\u00e9kin ou Moscou, de Kaboul \u00e0 J\u00e9rusalem en passant par Budapest et Rome, en attendant Paris. Assumons la diversit\u00e9 de nos voix, la polys\u00e9mie de nos arguments, la multiplicit\u00e9 de nos exp\u00e9riences : c\u2019est la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre des \u00e9pars d\u00e9sassortis, contre le r\u00e9gime de l\u2019Un et son ordre de fer. Celui-ci n\u2019est pas la solution de la forme contemporaine du malaise, quoiqu\u2019il en dise, mais la version obsc\u00e8ne du monde ancien et son retour funeste. C\u2019est donc au front le plus large et le plus ouvert, que nous appelons : loin d\u2019employer les m\u00eames armes que nos adversaires obtus et fanatiques, o\u00f9 ils excellent, nous savons l\u2019\u00e9mancipation qu\u2019apporte la psychanalyse et dont nous t\u00e2chons de porter t\u00e9moignage, apr\u00e8s Freud et Lacan.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Vous trouverez ci-dessous un billet de Jacques-Alain Miller sur le texte, diffus\u00e9 ce matin, de Philippe De Georges, et les r\u00e9ponses de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Coraggio, Casimiro !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous m\u2019avez fait bien rire, De Georges, mon cher. Si \u00ab le ma\u00eetre de demain \u00bb, c\u2019est le ma\u00eetre de toujours, \u00e0 quoi rime de l\u2019appeler \u00ab le ma\u00eetre de demain \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan n\u2019aurait certainement pas pris la peine d\u2019inventer un signifiant nouveau s\u2019il ne s\u2019agissait que de d\u00e9signer votre C\u00e9sar, \u00e9ternel et ubiquiste, Autre m\u00e9chant r\u00e9gnant partout depuis toujours. Il ne fait pas de doute que \u00ab&nbsp;le ma\u00eetre de demain&nbsp;\u00bb est tout autre chose. Mais quoi&nbsp;? Question \u00e0 cent sous.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec mes bonnes pens\u00e9es,<\/p>\n\n\n\n<p>JAM<\/p>\n\n\n\n<p>PS \u2013 Vous louez un article de moi qui serait r\u00e9cemment paru dans&nbsp;<em>Le Point<\/em>. Il y a maldonne. Sans doute pensez-vous au texte qui a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 la semaine derni\u00e8re, paru en premi\u00e8re page du&nbsp;<em>Monde<\/em>&nbsp;il y a bien longtemps, alors qu\u2019un amendement sc\u00e9l\u00e9rat venait d\u2019\u00eatre vot\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e nationale. Au terme d\u2019un long combat, son auteur en fut r\u00e9duit \u00e0 retirer le texte vot\u00e9. Esp\u00e9rons que nous ferons aussi bien avec les nouveaux monstres qu\u2019on nous d\u00e9p\u00eache.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9ponse 1<\/p>\n\n\n\n<p>Cher Monsieur,<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, j\u2019ai voulu faire un mot d\u2019esprit qui ne passe donc pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez mis quelque part en exergue d\u2019une publication une phrase de Lacan,&nbsp;parlant du ma\u00eetre de demain qui s\u00e9vit d\u00e9j\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon id\u00e9e est que le ma\u00eetre qui s\u2019annonce n\u2019a rien de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Trump, Poutine, Erdogan, Orban, Bolsonaro, Millei, Modi, Meloni, Netanyaou\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et ceux qu\u2019on nous promet et que nous n\u00e9gligeons de combattre en ce moment, qu\u2019ils soient Bardella, Zemmour ou Le Pen.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces fantoches qui se disputent la direction de la croisade antiwoke ne sont que des avatars des ma\u00eetres de toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a peu, nous avons cru pouvoir parler de la fin du patriarcat et de d\u00e9clin du p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 le retour de ce pass\u00e9 funeste.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de mon mot qu\u2019Ana\u00eblle a bien voulu publier : opposer le d\u00e9sir au surmoi, la joie \u00e0 la pulsion de mort, la singularit\u00e9 \u00e0 la norme.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9cole que j\u2019aime a \u00e9t\u00e9 dans l\u2019ensemble de ce c\u00f4t\u00e9 jusqu\u2019ici, et c\u2019est ce qui m\u2019attache \u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourvou que \u00e7a doure&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Merci d\u2019avoir pris le temps et le soin de r\u00e9agir \u00e0 mon mot qui se voulait ensoleill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Croyez \u00e0 mes sentiments les meilleurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Philippe<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9ponse 2<\/p>\n\n\n\n<p>Cher Monsieur,<\/p>\n\n\n\n<p>je vous ai r\u00e9pondu rapidement, entre deux s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais j\u2019ai bien entendu l\u2019interpr\u00e9tation que vous me sugg\u00e9rez, sur l\u2019Autre m\u00e9chant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a m\u2019amuse beaucoup\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Croyez \u00e0 mes meilleurs sentiments,<\/p>\n\n\n\n<p>Philippe<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>10 d\u00e9cembre 2025<\/em><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-7ca92cefe45b203399a0136e0b967cde\" style=\"color:#fd0707\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Comment s\u2019orienter ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur une tribune du&nbsp;<em>Monde<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Herv\u00e9 Castanet<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les attaques contre la psychanalyse sont de retour. L\u2019accalmie a \u00e9t\u00e9 br\u00e8ve. Il y a trois ans, la r\u00e9f\u00e9rence h\u00e9g\u00e9monique au&nbsp;<em>tout neuronal<\/em>&nbsp;\u00e9tait encens\u00e9e. L\u2019affaire fit pschitt car cette affirmation ne rel\u00e8ve pas d\u2019une science rigoureuse, mais d\u2019une id\u00e9ologie pratique. Un combat \u00e9pist\u00e9mologique doit la contrecarrer car&nbsp;<em>cerveau&nbsp;<\/em>et<em>&nbsp;inconscient<\/em>&nbsp;n\u2019ont rien en commun.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les critiques r\u00e9centes, que l\u2019amendement 159 cristallise, et que les centres experts \u00e0 la main de FondaMentald\u00e9veloppent, reprennent, elles, mot \u00e0 mot des formulations anciennes qui ram\u00e8nent \u00e0 l\u2019amendement Accoyer, il y a plus de vingt ans \u2013 la pauvret\u00e9 des propos y r\u00e8gne toujours en ma\u00eetre, sous une forme aggrav\u00e9e. Aujourd\u2019hui, faut-il \u00e0 nouveau chercher des arguments, des preuves, des statistiques pour r\u00e9pondre au contenu des attaques&nbsp;? Faut-il expliquer et justifier nos pratiques \u2013 et donc s\u2019infantiliser devant les censeurs en blouses blanches&nbsp;? Non&nbsp;! Leurs critiques sont \u00e0 l\u2019identique ressorties des vieux placards&nbsp;; nos armes de riposte, depuis belle lurette, sont pr\u00eates et efficaces&nbsp;: r\u00e9utilisons-les.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Que faire de neuf ? Voici venu le moment de questionner comment les psychanalystes eux-m\u00eames pensent la psychanalyse. Une tribune, parue dans&nbsp;<em>Le Monde<\/em>&nbsp;le 5 d\u00e9cembre, en offre l\u2019occasion. Sous le titre&nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9limination de la psychanalyse n\u2019a jamais am\u00e9lior\u00e9 le soin&nbsp;\u00bb, elle est sign\u00e9e de trois noms : C. Fleury, R. Gori, C. Leguil. Comment ne pas se r\u00e9jouir d\u2019une tribune favorable \u00e0 la psychanalyse dans un grand quotidien ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, ce papier m\u2019a laiss\u00e9, disons-le, agac\u00e9 et perplexe<em>.&nbsp;<\/em>Agac\u00e9 car la r\u00e9daction choisie est fruste \u2013 ce qui ne manque pas d\u2019\u00e9tonner de la part d\u2019universitaires aguerris aux publications et aux m\u00e9dias. Pourquoi ce style ti\u00e8de ? Perplexe car l\u2019argumentation fait l\u2019\u00e9conomie de th\u00e8ses robustes ouvrant au combat concept contre concept \u2013 seule fa\u00e7on de remettre l\u2019adversaire \u00e0 sa place. Pourquoi cette retenue face aux \u00ab propositions didactiques et dogmatiques \u00bb (L. Althusser) qui seules rompent avec l\u2019air du temps ? Prenons un exemple.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La tribune, \u00e0 chaque ligne, oppose la&nbsp;<em>soci\u00e9t\u00e9<\/em>, pens\u00e9e comme un \u00ab monde \u00bb toxique fait de violences, d\u2019emprises, de traumatismes, aux&nbsp;<em>sujets<\/em>&nbsp;qui les subissent douloureusement. La soci\u00e9t\u00e9 r\u00eave de contr\u00f4le et d\u2019assujettissement. Les sujets, eux, devenus victimes, s\u2019y opposent mais leurs moyens sont limit\u00e9s \u2013 ils sont m\u00e9pris\u00e9s, exploit\u00e9s, broy\u00e9s par la machine \u00e9tatique. La psychanalyse, en misant sur la parole et ses effets, d\u00e9fend les seconds contre la premi\u00e8re. La soci\u00e9t\u00e9 est aveugle, bureaucratique \u2013 elle broie les corps, censure le d\u00e9sir, laisse les sujets encombr\u00e9s de pulsions, produit une perte de sens, etc. La longue suite des constats du malaise dans la civilisation, avec la r\u00e9f\u00e9rence appuy\u00e9e aux enfants que Chat-GPT pousse au suicide ou au roman d\u2019Aldous Huxley o\u00f9 ces derniers rient devant la fum\u00e9e de cadavres incin\u00e9r\u00e9s, aboutit au diagnostic : soci\u00e9t\u00e9 mauvaise, monde toxique \u2014 sujets bons et fragiles en attente d\u2019aide. C\u2019est le combat de la dignit\u00e9 des petits contre l\u2019id\u00e9ologie des puissants ! Les psychanalystes choisissent leur camp : que chacun, gr\u00e2ce \u00e0 eux, prenne la parole pour se gu\u00e9rir de la maladie de notre monde mauvais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019argumentaire ne surprend pas : n\u2019est-ce pas ce qui se dit et se colporte partout d\u00e9sormais ? Le peuple est m\u00e9pris\u00e9, il n\u2019est pas \u00e9cout\u00e9 \u2013 sa vie est confisqu\u00e9e. Mais quel int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que des psychanalystes le r\u00e9p\u00e8tent en s\u2019adressant \u00e0 un large public ? Sont-ils devenus les nouveaux sociologues du particulier et doivent-ils donner la recette pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019emprise ? Mais quel est ce&nbsp;<em>sujet<\/em>, dont la tribune fait son alpha et son om\u00e9ga ? Une \u00e9pist\u00e9mologie \u00e9l\u00e9mentaire donne la r\u00e9ponse : le bon vieux sujet de la psychologie et de la philosophie g\u00e9n\u00e9rale. Certes, c\u2019est un sujet d\u00e9compl\u00e9t\u00e9, nullement une monade : il lui manque quelque chose ; il ignore les \u00ab forces \u00bb qui l\u2019agissent, n\u2019est pas transparent \u00e0 lui-m\u00eame. Il \u00ab ne se laisse jamais r\u00e9duire \u00e0 ses comportements, [\u2026] il porte une histoire, un refoul\u00e9, des failles et un d\u00e9sir \u00bb, comme l\u2019\u00e9crivent les auteurs. Est-ce pour autant le&nbsp;<em>sujet de l\u2019inconscient&nbsp;<\/em>d\u00e9couvert par Freud et que Lacan construit de S\u00e9minaire en S\u00e9minaire ? Non, le sujet de la tribune est : l\u2019individu + l\u2019opacit\u00e9. Autrement dit, il y a l\u2019emploi du&nbsp;<em>mot<\/em>&nbsp;sujet mais le&nbsp;<em>concept<\/em>&nbsp;de sujet est absent ; il y a usage du&nbsp;<em>mot<\/em>&nbsp;inconscient mais le&nbsp;<em>concept<\/em>&nbsp;d\u2019inconscient fait d\u00e9faut. Ces deux absences \u2013 silence bruyant \u2013 sont les&nbsp;<em>blancs<\/em>, les<em>&nbsp;trous&nbsp;<\/em>de la d\u00e9monstration \u2013 leur impens\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Parler du sujet \u2013 du&nbsp;<em>concept&nbsp;<\/em>de sujet \u2013 c\u2019est aussit\u00f4t nommer une dette \u00e0 l\u2019endroit de celui qui l\u2019a introduit dans la psychanalyse, l\u00e0 o\u00f9 tout bonnement il n\u2019\u00e9tait pas chez les postfreudiens : Lacan. Le sujet&nbsp;<em>dans<\/em>&nbsp;la psychanalyse ne peut \u00eatre isol\u00e9 de la fa\u00e7on dont celui-ci justement en produit la th\u00e9orie. Du reste, Lacan n\u2019a jamais parl\u00e9 du sujet sans aussit\u00f4t le rapporter \u00e0 sa cause : l\u2019objet&nbsp;<em>a&nbsp;<\/em>qu\u2019il nomme \u00e0 l\u2019occasion \u00ab l\u2019abjet \u00bb. C\u2019est l\u2019objet&nbsp;<em>a<\/em>&nbsp;qui est inassimilable, intol\u00e9rable parce qu\u2019il troue les id\u00e9aux, rend impossible l\u2019identique \u00e0 soi et, tout \u00e0 la fois, est \u00ab l\u2019(a)cause premi\u00e8re [du] d\u00e9sir \u00bb. Parler du sujet dans ce qu\u2019il ne peut faire, dans ce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 voudrait, en revanche, qu\u2019il r\u00e9alise, c\u2019est oublier qu\u2019il y a deux Lacan : le Lacan de la parole, des sympt\u00f4mes, de la rh\u00e9torique des formations de l\u2019inconscient et\u2026 un autre Lacan qui d\u00e9gage un inconscient qui ne parle pas, ne se soutient d\u2019aucune repr\u00e9sentation. La tribune du&nbsp;<em>Monde<\/em>&nbsp;participe de l\u2019effacement d\u2019un nom et d\u2019une th\u00e9orie (<em>work in progress<\/em>) : on cite le sujet, on fait miroiter un mot en oubliant ce qu\u2019est le sujet&nbsp;<em>pour<\/em>&nbsp;la psychanalyse : il n\u2019existe pas (comme consistance) sauf \u00e0 le dire&nbsp;<em>subverti<\/em>. Parler de sujet de l\u2019inconscient n\u2019ajoute pas une pierre nouvelle \u00e0 un \u00e9difice (conceptuel) d\u00e9j\u00e0 b\u00e2ti : il subvertit l\u2019\u00e9difice et ouvre \u00e0 une pratique inou\u00efe et \u00ab intenable \u00bb (Lacan). Une cons\u00e9quence : consentir \u00e0 cette subversion oblige \u00e0 d\u00e9-essentialiser le sujet, \u00e0 miser sur son&nbsp;<em>ex-sistence<\/em>. Croire que les psychanalystes, parce qu\u2019ils se pr\u00e9sentent tels, sont les mieux plac\u00e9s pour accomplir cette t\u00e2che, est une na\u00efvet\u00e9. Lacan, en 1967, ne remarque-il pas que ces derniers \u00ab d\u2019avoir voulu s\u2019en rassurer eux-m\u00eames [de l\u2019inconscient \u2026], r\u00e9ussirent \u00e0 [en] oublier la d\u00e9couverte \u00bb ? L\u2019oubli du tranchant de la psychanalyse la rend assimilable par une psychologie ou une philosophie. Pour nous, les oublis de ces trois auteurs livrent une&nbsp;<em>anthropologie (humaniste) du sujet<\/em>. Pour la clinique cela se dit : promouvoir une \u00ab assistance sociale \u00e0 pr\u00e9tention analytique \u00bb (J.-A. Miller) au d\u00e9triment du discours analytique. C\u00e9der sur les concepts, vouloir parler&nbsp;<em>populo<\/em>&nbsp;pour \u00eatre entendu du plus grand nombre, conduit toujours \u00e0 l\u00e2cher nos armes pour assurer l\u2019avenir de la psychanalyse qui nous importe. S\u2019adresser au peuple, oui, mais pour l\u2019\u00e9tonner, le subvertir, faire tache dans le concert du monde \u2013 de ses images, de son pr\u00eat-\u00e0-porter de pens\u00e9e. Revoir vite le film&nbsp;<em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>(1974) : Jacques Lacan ne c\u00e9dant rien sur la difficult\u00e9 de d\u00e9finir sujet ou inconscient, parle devant une cam\u00e9ra, au temps de l\u2019ORTF\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>11 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-ae705fa469bf673d0d338aeea5a5a645\" style=\"color:#f80202\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ORDRE MEDICAL<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean-Robert Rabanel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019an dernier \u00e0 la Section clinique, j\u2019ai invit\u00e9 les participants \u00e0 pr\u00e9senter&nbsp;<em>leur<\/em>&nbsp;Section clinique et non pas celle des enseignants. Il s\u2019en \u00e9tait suivi une discussion riche et vivante. Cette fois, il s\u2019est pass\u00e9 l\u2019amendement qui vise la suppression de toutes r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la psychanalyse dans les pratiques de soin. Aussi, je renouvelle ma question de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re : quel int\u00e9r\u00eat voyez-vous dans la psychanalyse pour votre pratique professionnelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9v\u00e8nement encore m\u2019a ouvert les yeux : la fermeture de la clinique de La Borde, r\u00e9duite au statut d\u2019un \u00e9tablissement m\u00e9dico-social. La Borde, haut lieu et \u00e9minent symbole de la pratique introduite de la psychanalyse en institution gr\u00e2ce \u00e0 Fran\u00e7ois Tosquelles et Jean Oury. \u00c9videmment, \u00e7a n\u2019est pas sans me rappeler ce qui s\u2019est pass\u00e9 pour Nonette lors du Plan autisme 2, en 2012 et ma lettre ouverte \u00e0 la Ministre Carlotti. Cette attaque visait directement Nonette \u00e0 propos de l\u2019autisme, en refusant de financer les \u00e9tablissements qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la psychanalyse. Je vois repara\u00eetre la m\u00eame obstination du l\u00e9gislateur, cette fois, pour des raisons d\u2019\u00e9conomies urgentes \u00e0 r\u00e9aliser et continuer de servir une politique sans en changer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les organes qui composent le corps donnent lieu \u00e0 l\u2019organisation du monde dans une vision biologique. Le cerveau y occupe la place dominante comme cl\u00e9 de vo\u00fbte, comme lieu du savoir. L\u2019ordre m\u00e9dical reprend cette structuration. \u00c0 chaque organe est attribu\u00e9e une sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale. Le savoir m\u00e9dical adopte la structure universitaire pour sa transmission. Il en va de m\u00eame pour l\u2019enseignement de la m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 : un professeur pour chaque discipline m\u00e9dicale. Il a en charge, premi\u00e8rement, le diagnostic et, deuxi\u00e8mement, il d\u00e9l\u00e8gue l\u2019ex\u00e9cution du traitement \u00e0 des subalternes, que ce soit les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes ou les infirmiers, les aides sociales, etc. C\u2019est ce que r\u00e9alisent tout de suite les fameuses plateformes mentionn\u00e9es dans la proposition de loi 385 promouvant les centres experts. Elles sont diagnostiques et elles d\u00e9l\u00e8guent l\u2019application du traitement \u00e0 des ressources de bonnes conduites beaucoup moins exigeantes scientifiquement. Telle est l\u2019organisation de la m\u00e9decine universitaire, pass\u00e9 le temps de la m\u00e9decine hospitali\u00e8re, d\u2019abord, et asilaire, ensuite.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9paration de la neurologie et de la psychiatrie en 1968 est un \u00e9v\u00e8nement. Jusqu\u2019alors, la psychiatrie ne pouvait avoir acc\u00e8s au statut moderne d\u2019une sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale qu\u2019\u00e0 demeurer sous tutelle de la neurologie. La neuro-psychiatrie a longtemps occup\u00e9 cette fonction de faire une place dans la m\u00e9decine moderne \u00e0 la psychiatrie cantonn\u00e9e jusque-l\u00e0 dans les asiles. Apr\u00e8s la guerre de 39-45, l\u2019invention de la&nbsp;S\u00e9curit\u00e9&nbsp;Sociale a fait passer de l\u2019abri de l\u2019asile \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et de la folie \u00e0 la maladie mentale. \u00c0 cet \u00e9gard,&nbsp;la lib\u00e9ration&nbsp;des camps nazis et l\u2019ouverture des Asiles psychiatriques, en 1945, \u00e0 la fin de la seconde guerre mondiale, aura \u00e9t\u00e9 riche d\u2019enseignements politiques. Deux voies s\u2019ouvraient : la solidarit\u00e9 sociale et l\u2019orientation m\u00e9dicale avec l\u2019invention de la S\u00e9curit\u00e9 Sociale. L\u2019oubli des malades mentaux au r\u00e9gime de l\u2019Assurance maladie a plong\u00e9 le l\u00e9gislateur \u00e0 devoir inventer le syst\u00e8me des Tutelles et les \u00e9tablissements m\u00e9dicosociaux. C\u2019est l\u2019\u0153uvre de La Croix Marine autour de ces deux figures contrast\u00e9es que sont les Dr Pierre Doussinet et Fran\u00e7ois Tosquelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Au temps de l\u2019Asile le champ \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9tait pas reconnu sans le NEURO.<br>La s\u00e9paration de la neurologie et de la psychiatrie comme disciplines a rendu le champ \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb orphelin de la m\u00e9decine. Il a adopt\u00e9 la psychanalyse comme tuteur avec la dimension subjective du \u00ab&nbsp;psy&nbsp;\u00bb, mais avec le denier enseignement de Lacan, le Parl\u00eatre et sa dimension r\u00e9elle de Jouissance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est tout l\u2019enjeu de la psychiatrie avec le texte de Lacan&nbsp;\u00ab&nbsp;Causalit\u00e9 psychique&nbsp;\u00bb&nbsp;: soit le m\u00e9dical soit le social. La s\u00e9paration du neuro et du psy pour \u00e9chapper au biologique et au m\u00e9dical. C\u2019est l\u2019opposition de la causalit\u00e9 psychique et de la causalit\u00e9 organique. De nos jours, c\u2019est \u00e0 la revanche du neuro que nous assistons. Son retour vise \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du neuro sur le psy. Le tout-neuro reprend la structure de cette organisation&nbsp;: un chef pour le savoir et la recherche et des auxiliaires pour les traitements.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>COMMUNIQU\u00c9 DU DIRECTOIRE DE L\u2019<\/strong><strong>ECF<\/strong><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><em>Paris, le 11 d\u00e9cembre 2025<\/em><em><\/em> &nbsp; Le Directoire de l&rsquo;\u00c9cole de la Cause freudienne vous informe de la parution ce jour d&rsquo;une tribune dans <em>Le Monde<\/em>. Elle est co-r\u00e9dig\u00e9e par Cl\u00e9ment Fromentin, membre de l&rsquo;ECF \u00e0 l&rsquo;origine de la&nbsp;<a href=\"https:\/\/2a9il.r.sp1-brevo.net\/mk\/cl\/f\/sh\/6rqJfgq8dINmNvfwMNgGWem65Hl\/iagU4ZniNbT_\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">p\u00e9tition<\/a>&nbsp;contre le projet de loi n\u00b0385. Elle est sign\u00e9e, entre autres, par Jacques-Alain Miller, fondateur de l&rsquo;Association Mondiale de Psychanalyse, Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen, pr\u00e9sidente de l&rsquo;ECF, ainsi que Roland Gori, Professeur&nbsp;honoraire&nbsp;de psychopathologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Aix-Marseille, Psychanalyste, Membre d&rsquo;Espace Analytique, Essayiste. &nbsp; Lien vers la tribune du <em>Monde<\/em> :&nbsp; <a href=\"https:\/\/2a9il.r.sp1-brevo.net\/mk\/cl\/f\/sh\/6rqJfgq8dIPRQNy5qh5oSFu1ian\/n2IMEjFTudYs\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2025\/12\/11\/nous-refusons-une-psychiatrie-de-vitrine-alerte-un-collectif-de-psychiatres_6656883_3232.html<\/a> &nbsp; Pour le Directoire de l&rsquo;ECF <em>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen,<\/em> <em>Pr\u00e9sidente de l&rsquo;<\/em><em>ECF<\/em><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>12 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-e3567fd1ca2073f7f444e01eb40cf595\" style=\"color:#f40505\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Texte de Sarah Camous-Marquis, suivi d&rsquo;un retour de Jacques-Alain Miller.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le ma\u00eetre de demain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sarah Camous-Marquis<\/p>\n\n\n\n<p>Les attaques graves contre la psychanalyse mettent en mouvement de nombreux coll\u00e8gues, de notre champ et d\u2019ailleurs. Pour notre \u00c9cole, j\u2019entends le message de Jacques-Alain Miller du 6 d\u00e9cembre comme une invitation : celle de ne pas nous \u00e9garer. Reprenons, un peu autrement, la question soulev\u00e9e par Philippe de Georges sur le ma\u00eetre de demain. Comme le dit Lacan, c\u2019est d\u00e8s aujourd\u2019hui qu\u2019il commande \u2013 et il avance d\u00e9sormais moins cach\u00e9. Pas s\u00fbr qu\u2019il soit fait du m\u00eame bois que les Trump, Poutine, et autres. Le ma\u00eetre de demain est algorithmique. Il ne conna\u00eet pas l\u2019\u00e9quivoque. Il ne craint pas d\u2019avancer des v\u00e9rit\u00e9s qui n\u2019ont pourtant rien de la rigueur scientifique. Jacques-Alain Miller, dans les pas de Lacan, nous en a avertis de longue date : nous sommes sous la domination du S1 r\u00e9duit \u00e0&nbsp;sa forme la plus stupide, le chiffre 1<a href=\"https:\/\/applewebdata:\/3464AA28-7C70-49D7-B1A9-CA01ABB10AC5#_ftn1\">[1]<\/a>. Ce nouveau ma\u00eetre transforme les soignants, les enseignants, les \u00e9ducateurs, en techniciens \u2013 abrit\u00e9s ou \u00e9cras\u00e9s, c\u2019est selon, par des protocoles standardis\u00e9s ou le discours&nbsp;\u2013&nbsp;neuro. Nous en rencontrons chaque jour les effets, des institutions jusqu\u2019\u00e0 nos cabinets. La proposition de loi n\u00b0385 visant \u00e0 int\u00e9grer les centres experts dans le code de la sant\u00e9 publique en est le prolongement. Cette nouvelle version du ma\u00eetre fait des sujets responsables, certes, mais d\u2019une mani\u00e8re toute autre que celle que Freud et Lacan nous ont enseign\u00e9e. Il s\u2019agit l\u00e0 bien plut\u00f4t d\u2019une&nbsp;auto-d\u00e9termination&nbsp;qui les laisse d\u2019autant plus \u00e9gar\u00e9s quant \u00e0 leur jouissance, qui fait donc retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau ma\u00eetre ne s\u2019embarrasse ni de la pr\u00e9sence incarn\u00e9e, ni du lien \u2013 le technicien est anonyme et substituable. Si Lacan revoit sa copie sur les pouvoirs du symbolique et de la parole, il n\u2019en reste pas moins que l\u2019abject qui g\u00eet en chaque&nbsp;<em>parl\u00eatre<\/em>&nbsp;\u2013 et dont il a \u00e0 se faire responsable \u2013 suppose qu\u2019il puisse s\u2019adresser \u00e0 un autre qui supporte de se faire partenaire, instrument, pour qu\u2019un savoir puisse s\u2019en extraire. C\u2019est ce que permet l\u2019orientation analytique, quand la cure du praticien a suffisamment nettoy\u00e9 la&nbsp;<em>furor sanandi<\/em>.Maintenir le vif de son orientation, de sa formation, contre la dissolution dans les discours courants est l\u00e0 crucial pour l\u2019\u00c9cole. Mais nos pratiques en institutions, aupr\u00e8s d\u2019autres qui connaissent parfois si peu de la psychanalyse, me semble d\u2019une autre teneur. Nous y travaillons&nbsp;<em>a minima<\/em>&nbsp;\u00e0 ce que les patients, \u00e9l\u00e8ves, etc., ne soient pas seuls face au r\u00e9el contre lequel ils se cognent. Ce qui importe, c\u2019est qu\u2019il puisse encore exister quelques-uns qui ne reculent pas devant la rencontre, qui se fassent responsables, c\u2019est-\u00e0-dire qui s\u2019engagent dans la parole, qui cherchent avec les patients, et permettent l\u2019invention. Et cela va, me semble-t-il, au-del\u00e0 de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;y a-t-il pas d\u00e8s lors \u00e0 tenir deux fils d\u2019une seule main&nbsp;? L\u2019un exige que nous maintenions le tranchant de l\u2019orientation analytique, l\u2019autre que puissent encore exister, au-del\u00e0 de la \u00ab&nbsp;pratique rare et exigeante&nbsp;\u00bb des analystes, des partenaires qui ne soient pas des machines.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/3464AA28-7C70-49D7-B1A9-CA01ABB10AC5#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;Miller J.-A., \u00ab L\u2019\u00e8re de l\u2019homme sans qualit\u00e9s \u00bb,&nbsp;<em>La Cause freudienne<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;57, 2004, p. 75.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Retour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ch\u00e8re coll\u00e8gue,<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vous connais pas. Je ne vous connais que par ce texte que vous m\u2019adressez. Que dire ? La v\u00e9rit\u00e9. Il m\u2019\u00e9meut. Son style, son ton, sa pertinence. Il montre ce que pourrait \u00eatre cette \u00c9cole et qu\u2019elle n\u2019est pas encore, un lieu o\u00f9 s\u2019\u00e9changeraient des propos, pens\u00e9s, voire o\u00f9 se confronteraient des th\u00e8ses, dans une conversation savante, sobre, limpide autant que faire se peut, et enseignante. Voil\u00e0 si longtemps que j\u2019appelle cela de mes v\u0153ux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Utopie, sans doute. Fantasme, mais qui indique une direction. Lacan lui-m\u00eame, au moment o\u00f9 il cr\u00e9ait l\u2019\u00c9cole freudienne, l\u2019imaginait comparable aux \u00c9coles philosophiques de l\u2019Antiquit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que je souhaite que vous fassiez des \u00e9mules dans l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne. Puis-je y contribuer ? Je r\u00e9fl\u00e9chis.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec toute mon attention,<\/p>\n\n\n\n<p>JAM<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>13 d\u00e9cembre 2025<\/em><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-c978bcb7835cb4961913c4c7c4a18dec\" style=\"color:#f20505\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 6<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Iceberg incandescent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;amendement 159 d\u00e9pos\u00e9 puis retir\u00e9 au S\u00e9nat n&rsquo;est que la pointe \u00e9merg\u00e9e de l&rsquo;iceberg. Derri\u00e8re lui, la proposition de loi 385 et la proposition de loi 1918 se profilent. Quand l&rsquo;une est au S\u00e9nat, l&rsquo;autre est dans les tuyaux de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et il se pourrait que les Centres experts qu&rsquo;elles entendent installer pour en quadriller la France et g\u00e9n\u00e9raliser les diagnostics \u00ab neuro \u00bb en sant\u00e9 mentale ne soient encore que la premi\u00e8re ligne d&rsquo;une offensive concourant \u00e0 un plus vaste projet au nom de French Minds. Il a d\u00e9marr\u00e9 en 2023 et est pr\u00e9vu pour durer jusqu&rsquo;en 2030.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si les diagnostics servent \u00e0 \u00e9tendre les traitements et les prescriptions de m\u00e9dicaments \u00e0 toujours plus d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants, ce que nous voyons poindre \u00e0 l&rsquo;horizon de la \u00ab\u00a0psychiatrie de pr\u00e9cision\u00a0\u00bb promue par FondaMental et French Minds, ce ne sont pas seulement les diagnostics, mais aussi les pronostics qu&rsquo;il s&rsquo;agira de traiter sur un mode pr\u00e9ventif.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&rsquo;usage de l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e au traitement des troubles psys est l&rsquo;autre vis\u00e9e de cette \u00ab\u00a0psychiatrie de pr\u00e9cision\u00a0\u00bb. Une fois que le trouble psy est isol\u00e9 du sujet qui s&rsquo;en plaint et ainsi pr\u00e9tendument \u00ab\u00a0objectiv\u00e9\u00a0\u00bb (plut\u00f4t que subjectiv\u00e9), une fois qu&rsquo;il est grav\u00e9 dans le marbre, repeint aux couleurs des neurones dont le fonctionnement est lui-m\u00eame r\u00e9duit \u00e0 celui de l&rsquo;ordinateur, l&rsquo;ordinateur devient, en toute logique, le meilleur interlocuteur du sujet.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De fait, si le corps parlant est assimilable \u00e0 un ordinateur, qui mieux qu&rsquo;un ordinateur peut l&rsquo;appr\u00e9hender et lui r\u00e9pondre ? Associ\u00e9 aux traitements chimioth\u00e9rapeutiques, celui par la machine nous pr\u00e9pare un avenir futuriste.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Soyons cons\u00e9quentialistes et demandons-nous \u00e0 quel ma\u00eetre profite le crime ? \u00c0 un ma\u00eetre dont les couleurs politiques importent peu \u2013 d&rsquo;ailleurs French Mind aura d\u00e9but\u00e9 sous un Macron centriste \u2013 car il se supporte du signifiant mon\u00e9taire. Les compagnies d&rsquo;assurance, les laboratoires pharmaceutiques \u2013 dont certains financent FondaMental sont en premi\u00e8res lignes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nous, lacaniens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tandis que les chercheurs des FM (FondaMental et French Minds) font un noble travail de \u00ab\u00a0recherches\u00a0\u00bb, sur le terrain politique, quelques-uns se sont promis d&rsquo;avoir la peau des psychanalystes \u2013 les lacaniens en particulier. Ils sont nomm\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9s par Etienne Pot, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 interminist\u00e9riel aux TND.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi eux ? C&rsquo;est qu&rsquo;ils sont un grain de sable dans les rouages de la grande machine \u00e0 broyer. L\u00e0 est notre honneur, la preuve que, vaille que vaille, nous avons su garder, sans trop l&rsquo;\u00e9mousser, quelque chose du tranchant de la d\u00e9couverte freudienne, de son scandale originel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il me revient comme une ritournelle cet avertissement de Freud : \u00ab\u00a0Qui c\u00e8de sur les mots c\u00e8de sur les choses\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u00e9der sur les mots, ce serait c\u00e9der sur les concepts. C\u00e9der sur les concepts, ce serait c\u00e9der sur la pratique. Que resterait-il ? Le mot \u201cpsychanalyse\u201d, sans doute, mais il couvrirait d\u00e9sormais tout \u00e0 fait autre chose que la psychanalyse invent\u00e9e par Freud, prolong\u00e9e, renouvel\u00e9e, r\u00e9activ\u00e9e par Lacan, qui est comme telle l\u2019envers du discours du ma\u00eetre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019offensive de ce discours contre nous, d\u2019une ampleur et d\u2019une violence sans pr\u00e9c\u00e9dent, fait preuve : non, nous n\u2019avons pas galvaud\u00e9 la psychanalyse; non, nous ne nous sommes pas vendus au ma\u00eetre pour un plat de lentilles, comme Esa\u00fc, afin d\u2019obtenir un strapontin \u00e0 sa table ; oui, nous sommes rest\u00e9s dans la droite ligne de subversion qui est consubstantielle \u00e0 la vraie psychanalyse. Et si nous en doutions, le ma\u00eetre, lui, ne s\u2019y est pas tromp\u00e9, et il mobilise toute son \u00e9norme puissance pour nous an\u00e9antir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce que nous sommes, ce que nous faisons, est bien plus important en ce monde que nous ne le savions. Nous ne l\u2019oublierons pas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>14 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-d05d6d6e228d23804de9f596c93d81f0\" style=\"color:#f60202\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 7<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ondes de choc&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ric Zuliani<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re attaque en date contre la psychanalyse s\u2019inscrit dans une temporalit\u00e9 \u00e0 plusieurs d\u00e9tentes&nbsp;: vis\u00e9e explicitement par la tentative \u00e9chou\u00e9e de l\u2019amendement 159, elle l\u2019est aussi, indirectement car faisant obstacle, par la proposition de loi 385 qui veut int\u00e9grer les centres experts en sant\u00e9 mentale dans le code de la sant\u00e9 publique&nbsp;; et disons qu\u2019elle est contest\u00e9e depuis\u2026 son introduction par Freud dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, il y a eu bien des tentatives de la r\u00e9sorber, de la diluer : dans la biologie et la psychologie. Ces tentatives ne sont jamais dues \u00e0 un Autre m\u00e9chant, mais aux psychanalystes eux-m\u00eames. On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas, que Lacan, qui ne manqua jamais de tranchant, ait pu faire valoir d\u00e8s 1946 une et une seule causalit\u00e9 aux ph\u00e9nom\u00e8nes relevant de la folie : la psychiatrie m\u00e2tin\u00e9e de psychanalyse, n\u2019en a pas voulu ; qu\u2019il ait aussi intitul\u00e9 un peu plus tard un de ses textes : \u00ab La psychanalyse vraie, et la fausse \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand d\u2019aucuns entendent l\u2019assassiner, d\u2019autres veulent alors la sauver en la pr\u00e9sentant comme apport ou approche, termes bien connus de ceux qui travaillent en institution, mais qui la placent de fa\u00e7on fausse et pi\u00e9geuse. Elle est alors une th\u00e9orie, une parmi d\u2019autres. Or, comme l\u2019a rappel\u00e9 r\u00e9cemment Agn\u00e8s Aflalo, la psychanalyse est une pratique qui s\u2019\u00e9claire de l\u2019enseignement qu\u2019elle en extrait. En d\u2019autres termes, elle tire sa th\u00e9orie d\u2019une pratique qui s\u2019oriente avant tout des sympt\u00f4mes, bien r\u00e9els et parfois difficile \u00e0 supporter des personnes accueillies, par exemple dans une institution. Que l\u2019on ait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que dor\u00e9navant, tous seraient TND ne change rien \u00e0 ce r\u00e9el&nbsp;: c\u2019est la psychanalyse qui le rappelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce march\u00e9 des approches et des apports \u2013 avant tout cr\u00e9ation universitaire \u2013, il y a profusion. O\u00f9 s\u2019arr\u00eate l\u2019\u00e9tale ? \u00c0 la gymnastique des corps ? Au chocolat ou \u00e0 la marche pour lutter contre la d\u00e9pression (des articles dans&nbsp;<em>Le Monde&nbsp;<\/em>en faisaient la promotion)&nbsp;? Aux ateliers de pleine conscience o\u00f9 on devient le Phoenix qu\u2019on nous dit \u00eatre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 qui devons-nous toutes ses attentions ? Sans doute \u00e0 ce que Lacan qualifie de \u00ab d\u00e9rive politique qui se hausse de l\u2019illusion d\u2019un conditionnement universel \u00bb, c\u2019est son diagnostic. Le rem\u00e8de ? \u00ab \u00c0 la limite, une praxis de la th\u00e9orie est requise, sans laquelle l&rsquo;ordre d&rsquo;affinit\u00e9s que dessinent les sciences que nous appelons conjecturales, restera \u00e0 la merci de cette d\u00e9rive.&nbsp;<sup>1<\/sup>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons nous enseigner des combats pass\u00e9s&nbsp;: rencontrer les politiques et autres, les inviter \u00e0 s\u2019expliquer lors de forums. Les interpeler a le pouvoir de dissoudre un Autre m\u00e9chant. D\u2019ailleurs, cet Autre existe-t-il&nbsp;? Si l\u2019on suit Lacan s\u2019interrogeant sur la question de savoir qui a la charge de la jouissance, sa r\u00e9ponse est non. \u00ab&nbsp;L\u2019Autre n&rsquo;existant pas, il ne me reste qu&rsquo;\u00e0 prendre la faute sur Je, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 croire \u00e0 ce \u00e0 quoi l&rsquo;exp\u00e9rience nous conduit tous, Freud en t\u00eate&nbsp;: au p\u00e9ch\u00e9 originel.<sup>2<\/sup>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux que l\u2019on accueille sont des victimes, irresponsables et \u00e9mouvantes ajoute Lacan. Mais victime de quoi ? D\u2019\u00eatre parl\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire affubl\u00e9s des identifications de l\u2019\u00e9poque. Le&nbsp;<em>Je suis ce que je dis<\/em>r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par J.-A. Miller, en est l\u2019avatar le plus r\u00e9cent. Nous les accueillons pour en faire imm\u00e9diatement des sujets qui parlent, afin qu\u2019ils disent et soient du m\u00eame coup responsables de ce qui les cause et non de ce qui les parle. Si la parole est m\u00e9dium n\u00e9cessaire, l\u2019interpr\u00e9tation y a une fonction essentielle pour qu\u2019elle ne soit pas que flot, r\u00e9ifiant l\u2019Autre : rectification subjective, quant au r\u00e9el dont la civilisation ne veut pas entendre parler. Pour les ph\u00e9nom\u00e8nes dit&nbsp;<em>de soci\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;qui nous sont offerts au&nbsp;<em>va-comme-je-te-pousse<\/em>&nbsp;m\u00e9diatique, la position n\u2019est pas diff\u00e9rente : ils n\u00e9cessitent une interpr\u00e9tation pour y faire appara\u00eetre le r\u00e9el en jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse, \u00e7a fait des vagues \u2013 parfois des ondes de choc \u2013 qui lib\u00e8rent toujours d\u2019identifications. Lacan ne dit pas autre chose dans ses&nbsp;<em>Probl\u00e8mes cruciaux<\/em><sup>3<\/sup>: en faire l\u2019exp\u00e9rience \u00ab&nbsp;se r\u00e9v\u00e8le, non seulement lib\u00e9ratoire, mais plus authentique que ce qui \u00e9tait inclus dans le n\u0153ud dont il s\u2019agit de se lib\u00e9rer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>1.Lacan J.,&nbsp;<em>Autres \u00e9crits<\/em>, Paris, Seuil, 2001, p. 232.<\/p>\n\n\n\n<p>2.Lacan J.,<em>&nbsp;\u00c9crits<\/em>, Paris, Seuil, 1966, p. 819-820.<\/p>\n\n\n\n<p>3.Lacan J.,<em>&nbsp;Le S\u00e9minaire,&nbsp;<\/em>livre XII<em>, Probl\u00e8mes cruciaux,&nbsp;<\/em>texte \u00e9tabli par J.-A. Miller,<em>&nbsp;<\/em>Paris, Seuil&amp; Le Champ Freudien<em>,&nbsp;<\/em>2025,<em>&nbsp;<\/em>p. 54.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>15 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-665c5883324040c5049e2266ec6c712e\" style=\"color:#f40404\"><strong>LE D\u00c9BAT DE LA TRIBUNE ET DU S\u00c9NAT 8<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le nerf de l&rsquo;action<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Christiane Alberti<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amendement 159 a suscit\u00e9 une r\u00e9action d\u2019une grande ampleur de tous ceux qui ont vu dans cette initiative individuelle d\u2019une s\u00e9natrice, une attaque directe et exclusive de la psychanalyse, une tentative de la proscrire purement et simplement. Les instances de l\u2019\u00e9cole ont fait preuve d\u2019une rapidit\u00e9 d\u2019action exemplaire, ont su sensibiliser et mobiliser l\u2019opinion, bien au-del\u00e0 de ses membres et sympathisants. Cette action a vibr\u00e9 d\u2019une \u00e9nergie \u00e0 toute \u00e9preuve, comme chaque fois que la psychanalyse est en position de cause.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui rend possible une telle rapidit\u00e9 d\u2019action ? Ne l\u2019oublions pas. Cet \u00e9pisode montre que nous avons \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 l\u2019action lacanienne, dont Jacques-Alain Miller a forg\u00e9 le concept. Il l\u2019a promu en acte lors de combats qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019\u00e9cole de fa\u00e7on d\u00e9cisive (Accoyer, Fasquelles, les combats anti Le Pen, celui contre l\u2019Arr\u00eat\u00e9\u2026.) qui ont laiss\u00e9 leur empreinte sur chacun de nous, comme des le\u00e7ons de politique lacanienne qui nous nourrissent encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un combat o\u00f9 l\u2019on se jette dans la bataille, o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019entrer de plain pied dans l\u2019affaire, de mouiller sa chemise, de mettre la main \u00e0 la p\u00e2te, mais pas n\u2019importe comment. Car c\u2019est un principe disons de r\u00e9alisme sup\u00e9rieur qui en guide chaque \u00e9tape (cf. la morale objective chez Hegel). Il consiste \u00e0 savoir analyser la situation, s\u2019instruire sur ses coordonn\u00e9es \u00e9pist\u00e9miques, politiques, sociales. Il consiste encore \u00e0 s\u2019attacher aux conditions concr\u00e8tes, pratiques, de r\u00e9alisation de la chose \u00e0 atteindre, en d\u00e9pit de tous les obstacles qui se pr\u00e9sentent. Bien calculer la strat\u00e9gie et d\u00e9cider de la tactique. Bref, s\u2019engager dans un combat dans la perpective de le gagner, avec ce seul objectif.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en ai encore retenu qu\u2019au moment d\u2019aff\u00fbter nos arguments pour d\u00e9fendre notre cause, nous n\u2019avons jamais cherch\u00e9 \u00e0 nous justifier, justifier notre existence, pas plus que notre scientificit\u00e9, avec le sentiment que la justification serait vaine, que nous ne ferions pas le poids. L\u2019argumentaire \u00e9tait bien plus vigoureux (et bien plus amusant !) lorsqu\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9montrer que nos adversaires \u00e9taient des nuls, que leur \u00e9pist\u00e9mologie \u00e9tait aussi rudimentaire que b\u00eate. Et il s\u2019est toujours trouv\u00e9 des esprits \u00e9clair\u00e9s pour les d\u00e9noncer avec nous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019instar de Lacan combattant l\u2019internationale qui l\u2019a excommuni\u00e9, c\u2019est David contre Goliath. Ce sera sans doute toujours ainsi, mais c\u2019est notre force propre de dissuasion nucl\u00e9aire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, demandons nous \u00e0 quelle condition l\u2019\u00c9cole sera en ordre de marche pour faire face aux combats qui nous attendent dans un avenir tout proche, si nous nous soucions un tant soit peu de pr\u00e9server l\u2019espace o\u00f9 s\u2019exerce la psychanalyse pour les g\u00e9n\u00e9rations futures ? Sur quoi allons-nous faire fond pour sa transmission dans la civilisation ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce qui est de la pr\u00e9sence de la psychanalyse dans le monde, &nbsp;cela n\u00e9cessite sans nul doute de travailler \u00e0 une politique m\u00e9dit\u00e9e. Elle exige du pr\u00e9cis, du rigoureux, du vigoureux. S&rsquo;immiscer dans les moindres recoins du discours, attiser l&rsquo;actualit\u00e9 autant que les sources. Voir ce qui enseigne ou embrouille. Les virages historiques, les irruptions sociales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Que les psychanalystes puissent s\u2019orienter dans les impasses de la civilisation, que l\u2019on puisse les identifier, les d\u00e9crire au plus juste, afin de dessiner plus pr\u00e9cis\u00e9ment les interstices o\u00f9 la psychanalyse pourra s\u2019immiscer de fa\u00e7on plus assur\u00e9e. \u00c0 moins que l\u2019on ne pr\u00e9f\u00e8re la voie du maquis ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous faut structurer le contexte et l\u2019horizon de l\u2019exercice de la psychanalyse, pour devenir des psychanalystes arm\u00e9s face aux d\u00e9fis du moment pr\u00e9sent. Je ne crois pas que l\u2019invocation d\u2019un ma\u00eetre exer\u00e7ant sa contrainte sur des assujettis soit de nature \u00e0 nous orienter. Non seulement, parce cela fait belle lurette que le discours de la science dans son alliance avec le capitalisme, a d\u00e9fait les figures de la ma\u00eetrise &#8211; personne ne croit plus que ce soit strictement une affaire de ma\u00eetre politique, et qu\u2019\u00e0 prendre au s\u00e9rieux la rupture discursive que Lacan a enregistr\u00e9 clairement, on peut y lire que nous vivons l\u2019\u00e9poque o\u00f9 c\u2019est le march\u00e9 du savoir qui r\u00e8gne en ma\u00eetre. Le sujet se retrouve au contraire comme effet, absolument libre, d\u00e9sali\u00e9n\u00e9, d\u00e9sidentifi\u00e9, tout absorb\u00e9 par les objets d\u2019un mode de vie addictif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Surtout, une telle lecture tend \u00e0 promouvoir un combat contre le monde comme il va, aussi insens\u00e9 que vain. Et je ne crois pas davantage que faire fond sur la politisation de l\u2019intime soit de nature \u00e0 \u00eatre efficace pour d\u00e9fendre la cause analytique alors qu\u2019elle n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une des formes contemporaines du d\u00e9ni de l\u2019inconscient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors faire front pour d\u00e9fendre la psychanalyse implique que le Un de l\u2019orientation lacanienne soit d\u2019autant plus fort, d\u2019autant plus n\u00e9cessaire dans l\u2019\u00e9cole que nous sommes des \u00ab \u00e9pars d\u00e9sassortis \u00bb. \u00c0 condition que l\u2019on entende par l\u00e0, non pas une nef des fous, une apologie de la diversit\u00e9, le \u00ab \u00e0 chacun sa diff\u00e9rence \u00bb, mais une communaut\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, le multiple n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 de l\u2019unit\u00e9. Int\u00e9gration est \u00e0 prendre au sens math\u00e9matique de \u00ab l\u2019int\u00e9grale \u00bb : c\u2019est ensemble que les \u00ab \u00e9pars d\u00e9sassortis \u00bb entrent en fonction pour parvenir \u00e0 constituer une communaut\u00e9 proprement analytique, propice aux fins ultimes de notre action : \u00e0 distance des liens imaginaires, pas toute symbolique, mais bien r\u00e9elle. &nbsp;On peut en attendre qu\u2019elle soit propice au travail pour lequel Lacan a cr\u00e9\u00e9 son \u00e9cole, qu\u2019elle assure la p\u00e9n\u00e9tration du nouveau, qu\u2019elle favorise la pr\u00e9sence de la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Joies de la peste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Deborah Gutermann-Jacquet<\/p>\n\n\n\n<p>En 1909, lorsque Freud, Ferenczi et Jung abordent le Nouveau Monde, le p\u00e8re fondateur de la psychanalyse aurait eu cette phrase bien connue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste&nbsp;\u00bb. C\u00e9l\u00e8bre d\u00e9j\u00e0, Freud n\u2019avait donc pas l\u2019intention d\u2019\u00e9dulcorer son propos pour le rendre s\u00e9duisant \u00e0 ses prestigieux auditeurs. En somme, s\u2019il y avait eu un Freud pros\u00e9lyte, il aurait \u00e9t\u00e9 celui qui propage une maladie mortelle plut\u00f4t qu\u2019une religion de sauvetage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab&nbsp;La Chose freudienne&nbsp;\u00bb, en 1955, Lacan revient sur cette phrase illustre et son ironie&nbsp;: Freud ne croyait pas si bien dire, et fut, \u00e9crit-il, \u00ab&nbsp;pris au mot de son mot&nbsp;\u00bb. Est-ce \u00e0 dire pris au carr\u00e9&nbsp;? La peste prit, et la psychanalyse se propagea, mais elle se propagea oubliant qu\u2019elle \u00e9tait peste et fit de son fondateur un pestif\u00e9r\u00e9. Ainsi, lorsque Lacan proclame le retour \u00e0 Freud comme synonyme d\u2019un n\u00e9cessaire \u00ab&nbsp;renversement&nbsp;\u00bb, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour retrouver au sein d\u2019une psychanalyse immunis\u00e9e, la peste. Cette immunisation prit, chez les post-freudiens, la forme de l\u2019\u00ab&nbsp;assimilation&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Lacan.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une question analogue se pose \u00e0 nous, lorsque les adversaires de la psychanalyse nous visent comme une peste r\u00e9siduelle \u00e0 \u00e9radiquer et nous promettent un avenir de pestif\u00e9r\u00e9s. Cet avenir n\u2019est certes pas radieux, mais il est conforme \u00e0 la discipline que nous avons choisie, il faut en prendre notre parti. Et les offensives auxquelles nous avons \u00e0 faire face ont cela de bon qu\u2019elles nous le rappellent. Lorsque Lacan, plus tard, dans sa \u00ab&nbsp;Pr\u00e9face \u00e0 l\u2019\u00e9dition anglaise du S\u00e9minaire XI&nbsp;\u00bb, met en garde le psychanalyste contre l\u2019embourgeoisement, c\u2019est sans doute une mani\u00e8re de lui rappeler d\u2019o\u00f9 il vient, pour qu\u2019il sache, en effet, o\u00f9 il va.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque fois que la psychanalyse est menac\u00e9e d\u2019assassinat, nous nous retrouvons ainsi en demeure de choisir entre la peste et l\u2019assimilation. Ce choix crucial auquel les offensives nous ram\u00e8nent, est pour nous une occasion de discuter, d\u00e9battre, penser, avant tout contre nous-m\u00eames. Rappelons \u00e0 cette occasion la position de l\u2019h\u00e9r\u00e9tique, qui est prise de choix, et dont Jacques-Alain Miller faisait l\u2019\u00e9loge en 2017 \u00e0 Turin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On peut s\u2019\u00e9tonner, \u00e0 la lecture de ce texte de \u00ab&nbsp;La Chose freudienne&nbsp;\u00bb que, pour Lacan, l\u2019assimilation soit \u00e0 ranger du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9action et, conjointement, les assimil\u00e9s, aux r\u00e9actionnaires. Intuitivement, on aurait pu penser que l\u2019adaptation du discours de la psychanalyse \u2013 notamment lorsque chez les post-freudiens elle \u00e9pousait l\u2019utilitarisme benthamien, et m\u00eame le communisme parfois \u2013 \u00e9tait signe d\u2019un consentement \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie du progr\u00e8s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Non, \u00e9crit Lacan, \u00e0 ce moment, ils n\u2019ont pas c\u00e9d\u00e9 au progr\u00e8s mais \u00ab&nbsp;au principe r\u00e9actionnaire&nbsp;\u00bb, celui qui use notamment de la \u00ab&nbsp;dualit\u00e9&nbsp;\u00bb de \u00ab&nbsp;celui qui souffre et celui qui gu\u00e9rit&nbsp;\u00bb, comme de \u00ab&nbsp;l\u2019opposition entre celui qui sait et celui qui ignore&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Retour, loin de toute \u00e9mancipation, \u00e0 l\u2019ant\u00e9diluvien couple du ma\u00eetre et de l\u2019esclave, dans sa version la plus simpliste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le propos de Lacan r\u00e9sonne de toute son actualit\u00e9 \u00e0 notre heure : si la psychanalyse s\u2019assimile en c\u00e9dant aux nouveaux id\u00e9aux promus par la soci\u00e9t\u00e9, elle ne se sera pas&nbsp;<em>modernis\u00e9e&nbsp;<\/em>pour \u00eatre de son temps, elle sera simplement revenue au temps d\u2019avant. Mieux&nbsp;: au temps o\u00f9 elle n\u2019existait pas, car elle se sera tu\u00e9e elle-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vite oubli\u00e9<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gustavo Freda<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agirait d\u2019arrondir les angles. Un coll\u00e8gue me disait derni\u00e8rement que dans le monde actuel, pour se faire entendre il faut arrondir les angles et il m\u2019y invitait \u00e0 le faire \u2013 au nom de la psychanalyse ! Le lendemain, je me disais : mais, je ne suis pas venu en France pour arrondir les angles ! Je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par l\u2019\u00c9cole de la Cause Freudienne de Paris, l\u2019\u00c9cole de Lacan, pour arrondir des angles ! Sans doute en g\u00e9om\u00e9trie, de fa\u00e7on abstraite ou r\u00e9elle, la notion d\u2019angle arrondi doit exister mais pas en psychanalyse lacanienne et encore moins en temps de guerre intellectuelle face \u00e0 un interlocuteur qui ne cesse de vous m\u00e9priser et de vous agresser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comment arrondir, quant votre ma\u00eetre s\u2019appelle Jacques Lacan et que vous avez \u00e9t\u00e9 nourri depuis votre enfance avec des propos tels que : La femme n\u2019existe pas, Il n\u2019y a pas de m\u00e9talangage, Il n\u2019y a pas de rapport sexuel, Tout le monde est fou, Ce qui est rejet\u00e9 du symbolique revient dans le r\u00e9el, La mort est du domaine de la foi, Vous voulez un ma\u00eetre, vous l\u2019aurez ?<\/p>\n\n\n\n<p>Lacan n\u2019arrondissait pas et il n\u2019y allait pas avec le dos de la cuill\u00e8re : \u00e7a devrait nous orienter. Quand on arrondit, on devient rond, mou, le propos est long, \u00e9dulcor\u00e9, all\u00e9g\u00e9e et vite oubli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>16 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-c4df688e63259d1df9093a1dac403d46\" style=\"color:#f60404\"><strong>L\u2019\u00c9COLE&nbsp; D\u00c9BAT&nbsp;9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Texte de&nbsp;Yuna Grouzel-Sow suivi d\u2019un texte de&nbsp;Charlotte Voix.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sous la menace, le prix d\u2019un dire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Yuna Grouazel-Sow<\/p>\n\n\n\n<p>(membre ACF en VLB)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouverture du d\u00e9bat dans l\u2019\u00c9cole fait signe d\u2019un r\u00e9el qui menace et en m\u00eame temps me para\u00eet \u00eatre une chance pour l\u2019\u00c9cole. Laquelle ? Celle de pr\u00e9server son bien le plus pr\u00e9cieux, toujours menac\u00e9 lui aussi : un d\u00e9sir puissant, barrant la route \u00e0 ces d\u00e9tracteurs quand ils se font mena\u00e7ants \u2013 pour ne pas les faire consister \u2013 et ce depuis et gr\u00e2ce \u00e0 Jacques Lacan, puis \u00e0 Jacques-Alain Miller.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9bat servira en m\u00eame temps, je crois, au d\u00e9bat sur la passe et \u00e0 ses travaux lanc\u00e9s depuis 2023. Rappelons que Jacques Lacan n\u2019\u00e9tait ni &nbsp;d\u00e9pressif, ni carri\u00e9riste, et encore moins gentil ou m\u00e9chant. S\u2019il&nbsp;<em>\u00e9tait&nbsp;<\/em>quelque chose, c\u2019\u00e9tait un homme de d\u00e9sir, engageant son corps dans l\u2019acte<em>.&nbsp;<\/em>C\u2019est dire que c\u2019\u00e9tait un homme<em>&nbsp;intranquille.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Actuellement, avec les politiques, nous avons affaire \u00e0 une intimidation, \u00e0 une menace devant laquelle il ne faut pas c\u00e9der. De quel ressort est-elle ? Je crois que ce qui&nbsp;<em>nous<\/em>&nbsp;menace, est la volont\u00e9&nbsp;<em>pseudo<\/em>-scientifique de s\u00e9parer le langage&nbsp;<em>du<\/em>&nbsp;corps, un id\u00e9al tout bonnement impossible. Ainsi, le corps et sa substance jouissante seraient ma\u00eetrisables par des proc\u00e9d\u00e9s m\u00e9dicaux informatis\u00e9s et le langage, d\u00e9pris du corps, ne serait plus qu\u2019au service d\u2019une communication creuse et vide. Nous refusons de croire en cet id\u00e9al car nous savons par avance, de par notre propre exp\u00e9rience analytique, que bien au contraire, le corps&nbsp;<em>censur\u00e9<\/em>&nbsp;de sa langue, va mal et au pire.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors comment faire face \u00e0 cette menace ?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e que la psychanalyse est un apport int\u00e9ressant \u00e0 pr\u00e9server, parmi d\u2019autres courants, parce que parler fait du bien, me semble conduire \u00e0 faire fausse route. Car premi\u00e8rement, c\u2019est faux (il suffit de voir la prolif\u00e9ration de la parole haineuse sur les r\u00e9seaux, il n\u2019y a rien de concluant pour l\u2019\u00e9nonciateur de cette parole) et, deuxi\u00e8mement, parce que \u00e7a revient \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ne rien faire, vis-\u00e0-vis du ma\u00eetre. Un ma\u00eetre a pour d\u00e9finition qu\u2019il n\u2019en veut rien savoir. Il veut seulement que \u00e7a marche au pas. C\u2019est la base de la structure. Lacan nous l\u2019a appris. Alors comment toucher quelque chose chez le \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb ou le politique pris dans le discours du ma\u00eetre ? Je laisse la question ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me semble n\u00e9anmoins qu\u2019Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen, pr\u00e9sidente de l\u2019ECF, en a fait la d\u00e9monstration sur France Inter, face \u00e0 un Franck Ramus, chercheur en science cognitive, haineux de la psychanalyse. Elle y est all\u00e9e, et pas de main morte ! Franck Ramus a \u00e9t\u00e9 d\u00e9stabilis\u00e9 lorsqu\u2019elle lui a fait apercevoir la haine qui se logeait derri\u00e8re son discours bien construit.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc pour continuer, le danger n\u2019est pas tant dans l\u2019Autre en ce qu&rsquo;il a de m\u00e9chant qu\u2019en nous, dans&nbsp;<em>ce qui se tait en soi<\/em>, que ce soit en ne pipant mot ou, au contraire, en discourant. Dans ce moment politique fort, l\u2019efficace du d\u00e9sir est dans le&nbsp;<em>Ne rien laisser passer<\/em>&nbsp;aupr\u00e8s des intimidateurs, qu\u2019ils viennent de la sph\u00e8re scientifique ou politique. Me vient \u00e0 l\u2019esprit le proverbe que cite Freud :<em>&nbsp;Le lion ne bondit qu\u2019une fois<\/em><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1999CDE1-34A6-42A2-BE44-A38692CA7405#_ftn1\">[1]<\/a>&nbsp;lorsqu\u2019il parle de l\u2019interpr\u00e9tation en analyse en tant qu\u2019elle doit surgir au bon moment pour surprendre l\u2019analysant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a de \u00e7a dans la fa\u00e7on dont l\u2019\u00c9cole et ses analystes ont \u00e0 r\u00e9pondre aux d\u00e9tracteurs de la psychanalyse. Il s\u2019agit d\u2019attraper la balle au bond!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je rep\u00e8re trois actes de l\u2019ECF ces derniers temps : le forum contre l&rsquo;amendement 159, la Pr\u00e9sidente de l\u2019ECF qui intervient \u00e0 France Inter pour faire face \u00e0 Franck Ramus et l\u2019ouverture du d\u00e9bat \u00e0 l\u2019ECF pour garder le cap lacanien. La force du d\u00e9sir de l\u2019\u00c9cole r\u00e9pond \u00e0 la menace d\u2019intimidation en payant le prix de&nbsp;<em>s\u2019arracher<\/em>&nbsp;\u00e0 son confort, c\u2019est-\u00e0-dire de sa tranquillit\u00e9 bavarde avec son Autre. Pour l\u2019acte 4, \u00e0 suivre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1999CDE1-34A6-42A2-BE44-A38692CA7405#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp; Sigmund F., \u00ab L\u2019analyse avec fin et l\u2019analyse sans fin \u00bb,&nbsp;<em>R\u00e9sultats, id\u00e9es, probl\u00e8mes,<\/em>tome II, Paris, PUF, 1985, p. 234.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le programme de demain : data, pharma, IA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Voix<\/p>\n\n\n\n<p>(dispositif jeunesse de l\u2019ECF)<\/p>\n\n\n\n<p>Exposons un programme national de recherche en psychiatrie dite \u00ab de pr\u00e9cision \u00bb, PEPR-PROPSY, dont le projet phare,&nbsp;<em>French Minds<\/em>, consiste \u00e0 assembler une cohorte de 10 000 \u00ab&nbsp;sujets&nbsp;\u00bb en vue de r\u00e9former le diagnostic, le traitement et le pronostic des maladies mentales en France. Port\u00e9 par l\u2019Inserm et le CNRS avec le concours de la Fondation FondaMentaldu Pr Leboyer, le programme, laur\u00e9at du plan d\u2019investissement France 2030 \u2013 donc de fonds publics \u2013, affiche le budget impressionnant de 80 millions d\u2019euros.<\/p>\n\n\n\n<p>Les patients concern\u00e9s, dont des mineurs (l\u2019\u00e9tude s\u2019\u00e9tendra sur une population \u00e2g\u00e9e de 15 \u00e0 60 ans selon FondaMental) doivent \u00eatre atteints de troubles bipolaires, schizophr\u00e9nie, d\u00e9pressions r\u00e9sistantes et troubles du spectre de l\u2019autisme, tandis que 500 t\u00e9moins constitueront (cette fois-ci) un groupe contr\u00f4le. Sans attendre le d\u00e9ploiement des centres experts mentionn\u00e9s dans la proposition de loi n\u00b0385, French Minds a d\u00e9marr\u00e9 cette ann\u00e9e dans les services d\u2019une trentaine de centres hospitaliers fran\u00e7ais(plusieurs CHU ont publi\u00e9 des offres d\u2019emploi pour coordinateurs infirmiers et psychologues \u00ab&nbsp;dans le cadre de la cohorte French Minds&nbsp;\u00bb, ce qui indique que la phase d\u2019inclusion des patients est en cours de lancement), dans une discr\u00e9tion remarquable qui contraste avec l\u2019ambition affich\u00e9e de r\u00e9volutionner la Sant\u00e9 mentale (en dehors de ces petites annonces, il est bien difficile de dresser la liste des CHU impliqu\u00e9s).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb objet de l\u2019\u00e9tudesera suivi sur douze mois ce qui inclut : deux consultations espac\u00e9es d\u2019un an, o\u00f9, apr\u00e8s recueil du consentement, un certain nombre de donn\u00e9es cliniques (questionnaires), neuropsychologiques (tests) et biologiques (microbiote, sang, g\u00e9nome, IRM c\u00e9r\u00e9brale) sont r\u00e9colt\u00e9es ; ainsi que des \u00e9valuations num\u00e9riques mensuelles via smartphone avec applications d\u00e9di\u00e9es et bracelet connect\u00e9 remis au patient pour collecter des donn\u00e9es sur le sommeil, l\u2019activit\u00e9 physique (nombre de pas) et les variations symptomatiques (auto-questionnaires) en temps r\u00e9el. C\u2019est ici que le projet eD-PROPSY entre en sc\u00e8ne, afin de fournir \u00e0 la cohorte French Minds une \u00ab solution num\u00e9rique \u00bb en \u00ab conditions \u00e9cologiques \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un Agent Conversationnel Anim\u00e9 (ACA) empathique (un chatbot avec un visage souriant) \u00e0 domicile. Notons qu\u2019un autre projet du PEPR-PROPSY,&nbsp;<em>Audicobe<\/em>, d\u00e9veloppe simultan\u00e9ment et fort \u00e0 propos les psychoth\u00e9rapies de pr\u00e9cision du futur men\u00e9es par les ACAs, dont on cherche \u00e0 augmenter \u00ab&nbsp;l\u2019acceptabilit\u00e9&nbsp;\u00bb par les patients, solutionnant le probl\u00e8me de l\u2019accessibilit\u00e9 aux soins&nbsp;: chacun chez soi avec son chatbot&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es French Minds ainsi r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es seront stock\u00e9es dans un entrep\u00f4t de data de sant\u00e9 \u2013 qu\u2019on nous promet s\u00e9curis\u00e9 \u2013 et exploit\u00e9es par des algorithmes d\u2019intelligence artificielle afin d\u2019identifier des sous-groupes \u00ab biologiquement homog\u00e8nes \u00bb (qui ont par exemple des taux sanguins similaires) selon des \u00ab marqueurs transdiagnostiques \u00bb (les donn\u00e9es biologiques l\u2019emporteront sur le diagnostic psychiatrique dans la constitution des sous-groupes). Que l\u2019on se rassure avant d\u2019hurler au tout bio, tout neuro ! Les donn\u00e9es \u00ab environnementales \u00bb sont prises en compte afin de pond\u00e9rer les r\u00e9sultats de French Minds. Mais pour le programme PEPR-PROPSY, il s\u2019agit\u2026 de la pollution urbaine ou encore des \u00e9ventuelles infections rencontr\u00e9es par le syst\u00e8me immunitaire du patient !<\/p>\n\n\n\n<p>Selon le Pr Leboyer, qui se revendique de la m\u00e9decine de pr\u00e9cision et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 comparer les troubles psychiatriques au cancer et \u00e0 la maladie d\u2019Alzheimer (le psychisme r\u00e9sum\u00e9 au cerveau \u00e9tant un organe comme un autre), l\u2019enjeu n\u2019est ni plus ni moins que la pr\u00e9diction des troubles. La psychiatrie de pr\u00e9cision, qui esp\u00e8re se pr\u00e9valoir de r\u00e9sultats probants avec la cohorte French Minds, permettrait ainsi d\u2019\u00e9largir les diagnostics psychiatriques en rep\u00e9rant les fameux biomarqueurs avant m\u00eame qu\u2019une personne ne se plaigne d\u2019une souffrance ou ne pr\u00e9sente un sympt\u00f4me. Le Pr Leboyer utilise, l\u00e0 aussi, une comparaison \u00e9loquente avec l\u2019hypertension art\u00e9rielle, sous-diagnostiqu\u00e9e en raison du caract\u00e8re non continu de sa mesure (m\u00eame si l\u2019on ne pr\u00e9sente pas de pic d\u2019hypertension, on peut avoir une tension qui se maintient dans la moyenne haute et n\u00e9cessite tout de m\u00eame \u00ab&nbsp;un traitement et des mesures li\u00e9es au mode de vie&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;). Il en irait de m\u00eame pour les troubles psychiatriques, car m\u00eame si l\u2019on ne se plaint de rien, nos biomarqueurs pourraient bien parler pour nous. Un grand pas pour la pr\u00e9vention, une aubaine pour les laboratoires, les compagnies d\u2019assurance et les d\u00e9veloppeurs d\u2019applis&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9passer le sympt\u00f4me est aussi l\u2019horizon d\u2019un autre projet du PEPR-PROPSY, EEG-Mind \u2013 dont les donn\u00e9es pourraient venir recouper celles de la cohorte \u2013, qui mesure l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9brale dans les troubles psychiatriques afin d\u2019\u00e9tablir des \u00ab&nbsp;signatures&nbsp;\u00bb \u00e9lectrophysiologiques (trac\u00e9 enregistr\u00e9 lors d\u2019un \u00e9lectroenc\u00e9phalogramme, par l\u2019application d\u2019\u00e9lectrodes sur le cr\u00e2ne) r\u00e9pertoriant des profils dont d\u00e9couleront un pronostic et un traitement personnalis\u00e9. Rappelons que si une signature \u00e9lectrophysiologique \u00e9tait retrouv\u00e9e en association fr\u00e9quente avec un trouble psychiatrique donn\u00e9, le produit en serait une corr\u00e9lation, qui n\u2019est en aucun cas une causalit\u00e9. Cela ne permettrait certainement pas de conclure que cette particularit\u00e9 rep\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019EEG cause le trouble \u2013&nbsp;elle pourrait tout aussi bien en \u00eatre l\u2019effet&nbsp;! En m\u00e9dicalisant des profils \u00e0 risque (dont l\u2019annonce risquerait pour le coup de plomber le moral), la psychiatrie de pr\u00e9cision risque d\u2019en oublier de soigner des malades\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, les th\u00e9rapeutiques ne sont pas en reste dans les projets du PEPR-PROPSY. C\u2019est heureux, car les patients seraient en droit de se demander comment \u00e9chapper au destin qui appara\u00eet tout trac\u00e9 par leurs biomarqueurs ! Outre les agents virtuels empathiques qui assureront l\u2019\u00e9valuation et la th\u00e9rapie (cognitivo-comportementale, cela va de soi), la pharmacoth\u00e9rapie se veut cibl\u00e9e en fonction des diff\u00e9rents sous-groupes biologiques isol\u00e9s par la cohorte French Minds (citons l\u2019exemple des anti-inflammatoires pour les d\u00e9pressions r\u00e9sistantes). En plus des m\u00e9dicaments et des th\u00e9rapies sur smartphone, PEPR-PROPSY envisage de traiter directement l\u2019activit\u00e9 \u00e9lectrique c\u00e9r\u00e9brale en d\u00e9veloppant la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (un aimant puissant est pos\u00e9 sur le cr\u00e2ne afin de faire passer un courant \u00e9lectrique dans le cerveau) : chez les patients d\u00e9pressifs, selon un dosage acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 (5 s\u00e9ances par jour pendant 10 jours), et chez les patients schizophr\u00e8nes pr\u00e9sentant des hallucinations auditives, sous imagerie&nbsp;<em>live<\/em>, pour les entra\u00eener \u00e0 changer eux-m\u00eames leur propre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. \u00ab&nbsp;Pas mal, non&nbsp;? C\u2019est fran\u00e7ais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Gageons que ceux qui pilotent la cohorte French Minds et les autres projets du PEPR-PROPSY, avec toute la rigueur n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019envergure de leur mission, sauront se rappeler cette r\u00e9ponse de Voltaire \u00e0 Pascal, mod\u00e8le d\u2019esprit fran\u00e7ais&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019int\u00e9r\u00eat que j\u2019ai \u00e0 croire une chose n\u2019est pas une preuve de l\u2019existence de cette chose&nbsp;\u00bb, quand bien m\u00eame leur mantra, affich\u00e9 sur le site internet de France 2030, consiste \u00e0 se demander \u00ab&nbsp;Pourquoi r\u00eaver du futur quand on peut le cr\u00e9er&nbsp;?&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>17 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-3cb20998cf80be9b8a3c957d439d2d8f\" style=\"color:#f60707\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;10<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Texte de Jacques-Alain Miller,\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>suivi d&rsquo;un texte de Philippe Hellebois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tutti quanti<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques-Alain Miller&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019axe du D\u00e9bat s\u2019est maintenant d\u00e9plac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>1<\/p>\n\n\n\n<p>La publication dans&nbsp;<em>Le Monde<\/em>&nbsp;de la malheureuse tribune de Clotilde Leguil&nbsp;<em>et alii<\/em>, est salu\u00e9e par un petit charivari. Celui-ci provoque l\u2019ouverture du D\u00e9bat, mais c\u00e8de aussit\u00f4t la place \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019\u00e9tait pas attendu, \u00e0 savoir la succession rapide de textes improvis\u00e9s, marqu\u00e9s au coin d\u2019une certaine pr\u00e9cipitation, portant sur des sujets divers et vari\u00e9s, l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00c9cole, la nature de la psychanalyse, le pr\u00e9tendu \u201cma\u00eetre de demain\u201d (Hellebois, ci-dessous), le vrai visage de nos adversaires (ici m\u00eame, hier) &#8211; et nous n\u2019en sommes qu\u2019au d\u00e9but du D\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p>2<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vois qu\u2019une interpr\u00e9tation \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Quelque chose chemine \u00e0 t\u00e2tons dans le noir, cherche \u00e0 se dire. Sans le savoir encore, l\u2019\u00c9cole se pr\u00e9pare, qui dans la fi\u00e8vre, qui dans l\u2019angoisse, \u00e0 se regarder dans les yeux, et \u00e0 r\u00e9pondre elle-m\u00eame \u00e0 la question fatale : Que veut l\u2019\u00c9cole ? &nbsp;Et d\u2019abord : Quelle \u00c9cole l\u2019\u00c9cole veut-elle \u00eatre ?<\/p>\n\n\n\n<p>3<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi maintenant ? Parce que \u201c<em>Winter is coming<\/em>\u201d. &nbsp;Parce que \u2013 pour le dire avec simplicit\u00e9 \u2013 nous en sommes aux \u00e9p\u00e9es et aux couteaux avec nos assassins ayant soudain jet\u00e9 le masque. On n\u2019a pas oubli\u00e9 la phrase de Val\u00e9ry : \u201cNous autres civilisations, nous savons que nous sommes mortelles.\u201d Eh bien, il se pourrait que la psychanalyse soit \u00e0 terme \u00e9radiqu\u00e9e de la terre de France, et nous venons tout juste de l\u2019apprendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>4<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amendement Accoyer venait d\u2019\u00eatre vot\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e nationale unanime quand l\u2019\u00c9cole se dressa. Mais c\u2019\u00e9tait la croisade personnelle de M. Accoyer. Il finit par se r\u00e9soudre \u00e0 retirer son texte, tout rentra dans l\u2019ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>5<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, nous d\u00e9couvrons avec stupeur qu\u2019une organisation travaillait depuis au moins deux d\u00e9cennies \u00e0 la disparition des psys. Cet \u00e9norme investissement vient \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance ce mois de d\u00e9cembre, et tout indique que nous sommes fait aux pattes. Il se colporte &nbsp;que les 2\/3 des psychiatres sont favorables \u00e0 l\u2019id\u00e9e de livrer le champ de la sant\u00e9 \u00e0 l\u2019intelligence artificielle. Nous n\u2019avons pas en face de nous un monsieur Accoyer qui \u00e9tait au fond un brave homme, mais ce que j\u2019appellerai le comit\u00e9 central du plus haut capitalisme fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 SUIVRE<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Le vainqueur inconnu de demain,&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>c\u2019est d\u00e8s aujourd\u2019hui qu\u2019il commande \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Philippe Hellebois<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;Cette phrase, qui inspire nos d\u00e9bats depuis quelques jours, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par Lacan en 1969 pour conclure un texte destin\u00e9 au journal&nbsp;<em>Le Monde.&nbsp;<\/em>Il l\u2019avait intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;D\u2019une r\u00e9forme dans son trou&nbsp;\u00bb, la r\u00e9forme en question \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 celle de la psychiatrie de l\u2019\u00e9poque [1] \u2013 l\u2019\u00c9tat aime manifestement r\u00e9former la psychiatrie. V\u00e9ritable aphorisme, cette phrase oriente notre action lacanienne depuis un certain temps, J.-A. Miller l\u2019ayant mise en exergue de&nbsp;<em>Lacan Quotidien<\/em>&nbsp;qui a accompagn\u00e9 plusieurs de nos combats.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;Remarquons d\u2019abord que notre m\u00e9moire a pris l\u2019habitude de substituer le&nbsp;<em>ma\u00eetre<\/em>&nbsp;au&nbsp;<em>vainqueur inconnu.&nbsp;<\/em>Si la diff\u00e9rence entre ma\u00eetre et vainqueur peut sembler t\u00e9nue, les deux \u00e9voquant lutte et domination, le vainqueur qualifi\u00e9 d\u2019inconnu appara\u00eet d\u2019un empan s\u00e9mantique plus large, et surtout plus \u00e9nigmatique. Les dictionnaires (<em>Littr\u00e9, Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise, Grand Robert<\/em>) distinguent la dimension amoureuse du vainqueur, citent Corneille et Racine tandis que les Mus\u00e9es exposent notamment l\u2019<em>Amor vincit omnia&nbsp;<\/em>du Caravage. Tout cela est beau et bien, mais n\u2019est en rien inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;L\u2019<em>inconnu<\/em>&nbsp;tiendrait-il seulement au fait qu\u2019il r\u00e8gnera dans un futur que nous ne connaissons pas encore ? S\u00fbrement, mais cela ne suffit pas encore. Le texte de Lacan nous met sur la voie lorsque l\u2019on s\u2019avise qu\u2019il est divis\u00e9 en deux parties plus ou moins \u00e9gales : la premi\u00e8re parle du ma\u00eetre cach\u00e9 sous les jupes de l\u2019universit\u00e9, de la psychiatrie qui est du c\u00f4t\u00e9 du manche, alors que la seconde, que notre phrase ach\u00e8ve, traite de l\u2019objet&nbsp;<em>a<\/em>&nbsp;\u2013 il le qualifie aussi d\u2019<em>acause<\/em>&nbsp;du d\u00e9sir en la rapportant \u00e0 ce que manque la philosophie et de plus-de-jouir en \u00e9voquant Marx.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;Cet objet&nbsp;<em>a<\/em>, n\u2019est-ce pas lui qui est le seul \u00e0 commander aujourd\u2019hui et \u00e0 r\u00e9gner demain ? C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8le le transfert qui masque cet objet sous les moires captieuses du sujet suppos\u00e9 savoir, et dont le d\u00e9voilement progressif est l\u2019un des enjeux de la cure analytique \u2013 Lacan venait d\u2019en d\u00e9velopper la probl\u00e9matique dans \u00ab&nbsp;La proposition du 9 octobre 1969 sur le&nbsp;psychanalyste de l&rsquo;\u00c9cole&nbsp;\u00bb&nbsp;et son S\u00e9minaire sur&nbsp;l\u2019Acte psychanalytique&nbsp;(1967-1968). Quant au r\u00e8gne de l\u2019objet, Lacan l\u2019annonce dans \u00ab&nbsp;Radiophonie&nbsp;\u00bb (1970) sous les esp\u00e8ces de la mont\u00e9e au z\u00e9nith social [2].<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;Nous voyons bien aujourd\u2019hui que le vainqueur de demain en 1969 est celui que d\u00e9signe Sarah Camous-Marquis sous les esp\u00e8ces du ma\u00eetre algorithmique qui produit sans cesse les gadgets qui nous \u00e9touffent en faisant guise d\u2019objet&nbsp;<em>a<\/em>. Quelques lignes plus haut, Lacan \u00e9voquait d\u2019ailleurs la soci\u00e9t\u00e9 de consommation produisant \u00ab&nbsp;les voitures qui ne servent qu\u2019\u00e0 meubler les trottoirs&nbsp;\u00bb, autant d\u2019objets faits \u00ab&nbsp;pour satisfaire \u00e0 gogo&nbsp;\u00bb la jeunesse r\u00e9volt\u00e9e de 1968 \u2013 satisfaction illusoire, ajoutait-il, parce que ces objets \u00e9chouent \u00e0 remplacer l\u2019objet&nbsp;<em>a<\/em>. Il le qualifiait encore ce dernier de fatidique parce qu\u2019il creuse en notre monde un trou, et anime un tourbillon que rien ni personne ne pourra ralentir \u2013 \u00e0 se r\u00e9volter la jeunesse ne fait que pr\u00e9cipiter le mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;Le vainqueur de demain n\u2019a donc pas vraiment la t\u00eate des Trump, Poutine, Bolsonaro, et si l\u2019on veut \u00e0 toutes forces les loger quelque part, on les d\u00e9corera de ce d\u00e9licieux sarcasme de Lacan \u00e0 propos de son objet&nbsp;<em>a<\/em>, un petit tas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lire&nbsp;: petit&nbsp;<em>a&nbsp;<\/em>; les illettr\u00e9s qui se confinent \u00e0 l\u2019usage de la parole, traduisent&nbsp;: petit&nbsp;tas, simple bavure informatique&nbsp;\u00bb[3].<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;La lecture de cette phrase, et de celles qui la pr\u00e9c\u00e8dent pour se constituer en paragraphe o\u00f9 Lacan articule pr\u00e9sent, pass\u00e9 et futur, \u00e9voque aussi ce que J.-A. Miller a comment\u00e9 dans son \u00ab&nbsp;Introduction \u00e0 l\u2019\u00e9rotique du temps[4]&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab\u00a0Pour s\u2019y retrouver il faut savoir que le pr\u00e9sent est contingent, comme le pass\u00e9 futile. C\u2019est du futur qu\u2019il faut tenir, contre Aristote qui l\u00e0-dessus a fl\u00e9chi. Que le pr\u00e9sent tient ce qu\u2019il a de n\u00e9cessaire. Le vainqueur inconnu de demain, c\u2019est d\u00e8s aujourd\u2019hui qu\u2019il commande\u00a0\u00bb[5]. Contingent, soit hasardeux et r\u00e9el, le pr\u00e9sent en devient pr\u00e9pond\u00e9rant ; il rend le pass\u00e9 futile puisque celui-ci ne peut plus pr\u00e9tendre \u00e0 en repr\u00e9senter la v\u00e9rit\u00e9 ; il ne tient sa n\u00e9cessit\u00e9 que du futur puisqu\u2019il ne portera \u00e0 cons\u00e9quence que demain.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp;Lacan ne s\u2019est pas content\u00e9 de dire qu\u2019il n\u2019y a de certitude qu\u2019anticip\u00e9e, mais l\u2019a prouv\u00e9 en \u00e9tant en avance sur son \u00e9poque et en le restant sur la n\u00f4tre. Il n\u2019en \u00e9tait pas pour autant proph\u00e8te d\u2019\u00eatre anim\u00e9 d\u2019une lucidit\u00e9 incomparable parce qu\u2019elle \u00e9tait fond\u00e9e sur ce qui \u00e9chappe au discours en l\u2019orientant. &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1A2924DB-1313-4CC0-A7E4-90010921D7A4#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;Lacan, J., \u00ab D\u2019une r\u00e9forme dans son trou \u00bb,&nbsp;<em>La Cause du d\u00e9sir<\/em>, Paris 2018, n\u00b098, p. 9-13. Voir aussi la tr\u00e8s claire pr\u00e9sentation de Laura Sokolowsky, p. 14-15.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1A2924DB-1313-4CC0-A7E4-90010921D7A4#_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;Lacan, J., \u00ab Radiophonie \u00bb,&nbsp;<em>Autres \u00e9crits<\/em>, Paris, Seuil 2001, p. 414.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1A2924DB-1313-4CC0-A7E4-90010921D7A4#_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;Lacan, J., \u00ab D\u2019une r\u00e9forme \u2026 \u00bb, p. 12<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1A2924DB-1313-4CC0-A7E4-90010921D7A4#_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;Miller, J.-A., \u00ab Introduction \u00e0 l\u2019\u00e9rotique du temps \u00bb,&nbsp;<em>La Cause freudienne<\/em>, Paris, mars 2004, n\u00b056<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/1A2924DB-1313-4CC0-A7E4-90010921D7A4#_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;Lacan, J., \u00ab D\u2019une r\u00e9forme \u2026 \u00bb, p. 13<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>13 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-03be47250a52912a0e4be6e93c070496\" style=\"color:#f80101\"><strong>NUM\u00c9RO SP\u00c9CIAL DU D\u00c9BAT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 du d\u00e9bat parlementaire sur la proposition de loi relative aux centres experts en psychiatrie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment Fromentin<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat porte sur une Proposition de loi initialement d\u00e9pos\u00e9e par le s\u00e9nateur Alain Milon (Les R\u00e9publicains) visant \u00e0 int\u00e9grer les centres experts en sant\u00e9 mentale dans le Code de la sant\u00e9 publique afin d\u2019en garantir la p\u00e9rennit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La version initiale du texte, centr\u00e9e sur les centres experts coordonn\u00e9s par la Fondation Fondamentale, a suscit\u00e9 de vives controverses. En commission, la rapporteure Chantal Deseyne a profond\u00e9ment modifi\u00e9 le texte pour \u00e9largir la reconnaissance \u00e0 l\u2019ensemble des acteurs du troisi\u00e8me recours, en r\u00e9affirmant le principe de gradation des soins et la n\u00e9cessaire coordination territoriale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les groupes Les R\u00e9publicains, Union centriste, Ind\u00e9pendants, RDSE, ainsi que le gouvernement, par la voix de Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e charg\u00e9e de l&rsquo;Autonomie et du Handicap soutiennent le texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le niveau de troisi\u00e8me recours*&nbsp;sont pr\u00e9sent\u00e9s comme indispensables pour la prise en charge des situations cliniques complexes ou r\u00e9sistantes, lorsque les soins de premier et de second niveau atteignent leurs limites. Les s\u00e9nateurs favorables au texte rappellent que le diagnostic n\u2019est pas une fin en soi mais une condition pr\u00e9alable \u00e0 un accompagnement th\u00e9rapeutique pertinent et mieux cibl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils estiment en outre que l\u2019absence de reconnaissance juridique fragilise ces structures, alors m\u00eame qu\u2019elles contribuent de mani\u00e8re d\u00e9cisive \u00e0 la qualit\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des parcours de soins. La loi permettrait ainsi de s\u00e9curiser et de clarifier leur place au sein de l\u2019architecture sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, plusieurs interventions soulignent l\u2019apport scientifique des centres experts \u2014 en termes de publications, de constitution de cohortes et de rayonnement international \u2014 ainsi que leur r\u00f4le potentiel dans l\u2019attractivit\u00e9 de la psychiatrie, discipline qui est confront\u00e9e \u00e0 une crise d\u00e9mographique profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>Les critiques du texte sont port\u00e9es principalement par Marion Canal\u00e8s (groupe Socialiste, \u00e9cologiste et r\u00e9publicain), C\u00e9line Brulin (groupe Communiste, r\u00e9publicain, citoyen et \u00e9cologiste) et Raymonde Poncet Monge (groupe \u00c9cologiste \u2013 Solidarit\u00e9 et Territoires), qui s\u2019opposent \u00e0 la proposition de loi, y compris dans sa version remani\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles estiment d\u2019abord que le texte proc\u00e8de \u00e0 un mauvais diagnostic des urgences psychiatriques, la priorit\u00e9 devant aller au renforcement de la psychiatrie de secteur (CMP, h\u00f4pitaux publics), aujourd\u2019hui exsangue, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019institutionnalisation du troisi\u00e8me recours. Elles alertent ensuite sur le risque d\u2019une psychiatrie \u00e0 deux vitesses, la reconnaissance l\u00e9gislative du troisi\u00e8me niveau pouvant capter ressources financi\u00e8res et professionnelles au d\u00e9triment des soins de proximit\u00e9 et aggraver les in\u00e9galit\u00e9s territoriales.<\/p>\n\n\n\n<p>Les opposantes soulignent \u00e9galement l\u2019absence d\u2019\u00e9valuations scientifiques ind\u00e9pendantes des centres experts, contestant les promesses d\u2019\u00e9conomies et de r\u00e9duction des hospitalisations avanc\u00e9es dans l\u2019expos\u00e9 des motifs. Elles d\u00e9noncent une confusion entre expertises et soins, rappelant que le diagnostic sans continuit\u00e9 de suivi ni moyens sectoriels produit une expertise \u00ab hors sol \u00bb, d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan institutionnel, elles jugent le v\u00e9hicule l\u00e9gislatif inadapt\u00e9, l\u2019organisation de l\u2019offre de soins relevant selon elles du pouvoir r\u00e9glementaire et d\u2019une concertation approfondie avec les professionnels. Enfin, malgr\u00e9 la suppression explicite de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Fondation Fondamentale, elles expriment une m\u00e9fiance persistante \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mod\u00e8le initial, per\u00e7u comme techniciste, biom\u00e9dical et insuffisamment attentif \u00e0 la complexit\u00e9 relationnelle et institutionnelle du soin psychique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>*<\/strong><strong>Les trois niveaux promus :&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette PPL, la gradation des soins en psychiatrie distingue trois niveaux compl\u00e9mentaires.\u2028<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier recours correspond \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans le syst\u00e8me de soins : m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes, psychologues qui doivent assurer le \u00ab rep\u00e9rage \u00bb, l\u2019\u00e9valuation initiale et la prise en charge des troubles l\u00e9gers \u00e0 mod\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me recours, c\u2019est le c\u0153ur du dispositif : la psychiatrie de secteur, les CMP et les services hospitaliers. Ils garantissent le diagnostic clinique, l\u2019accompagnement au long cours, la continuit\u00e9 et l\u2019articulation avec le champ social et m\u00e9dico-social.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me recours intervient de mani\u00e8re ponctuelle pour les situations complexes, rares ou r\u00e9sistantes, lorsque les niveaux pr\u00e9c\u00e9dents atteignent leurs limites. Il repose sur des \u00e9quipes hautement sp\u00e9cialis\u00e9es (Centres experts, CHU) dont la mission est d\u2019apporter une expertise diagnostique et th\u00e9rapeutique approfondie, adoss\u00e9e \u00e0 la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la gradation des soins constitue un principe organisateur largement diffus\u00e9 dans d\u2019autres champs de la m\u00e9decine, sa transposition \u00e0 la psychiatrie soul\u00e8ve des difficult\u00e9s sp\u00e9cifiques. La psychiatrie ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une succession d\u2019actes techniques hi\u00e9rarchis\u00e9s, mais repose sur des processus longs, centr\u00e9 sur une relation construite dans la dur\u00e9e, o\u00f9 diagnostic et soin sont indissociables et \u00e9volutifs. D\u00e8s lors, l\u2019introduction d\u2019un troisi\u00e8me recours centr\u00e9 principalement sur l\u2019expertise diagnostique comporte le risque 1\u00b0 d\u2019une hi\u00e9rarchisation des cliniciens 2\u00b0 d\u2019une dilution de la responsabilit\u00e9 de l\u2019acte clinique, enfin 3\u00b0 d\u2019une rupture entre savoir expert et pratique du soin, au d\u00e9triment de la continuit\u00e9 clinique, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT<\/strong> &nbsp; <strong>COMMUNIQU\u00c9<\/strong> &nbsp; Comme annonc\u00e9, l\u2019ensemble des textes qui nous sont parvenus pour le D\u00e9bat seront publi\u00e9s par ordre alphab\u00e9tique des pr\u00e9noms.&nbsp; &nbsp; Le D\u00e9bat seconde s\u00e9rie d\u00e9butera le 12 janvier.&nbsp; &nbsp; Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen, <em>Pr\u00e9sidente de l\u2019ECF<\/em> <em>&nbsp;<\/em> NB: La critique de la tribune du <em>Monde<\/em> est consid\u00e9r\u00e9e comme close. &nbsp; <em>18 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-dc725776794077df71505052ab96fa76\" style=\"color:#f80000\"><strong>L\u2019\u00c9COLE&nbsp; D\u00c9BAT 11<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Texte&nbsp;d\u2019Agn\u00e8s Aflalo,&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>suivi&nbsp;d&rsquo;un texte d\u2019Alexandre Gouthi\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>et d\u2019un autre de B\u00e9reng\u00e8re Nicolas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Assassiner \u00ab scientifiquement \u00bb la psychanalyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s Aflalo<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Hier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sente tentative d\u2019assassinat de la psychanalyse fait s\u00e9rie avec d\u2019autres qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, et cela d\u00e8s 2003, puis en 2012, 2016 et 2021, entre autres. En 2003, l\u2019amendement Accoyer voulait r\u00e9glementer l\u2019exercice des psychoth\u00e9rapies et de la psychanalyse. Au m\u00eame moment, la HAS \u00e9ditait un manuel de bonnes pratiques disqualifiant la psychanalyse, tandis qu\u2019une \u00ab expertise \u00bb de l\u2019INSERM la discr\u00e9ditait.<\/p>\n\n\n\n<p>Les attaques se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis. Chaque fois, une mobilisation des psychanalystes avec, \u00e0 leur t\u00eate, Jacques-Alain Miller, l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne et l\u2019opinion \u00e9clair\u00e9e ont r\u00e9ussi \u00e0 arr\u00eater ces offensives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les offensives d\u2019aujourd\u2019hui et de demain sont d\u2019une autre nature. Elles sont intenses et rapproch\u00e9es. Les enjeux financiers pour ceux qui les soutiennent sont colossaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La strat\u00e9gie de la pulsion de mort<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, j\u2019ai eu l\u2019occasion de montrer dans deux livres&nbsp;[1]&nbsp;que la strat\u00e9gie d\u2019assassinat de la psychanalyse est toujours la m\u00eame. Il s\u2019agit de passer par des parlementaires mal inform\u00e9s, ou inform\u00e9s par d\u2019intenses activit\u00e9s de lobbying. Car l&rsquo;\u00c9tat est garant des normes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si en mati\u00e8re de sant\u00e9 physique, la norme ne fait pas difficult\u00e9, c\u2019est par abus que la loi affirme l\u2019existence de \u00ab norme \u00bb dans le champ psy. Elle prend alors appui sur la chim\u00e8re de la sant\u00e9 mentale, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par l\u2019OMS \u00e0 coup de statistique en 1978 \u2013 alors m\u00eame que la sant\u00e9 mentale n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019invention de la sant\u00e9 mentale qui suppose une norme mentale qu\u2019il s\u2019agirait de rejoindre asymptotiquement est une chim\u00e8re. S\u2019il y a bien des sympt\u00f4mes en la mati\u00e8re, des sympt\u00f4mes plus ou moins inqui\u00e9tants et qu\u2019il s\u2019agit bien s\u00fbr de prendre tr\u00e8s au s\u00e9rieux et de traiter, personne ne peut dire ce qu\u2019est la norme en la mati\u00e8re. C\u2019est pourtant la notion de \u00ab Sant\u00e9 mentale \u00bb qui ouvre la voie \u00e0 l\u2019invention incessante des \u00ab maladies \u00bb mentales par quelques universitaires travaillant \u2013 qu\u2019ils le sachent ou non pour&nbsp;<em>Big pharma<\/em>. Leurs classifications, toujours mal ficel\u00e9es, correspondent aux r\u00e9visions du DSM.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les auteurs du DSM reconnaissent eux-m\u00eames leurs m\u00e9prises et leurs m\u00e9faits \u2013 aux USA, les organismes d\u2019\u00c9tat les rejettent. Pourtant&nbsp;<em>Big pharma<\/em>&nbsp;continue \u00e0 recruter d\u2019autres universitaires qui inventent de nouvelles classifications pour obtenir des profits juteux comme le montre le chercheur Fran\u00e7ois Gonon&nbsp;[2].&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce scientisme psy a gangr\u00e9n\u00e9 les organismes nationaux et internationaux comme l\u2019OMS. Leurs bureaucraties les soutiennent \u00e0 coup d\u2019\u00e9valuations, dont ils \u00e9laborent eux-m\u00eames les crit\u00e8res pour d\u00e9montrer les pr\u00e9misses fondant leurs croyances, elles-m\u00eames ne valant que pour autant qu\u2019elles font vendre m\u00e9dicaments, tests g\u00e9n\u00e9tiques et bient\u00f4t diagnostiques et traitements par l\u2019IA. S\u2019il est une chose que nous savons aussi, c\u2019est que la psychanalyse freine, pour beaucoup de ceux qui y ont recours, les prescriptions de psychotropes. Est-ce l\u00e0 l\u2019une des raisons de la haine dont elle fait l\u2019objet ? Il y a des risques.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, la pulsion de mort \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le discours dominant tente de l\u2019\u00e9radiquer, car elle reste le dernier bastion de la libert\u00e9 du sujet dans un monde qui d\u00e9rive vers la tyrannie de la norme. Plus que jamais, il revient au discours analytique de continuer le combat pour faire sa place \u00e0 la parole libre de celui qui veut faire entendre qu\u2019il est unique dans sa souffrance et dans les solutions qu\u2019il y trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>[1] Aflalo A.,&nbsp;<em>L\u2019Assassinat manqu\u00e9 de la psychanalyse<\/em>, 2009, Paris Ed C\u00e9cile Defaut ;&nbsp;<em>Autisme, nouveaux spectres, nouveaux march\u00e9s<\/em>, Paris, Navarin Le champ freudien, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Gonon F.,&nbsp;<em>Neuroscience, un discours n\u00e9olib\u00e9ral<\/em>, Paris, Champ social \u00e9ditions, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un enjeu de savoir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Gouthi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>(membre de l&rsquo;ACF en VLB)<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son tr\u00e8s beau texte du 14 d\u00e9cembre dernier, diffus\u00e9 sur ECF messager, Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen nous donnait \u00e0 voir que ladite \u00ab psychiatrie de pr\u00e9cision \u00bb promue par FondaMental, \u00e0 partir de diagnostics qui se pr\u00e9sentent comme des modes d\u2019emplois, n\u2019est autre qu\u2019une psychiatrie de pronostic \u00e0 vis\u00e9e pr\u00e9ventive. Depuis les derni\u00e8res assises de la psychiatrie, nous sommes en effet aujourd\u2019hui au c\u0153ur du virage pr\u00e9ventif de la sant\u00e9 mentale, qui s\u2019annonce comme un nouvel ordre de fer. Jacques-Alain Miller l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7u en 2004 dans son cours, nous proposant une interpr\u00e9tation du mot d\u2019ordre de l\u2019\u00e9poque aux accents foucaldiens : \u00ab surveiller et pr\u00e9venir \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce virage est directement adoss\u00e9 au paradigme de la sant\u00e9 mentale, lui-m\u00eame fond\u00e9 sur un syllogisme : la sant\u00e9 mentale existe ; il importe de rester en bonne sant\u00e9, donc il faut concourir \u00e0 pr\u00e9server la sant\u00e9 mentale. La pr\u00e9servation de la sant\u00e9 mentale \u00e9tant d\u00e9sormais une mission de l\u2019\u00c9tat, qui en a fait sa grande cause nationale en 2025 et 2026, la psychiatrie doit y subordonner ses missions. Et les nouveaux objets technologiques disponibles sur le march\u00e9 vont l\u2019y aider. Les marchands y trouveront un nouvel eldorado et les bureaucraties une nouvelle occasion d\u2019exercer leur volont\u00e9 de contr\u00f4le. C\u2019est l\u00e0 une nouvelle extension du r\u00e8gne de l\u2019\u0153il absolu. Il s\u2019agit de tout voir pour, comme le disait Lacan de la raison d\u2019\u00eatre des bureaucraties, tout savoir. Car c\u2019est bien d\u2019un march\u00e9 du savoir dont il me semble \u00eatre question ici. Le terme m\u00eame d\u2019\u00ab experts \u00bb qui qualifie ces centres qui ont pour objet d\u2019extraire ce savoir en est le t\u00e9moin. Il s\u2019agit de faire de ce savoir, une marchandise.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais de quel savoir s\u2019agit-il ? Ce sont des \u00ab donn\u00e9es \u00bb comme on dit, mais qu\u2019on vous arrache, et ce, sans un mot. Il n\u2019y a pas de place pour un savoir \u00e0 trouver dans l\u2019exp\u00e9rience de sa propre parole, un savoir qui, comme le dit Lacan, ne se sait pas. C\u2019est l\u00e0 une forme radicale du d\u00e9ni de l\u2019inconscient qui, en psychiatrie, en viendrait aujourd\u2019hui \u00e0 \u00f4ter l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00eame de parler. Le mot de psychiatrie accol\u00e9 \u00e0 ces centres est d\u2019ailleurs sujet \u00e0 caution, puisqu\u2019il s\u2019agit justement de forclore toute dimension subjective, de se passer de ce que Freud nommait \u00ab l\u2019ordre du psychique \u00bb. L\u2019id\u00e9e est notamment celle d\u2019\u00e9tablir une \u00ab s\u00e9miologie situ\u00e9e \u00bb qui se d\u00e9clinera tr\u00e8s probablement par la suite en objets connect\u00e9s v\u00e9hiculant : messages de rappel, incitations discr\u00e8tes, conseils&#8230; pour l\u2019adoption de bons comportements pour rester en bonne sant\u00e9. Au bout du compte, pr\u00e9server la sant\u00e9 mentale reviendra \u00e0 nourrir une grande entreprise de normalisation des conduites.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce savoir dont on nous promet l\u2019extraction, et l\u2019ouverture d\u2019un march\u00e9 florissant, a beau se pr\u00e9senter sous la promesse du nouveau, il est dat\u00e9. Il n\u2019est qu\u2019un nouvel avatar du discours de la science, et en cela, il date d\u2019avant la psychanalyse, qui elle, a renouvel\u00e9 la question du savoir. C\u2019est de cela que nos ennemis ne veulent pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, le discours analytique fait obstacle au march\u00e9, mais il a de grandes vertus, dont celle d\u2019\u00eatre au fait de sa propre saloperie et de ne pas en faire porter la responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Autre. Forclore aujourd\u2019hui ce savoir, sous les chiffres, les items, les observations\u2026, ou en le noyant dans le discours courant, ne fera pas rentrer le g\u00e9nie dans la bouteille. Bien au contraire. C\u2019est pourtant la raison pour laquelle la psychanalyse est attaqu\u00e9e, mais aussi \u2013 et c\u2019est une mise en garde qui vaut pour tous \u2013, qu\u2019elle est une chose facile \u00e0 oublier. Notre responsabilit\u00e9 est d\u2019autant plus importante de la maintenir vivante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Force et pr\u00e9carit\u00e9 de la psychanalyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9reng\u00e8re Nicolas<\/p>\n\n\n\n<p>(membre de l&rsquo;ACF en Rh\u00f4ne-Alpes)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quoi tient la pr\u00e9carit\u00e9 de la psychanalyse ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les assauts r\u00e9it\u00e9r\u00e9s contre la psychanalyse, depuis plus de vingt ans, nous am\u00e8nent \u00e0 nous demander ce qui rend la psychanalyse sujette aux attaques de d\u00e9tracteurs dont la haine et la brutalit\u00e9 n\u2019ont de pendant que la profondeur de leur ignorance.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse et la politique, toutes deux ont en commun la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019acte pour r\u00e9pondre du r\u00e9el qu\u2019elles traitent. C\u2019est pourquoi la politique a trait \u00e0 la dimension de l\u2019\u00e9thique tout autant que l\u2019\u00e9thique rel\u00e8ve du politique.&nbsp;La psychanalyse lacanienne&nbsp;<em>a fortiori<\/em>, parce qu\u2019elle avance sur les rives de la non-garantie de l\u2019Autre, qu\u2019elle se d\u00e9montre du pouvoir de ce qui s\u2019\u00e9crit, et non de la consistance de l\u2019imaginaire, tient sa force et sa fragilit\u00e9 de ce n\u0153ud sp\u00e9cifique entre r\u00e9el, symbolique et imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours analytique fonctionne avec les autres discours. N\u00e9anmoins, l\u2019id\u00e9al essentialiste actuel ne risque-t-il pas de dissoudre la psychanalyse dans la tentation du Un ?&nbsp;<em>A contrario<\/em>, la psychanalyse ne se situe pas du c\u00f4t\u00e9 de la norme, car elle n\u2019y trouve pas sa r\u00e9solution. Le discours neuro lui, s\u2019abrite derri\u00e8re la norme, qui n\u2019est pas une vertu politique.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors que la psychanalyse est affaire d\u2019hommes, d\u00e8s lors qu\u2019elle exige un nouage entre politique et \u00e9thique, ne se trouve-t-elle pas pr\u00e9caire&nbsp;dans ses conditions constitutives m\u00eames ? N&rsquo;est-ce pas en cela qu\u2019elle semble pouvoir \u00eatre prise comme la cible d\u2019attaques ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si la parole est la mati\u00e8re de la psychanalyse, elle en est \u00e9galement le point de fragilit\u00e9. C\u2019est pourquoi la psychanalyse participe de la d\u00e9mocratie et ne tient que par la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p>La politique, comme la psychanalyse, ne s\u2019exerce pas tout seul, chaque-un de son c\u00f4t\u00e9. Quand bien m\u00eame elle unit des uns-tout-seuls d\u00e9sassortis, la psychanalyse tire sa force de sa pr\u00e9carit\u00e9 m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>19 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-a18f811fa492865c08d63901147fd18d\" style=\"color:#fa0101\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;12<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Textes de :<\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment Fromentin<\/p>\n\n\n\n<p>Dominique Corpelet<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e9gory Voix&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une psychiatrie sans sujet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment Fromentin&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le vote s\u00e9natorial et l\u2019adoption de la PPL n\u00b0385, il faut prendre la mesure de ce qui s\u2019est jou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Car ce texte, amend\u00e9, r\u00e9\u00e9crit, purg\u00e9 de ses r\u00e9f\u00e9rences les plus explicites, n\u2019en a pas moins conserv\u00e9 son orientation essentielle : faire porter la valeur de l\u2019engagement de la psychiatrie sur ce qui se laisse nommer et garantir par la \u00ab&nbsp;science&nbsp;\u00bb. La mobilisation des professionnels de terrain a permis de faire dispara\u00eetre les termes de \u00ab&nbsp;Fondamental&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;Centres experts&nbsp;\u00bb de la PPL. Mais dans l\u2019h\u00e9micycle, les discours thurif\u00e9raires d\u2019Alain Million et Chantal Dessaines \u00e9taient sans \u00e9quivoques. On remplace \u00ab&nbsp;centres experts&nbsp;\u00bb par \u00ab&nbsp;3<sup>e<\/sup>&nbsp;niveau de recours \u00bb et voil\u00e0 les universitaires ralli\u00e9s et une partie de la contestation contenue. On brocarde la \u00ab querelle des anciens et des modernes \u00bb, on s\u2019insurge de la \u00ab r\u00e9sistance au progr\u00e8s \u00bb des \u00ab psychiatres r\u00e9actionnaires \u00bb. Car il faut savoir compter sur les vraies innovations : savez-vous qu\u2019apr\u00e8s un passage en Centre expert, on diminue le nombre d\u2019hospitalisations par deux ? Que gr\u00e2ce aux Centres experts, nous affirme M. Million, \u00ab l\u2019autisme est (enfin) consid\u00e9r\u00e9 comme une maladie psychiatrique ! \u00bb Que via l\u2019application Food4Mood (d\u00e9velopp\u00e9e par Fondamental) et la mise en place de menus m\u00e9diterran\u00e9ens savamment calibr\u00e9s, votre humeur pourra enfin se laisser optimiser ? Derri\u00e8re ces d\u00e9clarations risibles, soi-disant fond\u00e9e sur l\u2019<em>Evidence Base Medecine<\/em>, mais qui repose uniquement sur de la communication, des enjeux pourtant tr\u00e8s graves : des millions de d\u00e9penses publiques, le recueil de donn\u00e9es biologiques \u00e0 la valeur marchande consid\u00e9rable, mais aussi, plus profond\u00e9ment, une conception du psychisme fond\u00e9e sur le rejet de la subjectivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On conna\u00eet depuis longtemps l\u2019\u00e9cart persistant qui se manifeste entre la rh\u00e9torique triomphante des neurosciences, qui a su se gagner les faveurs des m\u00e9dias et de certains politiques, alors m\u00eame que les r\u00e9sultats concrets dans la pratique restent au mieux tr\u00e8s modestes. En se concentrant sur ce qui se laisse objectiver, quantifier et standardiser, la psychiatrie contemporaine s\u2019efforce de soustraire \u00e0 son champ la dimension de la subjectiv\u00e9 : \u00e0 la fois pour le patient, mais aussi pour le clinicien. Accueillir l\u2019autre comme autre, c\u2019est consentir \u00e0 ce que le sympt\u00f4me ne soit pas seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 expliquer, mais une adresse \u00e0 soutenir. La relation exige du temps, une disponibilit\u00e9 sans rendement garanti, un&nbsp;<em>concernement<\/em>, comme disait Lacan. Cette exigence, trop peu compatible avec les imp\u00e9ratifs d\u2019objectivit\u00e9, de ma\u00eetrise et de pr\u00e9visibilit\u00e9, suscite son effacement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cerveau offre l\u2019avantage d\u2019un objet silencieux, disponible \u00e0 une investigation sans implication. Cette conception permet d\u2019envisager penser le trouble mental sans la rencontre, et de neutraliser ce qu\u2019elle engage d\u2019incertitude. Mais en faisant le choix d\u2019une clinique fond\u00e9e sur les examens compl\u00e9mentaires, les biomarqueurs et l\u2019IA, c\u2019est tout autant la subjectivit\u00e9 du clinicien, ses choix \u00e9thiques et politiques qu\u2019il s\u2019agit de mettre hors champ.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9ductionnisme neuroscientifique contemporain prolonge une conception de l\u2019objectivit\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e de la modernit\u00e9 scientifique, telle que l\u2019a analys\u00e9e George Levine dans&nbsp;<em>Dying to know&nbsp;<\/em>(2002), o\u00f9 le savoir se construit au prix de l\u2019effacement du sujet connaissant. Que ce savoir soit situ\u00e9 est insupportable aux partisans de la r\u00e9novation de la Sant\u00e9 mentale. Il leur faut une connaissance impersonnelle, il leur faut aboutir \u00e0 une psychiatrie d\u00e9sincarn\u00e9e et faire taire l\u2019expression des professionnels du terrain. Il leur faut sacrifier l\u2019intelligibilit\u00e9 clinique et la responsabilit\u00e9 \u00e9thique sur une hi\u00e9rarchisation du parcours de soin, sur l\u2019autel d\u2019une objectivation sans reste. En ignorant une contestation professionnelle d\u2019une ampleur in\u00e9dite depuis un demi-si\u00e8cle, le l\u00e9gislateur ne se contente pas de fragiliser la psychiatrie, il a choisi de censurer la parole : autant celle des patients que celle des cliniciens.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vers une psychiatre de surveillance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dominique Corpelet<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa tribune du 13 d\u00e9cembre, Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen nous alerte sur ce qui se trame avec&nbsp;<em>French Minds<\/em>. Ce curieux nom est celui d\u2019une cohorte nationale, \u00ab longitudinale et multimodale \u00bb incluant 2500 patients atteints de troubles bipolaires, schizophr\u00e9nie, d\u00e9pression majeure ou troubles du spectre autistique ainsi que 500 t\u00e9moins&nbsp;<a href=\"https:\/\/applewebdata:\/6AE1B5DC-E156-484B-AEDB-952AFE729048#_ftn1\">[1]<\/a>.&nbsp;<em>French Minds<\/em>&nbsp;fait partie du programme PEPR PROPSY conduit sous la houlette \u00ab scientifique \u00bb du Pr. de psychiatrie Marion Leboyer, par ailleurs Directrice g\u00e9n\u00e9rale de la fondation FondaMental.<\/p>\n\n\n\n<p>PEPR PROPSY, programme de recherche exploratoire en \u00ab psychiatrie de pr\u00e9cision \u00bb, vise trois objectifs : \u00ab Am\u00e9liorer le diagnostic et les traitements : identifier des sous-groupes homog\u00e8nes de patients pour d\u00e9velopper des approches personnalis\u00e9es ; renforcer la recherche et l\u2019innovation en psychiatrie : structurer une fili\u00e8re biom\u00e9dicale d\u00e9di\u00e9e aux maladies psychiatrique ; attirer et former de nouveaux talents : accro\u00eetre l\u2019attractivit\u00e9 des m\u00e9tiers li\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 mentale. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que la psychiatrie de pr\u00e9cision ? \u00ab Un enjeu crucial de la recherche aujourd\u2019hui pour les patients atteints de maladies mentales. \u00bb Quel est son objectif ? \u00ab trouver le bon traitement pour le bon patient au bon moment. \u00bb C\u2019est une histoire d\u2019ad\u00e9quation. \u00c0 cette fin est constitu\u00e9e cette cohorte de patients atteints de maladies mentales devant \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9es de fa\u00e7on \u00ab extr\u00eamement pr\u00e9cise \u00bb, afin de d\u00e9gager les \u00ab m\u00e9canismes \u00e9thiologiques, physiopathologiques qui sous-tendent ces biomarqueurs \u00e0 l\u2019aide d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9cliniques \u00bb. Le tout financ\u00e9 \u00e0 hauteur de 80 millions d\u2019euros sur sept ans (dans le cadre du plan d\u2019investissement France 2030) et pilot\u00e9 par l\u2019Inserm, le CNRS et avec l\u2019appui de FondaMental.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sinistre projet, qui s\u2019annonce pour demain, met en valeur deux signifiants&nbsp;:&nbsp;<em>French Minds<\/em>,&nbsp;<em>psychiatrie de pr\u00e9cision<\/em>. Le premier.&nbsp;<em>French Minds<\/em>&nbsp;est le nom de cette cohorte dont est attendu le fin mot sur le trouble mental et sa r\u00e9solution par la chimie. Les patients sont d\u00e9sormais des&nbsp;<em>Minds<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire des esprits, ou plut\u00f4t des cerveaux, de pures entit\u00e9s qui ne parlent, ni ne connaissent la jouissance, et somm\u00e9es de donner leur v\u00e9rit\u00e9. Nous avions les&nbsp;<em>french studies<\/em>, la&nbsp;<em>French theory<\/em>. Nous avons maintenant&nbsp;<em>French Minds<\/em>&nbsp;: exit le&nbsp;<em>french mind<\/em>, et la fameuse exception culturelle fran\u00e7aise. Bienvenue au contr\u00f4le des esprits.<\/p>\n\n\n\n<p>Psychiatrie de pr\u00e9cision, le second signifiant, m\u2019\u00e9voque tour \u00e0 tour&nbsp;: instrument de pr\u00e9cision, m\u00e9decine de pr\u00e9cision, chirurgie de pr\u00e9cision, tir de pr\u00e9cision. Nous avions la psychiatrie de secteur, qui a su cr\u00e9er un lien social. Voici venue la psychiatrie de pr\u00e9cision. Qu\u2019a donc dans son viseur cette curieusement nomm\u00e9e&nbsp;<em>psychiatrie<\/em>&nbsp;? Sa cible est la psychiatrie que nous connaissons depuis que la psychiatrie existe : une psychiatrie qui ne consid\u00e8re pas le patient comme un&nbsp;<em>mind<\/em>, tant\u00f4t cerveau tant\u00f4t ordinateur, voire les deux apr\u00e8s tout, mais un \u00eatre qui parle et \u00e0 qui l\u2019on peut parler. La psychiatrie de pr\u00e9cision qui veut faire rendre gorge aux derniers psychiatres ayant cette dr\u00f4le d\u2019id\u00e9e que parler \u00e0 quelqu\u2019un qui souffre peut lui \u00eatre d\u2019un quelconque int\u00e9r\u00eat, m\u00e9rite-t-elle encore le nom de psychiatrie ? \u00c0 l\u2019heure de la Sant\u00e9 mentale, pourquoi ces experts en biom\u00e9trie affid\u00e9s aux laboratoires tiennent-ils tant \u00e0 reprendre ce signifiant de&nbsp;<em>psychiatrie<\/em>, mot exhum\u00e9 d\u2019un monde obsol\u00e8te ? Une seule raison : remplacer une psychiatrie qui s\u2019adresse au patient comme un parlant, par un mod\u00e8le pr\u00e9tendant mesurer et traiter l\u2019esprit comme une entit\u00e9 biologique avec la pr\u00e9cision du scalpel et la minutie du tireur d\u2019\u00e9lite. Bref : instaurer sur le territoire ainsi quadrill\u00e9, une psychiatrie de surveillance, bras arm\u00e9 d\u2019un capitalisme de surveillance&nbsp;<a href=\"https:\/\/applewebdata:\/6AE1B5DC-E156-484B-AEDB-952AFE729048#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel sera le ma\u00eetre de demain ? On peut en concevoir les contours \u00e0 partir des projets auxquels travaillent sans rel\u00e2che les petits ma\u00eetres d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;: leur projet, au singulier, consiste en l\u2019\u00e9radication d\u2019un monde, celui des parl\u00eatres et de leur Histoire, au profit d\u2019une surveillance. Administrer au patient une mol\u00e9cule puis le ranger dans un tiroir, le \u00ab traiter \u00bb au bon moment, voil\u00e0 \u00e0 quoi travaillent ces chercheurs en psychiatrie de pr\u00e9cision. Qu\u2019ils soient avis\u00e9s du v\u00e9ritable Ma\u00eetre qu\u2019ils servent, qu\u2019ils l\u2019ignorent ou n\u2019en veulent rien savoir, cela ne change rien. Les cons\u00e9quences seront les m\u00eames. Ce n\u2019est plus de la science-fiction, ni du d\u00e9lire, mais le pire, et ce&nbsp;<em>serait<\/em>, disent-ils, pour demain.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/6AE1B5DC-E156-484B-AEDB-952AFE729048#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;Il suffit de taper French Minds sur un moteur de recherche. J\u2019ai pris mes sources sur le site du Minist\u00e8re de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, de la recherche et de l\u2019espace&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.enseignementsup-recherche.gouv.fr\/fr\/propsy-le-programme-de-recherche-qui-va-transformer-la-psychiatrie-98409\">https\/\/www.enseignementsup-recherche.gouv.fr\/fr\/propsy-le-programme-de-recherche-qui-va-transformer-la-psychiatrie-98409<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/6AE1B5DC-E156-484B-AEDB-952AFE729048#_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;Voir \u00e0 ce titre, l\u2019essai de Shoshana Zuboff,&nbsp;<em>L\u2019\u00e2ge du capitalisme de surveillance<\/em>, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce que r\u00e9v\u00e8lent les comptes de FondaMental<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Gr\u00e9gory Voix<\/p>\n\n\n\n<p>Les comptes annuels 2024 de la Fondation FondaMental font appara\u00eetre, dans le cadre des Programmes et \u00e9quipements prioritaires de recherche (PEPR) et plus pr\u00e9cis\u00e9ment du programme PROPSY consacr\u00e9 \u00e0 la psychiatrie de pr\u00e9cision, des financements publics attribu\u00e9s \u00e0 hauteur de 30 920 000 \u20ac \u00e0 la fondation, en tant que partenaire ou coordinateur de projets retenus. Le versement de ces financements est \u00e9chelonn\u00e9 jusqu\u2019en 2030.<\/p>\n\n\n\n<p>Les comptes font \u00e9galement appara\u00eetre l\u2019existence d\u2019engagements hors bilan re\u00e7us \u2014 des financements promis par convention, d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9s mais vers\u00e9s ult\u00e9rieurement \u2014 pour un montant total de 33 866 568 \u20ac, ainsi que d\u2019engagements hors bilan donn\u00e9s \u2014 des d\u00e9penses que la fondation s\u2019est d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e \u00e0 r\u00e9aliser dans le cadre de ces m\u00eames conventions, mais qui seront pay\u00e9es plus tard \u2014 pour 30 784 664 \u20ac, sur la base de conventions pluriannuelles courant jusqu\u2019au 31 d\u00e9cembre 2029. La quasi-\u00e9galit\u00e9 entre les montants re\u00e7us et donn\u00e9s indique moins un simple \u00e9quilibre comptable qu\u2019une situation d\u2019engagement r\u00e9ciproque avanc\u00e9e : la fondation est d\u00e9j\u00e0 inscrite dans une trajectoire pluriannuelle largement verrouill\u00e9e, faite de financements fl\u00e9ch\u00e9s appelant des d\u00e9penses elles-m\u00eames d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vues.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019ann\u00e9e 2025, l\u2019\u00e9ch\u00e9ancier fait ainsi appara\u00eetre 13 456 390 \u20ac de financements publics, ce qui marque une mont\u00e9e en puissance des versements \u00e0 court terme par rapport au montant effectivement enregistr\u00e9 dans les comptes 2024 (1 260 000 \u20ac).<\/p>\n\n\n\n<p>FondaMental n\u2019appara\u00eet donc pas comme un simple b\u00e9n\u00e9ficiaire : elle centralise des financements publics, les engage par conventions et porte des d\u00e9penses au titre de dispositifs organis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Ces montants ne rel\u00e8vent plus de l\u2019incitation ou de l\u2019exp\u00e9rimentation ; ils sont d\u2019un ordre suffisant pour structurer durablement un champ.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan organisationnel, les comptes d\u00e9crivent la coordination nationale de quatre r\u00e9seaux de centres experts labellis\u00e9s par la Fondation FondaMental, h\u00e9berg\u00e9s par des services hospitaliers. Ces r\u00e9seaux concernent les troubles bipolaires (16 centres), la schizophr\u00e9nie (13 centres), le trouble du spectre de l\u2019autisme sans d\u00e9ficit intellectuel (10 centres) et la d\u00e9pression r\u00e9sistante (14 centres), soit un total de 53 centres. Les comptes pr\u00e9cisent \u00e9galement que ces centres sont \u00e9quip\u00e9s d\u2019outils d\u00e9velopp\u00e9s, d\u00e9ploy\u00e9s et suivis par la fondation : dossiers m\u00e9dicaux informatis\u00e9s partag\u00e9s, dispositifs de pseudonymisation et transfert des donn\u00e9es vers des bases nationales, permettant le suivi de cohortes de patients \u00e0 grande \u00e9chelle et l\u2019articulation entre activit\u00e9 clinique et recherche. Ces outils rel\u00e8vent de choix d\u2019infrastructure plut\u00f4t que de simples d\u00e9penses d\u2019accompagnement ; ils fixent les formats dans lesquels l\u2019activit\u00e9 clinique devient enregistrable, comparable et mobilisable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ces \u00e9l\u00e9ments comptables et organisationnels, une lecture possible est que la psychiatrie de pr\u00e9cision ne constitue plus seulement un programme prospectif ou exp\u00e9rimental, mais un dispositif d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9 et op\u00e9rationnel, \u00e0 la fois financi\u00e8rement et organisationnellement. Le caract\u00e8re pluriannuel des financements et le volume des engagements hors bilan \u2014 qui mat\u00e9rialisent des flux d\u00e9j\u00e0 act\u00e9s sur plusieurs ann\u00e9es \u2014 sugg\u00e8rent que les orientations scientifiques correspondantes sont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 stabilis\u00e9es et durablement soutenues par les pouvoirs publics.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la psychiatrie de pr\u00e9cision ne s\u2019est pas impos\u00e9e par d\u00e9bat ou par choix explicite, mais par une succession de financements fl\u00e9ch\u00e9s et de dispositifs qui, \u00e0 force d\u2019\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9s, acqui\u00e8rent une valeur normative. Elle installe les formats dans lesquels la clinique devient lisible et comparable, et tend ainsi \u00e0 r\u00e9duire le fait psychiatrique \u00e0 ce qui peut \u00eatre encod\u00e9, agr\u00e9g\u00e9 et trait\u00e9. FondaMental n\u2019est donc pas seulement un coordinateur : elle occupe une position structurante, en contribuant \u00e0 d\u00e9finir ce qui devient recevable comme savoir et comme pratique, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui est compatible avec les architectures techniques et financi\u00e8res d\u00e9sormais en place.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>20 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-3323059c908b202d0afc03415103885a\" style=\"color:#f40101\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;13<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat premi\u00e8re s\u00e9rie touche \u00e0 sa fin. Nous publions depuis hier par ordre alphab\u00e9tique des pr\u00e9noms les textes re\u00e7us avant le mercredi 17 d\u00e9cembre \u00e0 minuit. Nous avons demand\u00e9 \u00e0 J.-A. Miller de donner la suite de son texte, dont le d\u00e9but est paru dans le D\u00e9bat 10 le 17 d\u00e9cembre. Il figure ici en premi\u00e8re place.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sidente de l&rsquo;ECF<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Textes de :<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques-Alain Miller&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Herv\u00e9 Castanet<\/p>\n\n\n\n<p>Isabelle Orrado&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Fran\u00e7ois Cottes&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TUTTI QUANTI&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(suite)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques-Alain Miller<\/p>\n\n\n\n<p>6<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes les victimes d\u2019une agression violente, d\u2019autant plus pernicieuse qu\u2019elle a, depuis quelques ann\u00e9es, invisibilis\u00e9 son hostilit\u00e9 \u00e0 notre endroit. Que faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9liminaire.<\/em>&nbsp;Il convient en premier lieu de se d\u00e9faire d\u2019un certain nombre d\u2019illusions largement r\u00e9pandues dans notre milieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Celles-ci, quoique t\u00e9moignant d\u2019un transfert tr\u00e8s positif \u00e0 la psychanalyse et \u00e0 l\u2019\u00c9cole, sont porteuses de grands dangers dans la pr\u00e9sente conjoncture. Elles favorisent en effet des attitudes d\u2019inertie et de passivit\u00e9 auxquelles la pratique de l\u2019\u00e9coute conduit trop souvent ses professionnels. Ce genre d\u2019attitudes ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment stigmatis\u00e9es par Lacan, pour autant qu\u2019elles \u00e9taient pr\u00e9sentes dans l\u2019\u00c9cole freudienne de Paris, y compris chez les plus proches de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>For\u00e7ant le trait pour faire mieux saisir l\u2019enjeu, voici une liste des quatre principales illusions que je vise.<\/p>\n\n\n\n<p>1 \u2013 La psychanalyse&nbsp;? Immortelle. Elle survivra \u00e0 tout.<\/p>\n\n\n\n<p>2 \u2013 Les analystes&nbsp;? Indispensables. On ne saurait se passer de nous.<\/p>\n\n\n\n<p>3 \u2013 L\u2019\u00c9cole&nbsp;? Invincible. Elle a gagn\u00e9 des batailles donn\u00e9es pour perdues d\u2019avance&nbsp;; il en sera toujours ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>4 \u2013 L\u2019Autre n\u2019existe pas, le P\u00e8re No\u00ebl si.<\/p>\n\n\n\n<p>7<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le terrain d\u00e9blay\u00e9, regardons d\u2019un \u0153il neuf la pr\u00e9sente situation. Comment se pr\u00e9sente notre affaire&nbsp;? R\u00e9ponse&nbsp;: mal.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adversaire est g\u00e9ant et d\u00e9termin\u00e9, il se muscle depuis vingt ans afin de liquider la structure, les dispositifs et la plupart des op\u00e9rateurs du \u201cchamp de la sant\u00e9 mentale\u201d, aux fins de reconfigurer celui-ci de fond en comble. Entreprise d\u2019une ampleur stup\u00e9fiante, et dont la patiente pr\u00e9paration vient \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance maintenant (Cf. pour une premi\u00e8re approche du Moloch, le texte de notre coll\u00e8gue Fromentin paru hier, et les contributions des Voix&nbsp;; on dit que des journalistes enqu\u00eatent).<\/p>\n\n\n\n<p>En face, qui y-a-t-il&nbsp;? On pouvait s\u2019attendre \u00e0 ce que les psychiatres soient en premi\u00e8re ligne. Que nenni&nbsp;! La grande majorit\u00e9 de ceux-ci ont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 coopt\u00e9s. Si j\u2019ose dire, ils souhaitent la victoire de l\u2019IA.<\/p>\n\n\n\n<p>8<\/p>\n\n\n\n<p>Je me relis, et je m\u2019aper\u00e7ois que le mot \u201cboulevard\u201d m\u2019est venu, plut\u00f4t que celui d\u2019autoroute, pourtant plus moderne. Et pourquoi donc ? R\u00e9flexion, association libre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute que \u00e7a pensait en moi \u00e0 Hausmann. \u00ab Le vieux Paris n\u2019est plus \u00bb, d\u00e9plorait Baudelaire. \u00c0 la place, le pr\u00e9fet de Napol\u00e9on III \u00e9difiait \u00e0 grands frais le Paris qui est encore le n\u00f4tre (et dont la beaut\u00e9, il faut le reconna\u00eetre, est universellement c\u00e9l\u00e9br\u00e9e\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence entre Hausmann et les liquidateurs, c\u2019est que ceux-ci pensent, comme pensait celui-l\u00e0, frayer les voies de l\u2019avenir, mais que c\u2019est vrai pour le g\u00e9nial pr\u00e9fet et faux pour les liquidos bas du front.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos liquidateurs croient frayer les voies de l\u2019avenir. Mais non, ils sont le pass\u00e9. L\u2019esprit qui les anime n\u2019est autre que celui du scientisme de la fin du XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle. Depuis, ils n\u2019ont&nbsp;<em>rien appris, rien oubli\u00e9&nbsp;<\/em>(Talleyrand sur les nobles \u00e9migr\u00e9s fuyant la R\u00e9volution)de ce scientisme d\u2019o\u00f9 Freud s\u2019est extrait (sans bien le savoir).<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, \u00e0 mon go\u00fbt, un bon argument (et il est inspir\u00e9 du S\u00e9minaire \u00e0 para\u00eetre, vous verrez).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La meilleure d\u00e9fense, c\u2019est l\u2019attaque.&nbsp;<\/em>Adage attribu\u00e9 tant\u00f4t \u00e0 Du Bellay, tant\u00f4t \u00e0 Napol\u00e9on (bizarre\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 SUIVRE<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un mot seulement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Herv\u00e9 Castanet<\/p>\n\n\n\n<p>Cher Jacques-Alain Miller,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12 d\u00e9cembre, dans votre r\u00e9ponse \u00e0 notre jeune coll\u00e8gue Sarah Camous-Marquis, vous pointez le mouvement de la discussion, la r\u00e9f\u00e9rence, ch\u00e8re \u00e0 Lacan, aux \u00c9coles antiques de philosophie, etc., pour une \u00c9cole de psychanalyse (et non une soci\u00e9t\u00e9 savante ou un club d\u2019entraide, telle la fameuse SAMCDA, soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;assistance mutuelle contre le discours analytique, dont parle Lacan dans&nbsp;<em>T\u00e9l\u00e9vision<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Vous \u00e9voquez, et appelez de vos v\u0153ux, pr\u00e9cis\u00e9ment une \u00ab conversation savante, sobre, limpide \u00bb o\u00f9 se \u00ab confronteraient des th\u00e8ses \u00bb. Aussit\u00f4t dit, vous vous demandez si cela est possible : n\u2019est-ce pas un v\u0153u utopique ? Peut-\u00eatre. Est-ce une raison pour y renoncer ? Apr\u00e8s tout, Louis Marin \u2013 qui fut, m\u2019a-t-on dit, l\u2019un des professeurs de philosophie de votre \u00e9pouse Judith \u2013 a \u00e9crit un beau livre \u00e9rudit sous le titre&nbsp;<em>Utopiques<\/em>&nbsp;(1973). L\u2019utopie (et d\u2019abord le livre de Thomas More cr\u00e9ateur du mot en 1516) n\u2019est pas une r\u00eaverie, une excroissance imaginaire ou une bagatelle litt\u00e9raire, c\u2019est le non-lieu (=&nbsp;<em>u-topos<\/em>&nbsp;en grec) o\u00f9 le neutre (le&nbsp;<em>ne-uter&nbsp;<\/em>des Latins) \u00e9carte les termes en pr\u00e9sence et donc les met au travail en y faisant sourdre les blancs d\u2019une construction (de pens\u00e9e) \u00e0 venir (pas encore trouv\u00e9e), etc. Ces blancs sont index d\u2019un r\u00e9el puisque le symbolique \u00e9choue \u00e0 tout le dire et l\u2019\u00e9crire. Le risque toujours actif : pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019<em>eu-topos<\/em>&nbsp;(= lieu du bonheur) \u00e0 cet&nbsp;<em>u-topos<\/em>, comme Autre radical du lieu (et du concept). Le premier endort, le second r\u00e9veille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Notre \u00c9cole y est-elle pr\u00eate ? L\u2019Action lacanienne de ces derni\u00e8res semaines, dans ses multiples modalit\u00e9s dont l\u2019une est ce&nbsp;<em>D\u00e9bat<\/em>, prouve que oui. Pourquoi ? Parce que, dans l\u2019Action lacanienne, la \u00ab psychanalyse [\u2026] est mise en position de cause \u00bb (Christiane Alberti,&nbsp;<em>D\u00e9bat<\/em>\u2026 n\u00b0 8). C\u2019est bien diff\u00e9rent de mettre la psychanalyse en position de discipline assi\u00e9g\u00e9e dans un monde violent avec ses r\u00e9ponses de justification, presque d\u2019excuse d\u2019\u00eatre encore pr\u00e9sente et vivante, ou bien de la situer fermement du c\u00f4t\u00e9 de la cause, soit du r\u00e9el. Ce dernier \u00e9tant \u00ab le royaume, le r\u00e8gne, l\u2019ordre de la cause, puisqu\u2019on essaye d\u2019obtenir des effets de transformation \u00bb, comme vous le notiez dans votre Cours \u00ab\u00a0L\u2019\u00catre et l\u2019Un<em>\u00ab\u00a0<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle conversation n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre d\u2019embl\u00e9e rendue irr\u00e9aliste au sens d\u2019un monde imaginaire, mais justement \u00e0 \u00eatre construite avec sa pointe d\u2019utopie parce qu\u2019un r\u00e9el \u00e0 venir y est engag\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, ne renon\u00e7ons pas \u00e0 votre v\u0153u de cet enjeu pour l\u2019\u00c9cole, pas sans d\u00e9sormais sa pointe d\u2019utopie : quels signifiants nouveaux \u00e9mergeront ? L\u2019histoire est \u00e0 \u00e9crire. Je fais ce pari : la conversation que vous souhaitez s\u2019oppose \u00e0 cet ennui qui toujours guette chacun \u2013 cet ennui dont Baudelaire disait : \u00ab Il ferait volontiers de la terre un d\u00e9bris \/ Et dans un b\u00e2illement avalerait le monde \u00bb (1857 \u2013&nbsp;<em>Au lecteur<\/em>).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sachez donc combien votre r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la conversation (et \u00e0 l\u2019utopie) m\u2019a touch\u00e9\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cordialement \u00e0 vous,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Herv\u00e9 Castanet<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une position extime<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Isabelle Orrado<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Sarah Camous-Marquis que je viens de lire est remarquable et me permet de mettre en forme une pens\u00e9e qui me tiraille depuis l\u2019ouverture de ce d\u00e9bat. Quel en est l\u2019objet ? Parler de la psychanalyse ou bien de cette zone bien plus difficile \u00e0 cerner que nous nommons la psychanalyse appliqu\u00e9e \u00e0 la th\u00e9rapeutique ? Un \u00e9change lors d\u2019un congr\u00e8s de l\u2019AMP entre Guy Briole et \u00c9ric Laurent m\u2019a toujours servi d\u2019orientation. Voici ce que j\u2019en ai retenu : la psychanalyse ne rentre pas dans le champ des th\u00e9rapies, mais alors o\u00f9 se situe-t-elle ? Positionn\u00e9e \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur elle peut faire retour depuis l\u2019int\u00e9rieur, dans les th\u00e9rapies d\u2019orientation analytique. Elle est alors en exclusion interne, \u00ab extime \u00bb avait not\u00e9 \u00c9ric Laurent. Il me semble que c\u2019est de cela dont nous parlons aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait alors bien dommage de r\u00e9duire le couple survie \/ vie de la psychanalyse \u00e0 une dichotomie simpliste. Les pratiques orient\u00e9es par la psychanalyse nouent ensemble ces deux dimensions. En institution, elles tentent de survivre toujours et encore un peu, r\u00e9guli\u00e8rement attaqu\u00e9e par les vagues \u00ab neuro \u00bb ou autres. Sa subversion ne peut que la mettre dans cette situation inconfortable mais essentielle : extime. Et si elle est tol\u00e9r\u00e9e ce n\u2019est pas par g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou reconnaissance, c\u2019est parce que ses effets sont concr\u00e8tement rep\u00e9r\u00e9s par tous. C\u2019est ici, au niveau de la clinique, qu\u2019il est essentiel de ne rien c\u00e9der sur le tranchant de la psychanalyse qui se situe dans les actes pos\u00e9s par les praticiens (et dont les J53 nous ont d\u00e9montr\u00e9 le large panel que l\u2019interpr\u00e9tation pouvait recouvrir et sa forme parfois radicale, parfois contenante\u2026). Loin des discours id\u00e9ologiques, c\u2019est l\u00e0 que la psychanalyse vit, en s\u2019inventant chaque jour avec chaque&nbsp;<em>parl\u00eatre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, parler de dignit\u00e9 ne me semble pas faire injure \u00e0 la psychanalyse, bien au contraire. Dignit\u00e9 du patient qui est \u00e9cout\u00e9 au plus pr\u00e8s de ses productions (et du r\u00e9el qui parfois l\u2019assaille) y compris chez l\u2019enfant qui trouve avec les pratiques orient\u00e9es par la psychanalyse un partenaire qui prend tr\u00e8s au s\u00e9rieux ce qu\u2019il dit ou manifeste. Dignit\u00e9 aussi des parents qui sont entendus dans leur souffrance de voir parfois le d\u00e9veloppement de leur enfant suivre une autre voie que l\u2019id\u00e9al qu\u2019ils avaient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous voulons faire exister la psychanalyse dans des institutions sanitaires ou sociales, ne nous faut-il pas savoir parler&nbsp;<em>a minima<\/em>&nbsp;la langue de l\u2019Autre sans pour autant en \u00eatre dupe ? Et en parall\u00e8le ne rien c\u00e9der de notre position \u00e9thique : toujours convoquer le sujet dans sa responsabilit\u00e9 ? Alors nous pourrions peut-\u00eatre \u00e9lever l\u2019orientation analytique \u00e0 la dignit\u00e9 d\u2019une pratique en institution.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sortir l\u2019Armada<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Fran\u00e7ois Cottes<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9pisode actuel de l&rsquo;amendement 159 au S\u00e9nat&nbsp;me semble \u00eatre du m\u00eame ordre que l&rsquo;\u00e9pisode du projet de r\u00e9solution que le d\u00e9put\u00e9 Fasquelle voulait faire voter par l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale : une initiative personnelle d&rsquo;un \u00e9lu sans v\u00e9ritable soutien de son camp et qui fait long feu.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est tout \u00e0 fait autre chose que l&rsquo;amendement Accoyer et sa suite, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;adoption d&rsquo;une loi entr\u00e9e en vigueur et qui a transform\u00e9 le paysage psy avec la cr\u00e9ation du dipl\u00f4me de psychoth\u00e9rapeute. L&rsquo;amendement Accoyer \u00e9tait appuy\u00e9 sur une volont\u00e9 gouvernementale, celle du ministre de la Sant\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque, mais aussi sur le plan Clery-Melin, et encore sur le rapport de l&rsquo;Inserm sur l&rsquo;\u00e9valuation des psychoth\u00e9rapies. C&rsquo;\u00e9tait un plan concert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que voulaient Accoyer et Matt\u00e9i, c&rsquo;\u00e9tait de faire voter une loi sur l&rsquo;exercice des psychoth\u00e9rapies. Cela aurait eu une incidence directe sur la pratique de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action r\u00e9solue de Jacques-Alain Miller et le vaste mouvement qu&rsquo;elle a engendr\u00e9 ont fait avorter dans l\u2019\u0153uf ce projet et le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 la loi du 29 juillet 2004 qui cr\u00e9a le titre de psychoth\u00e9rapeute pr\u00e9voyant une formation de type DU pour les infirmiers, \u00e9ducateurs, etc. Ont finalement \u00e9t\u00e9&nbsp;dispens\u00e9s de cette formation, et r\u00e9put\u00e9s psychoth\u00e9rapeutes, les psychiatres, les psychologues cliniciens et les \u00ab\u00a0psychanalystes r\u00e9guli\u00e8rement enregistr\u00e9s dans les annuaires de leurs associations.\u00a0\u00bb Premi\u00e8re et seule, \u00e0 ma connaissance, mention des psychanalystes dans une loi fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le combat a \u00e9t\u00e9 rude et la victoire, celle de la Cause, totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reviens \u00e0&nbsp;l&rsquo;\u00e9pisode Guidez. Lors du d\u00e9bat en s\u00e9ance au S\u00e9nat Mme Rist, la ministre de la Sant\u00e9, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s claire : d&rsquo;abord elle a indiqu\u00e9 que l&rsquo;avis du gouvernement \u00e9tait de demander le retrait sinon elle donnerait un avis d\u00e9favorable. Elle a ensuite eu une phrase pour enrober sa position de d\u00e9saveu (Mme Guidez fait partie de la majorit\u00e9 qui soutient le gouvernement) en rappelant les recommandations de bonnes pratiques (non opposables) de la HAS de 2012 sur l&rsquo;autisme. Elle n&rsquo;a donc pas valid\u00e9 ni m\u00eame mentionn\u00e9&nbsp;l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faudrait interdire ou d\u00e9rembourser (!) la psychanalyse dans les pratiques de soins. Rien de nouveau donc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci dit, il est bon et n\u00e9cessaire de r\u00e9pondre fortement&nbsp;\u00e0&nbsp;toute attaque : sortir l&rsquo;Armada \u00e0&nbsp;la moindre escarmouche. C&rsquo;est ce que nous avons fait pour Fasquelle, avec le succ\u00e8s complet que l&rsquo;on sait. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il faut faire aujourd&rsquo;hui, et l&rsquo;\u00c9cole le fait tr\u00e8s bien, IMHO. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il faudra faire une prochaine fois&nbsp;\u2013&nbsp;qui ne manquera pas de se pr\u00e9senter.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>21 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-9dbaba92ddfd150bc0ccbba09ad9fcdb\" style=\"color:#f40808\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;14<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Textes de&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Lilia Mahjoub<\/p>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 Fiori&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce qui r\u00e9siste dans la psychanalyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lilia Mahjoub<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce d\u00e9bat de l\u2019\u00c9cole qui s\u2019est ouvert et a pris en effet une nouvelle tournure, je rel\u00e8ve ce que Jacques-Alain Miller souligne, \u00e0 savoir qu\u2019\u00ab&nbsp;il se pourrait que la psychanalyse soit \u00e0 terme \u00e9radiqu\u00e9e&nbsp;de la terre de France, et [que] nous venons tout juste de l\u2019apprendre \u00bb. Cela nous est venu de l\u2019ext\u00e9rieur&nbsp;: on s\u2019en prenait une nouvelle fois \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est apparu que si la d\u00e9fense de la psychanalyse s\u2019impose, eu \u00e9gard \u00e0 ce qu\u2019on en dit, elle ne suffit pas pour autant pour r\u00e9pondre aux questions avanc\u00e9es par Jacques-Alain Miller : \u00ab Que veut l\u2019\u00c9cole ? &nbsp;Et d\u2019abord : Quelle \u00c9cole l\u2019\u00c9cole veut-elle \u00eatre ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 la deuxi\u00e8me question, cela ne saurait aller sans revenir sur ce qu\u2019il en est de l\u2019objet de l\u2019\u00c9cole, soit la psychanalyse, et partant, sur ce qu\u2019il en est de l\u2019objet de la psychanalyse. La prochaine parution du S\u00e9minaire de Lacan qui vient d\u2019\u00eatre annonc\u00e9e tombe \u00e0 point nomm\u00e9. La le\u00e7on d\u2019ouverture de celui-ci fut publi\u00e9e dans les&nbsp;<em>\u00c9crits<\/em>&nbsp;sous le titre \u00ab La science et la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb et les premi\u00e8res lignes concernent le statut du sujet que Lacan a fond\u00e9 lors de son s\u00e9minaire de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s ses premiers s\u00e9minaires, dans son retour \u00e0 Freud, disons que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 le sujet qui fait l\u2019objet de son \u00e9laboration. En 1955, il \u00e9nonce que \u00ab&nbsp;Le sujet est personne&nbsp;\u00bb<a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftn1\">[1]<\/a>, et traite l\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves de \u00ab petit idol\u00e2tre \u00bb, apr\u00e8s que celui-ci dans son expos\u00e9 a&nbsp;<em>entifi\u00e9<\/em>&nbsp;le sujet jusqu\u2019\u00e0 l\u2019<em>idolifier<\/em>, et ce, en le repr\u00e9sentant dans des formulations par trop imag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une tendance qui a la peau dure, et dont nous devons nous garder. Elle peut sauter aux yeux \u00e0 la lecture de textes cliniques ou d\u2019autres adress\u00e9s \u00e0 un plus grand public.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais des textes dans ce d\u00e9bat, notamment celui d\u2019Herv\u00e9 Castanet, rappellent entre autres qu\u2019\u00ab un sujet n\u2019est pas un individu \u00bb, ce que Lacan \u00e9non\u00e7a dans son allocution, \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019une r\u00e9union au PLM Saint-Jacques, le samedi 15 mars 1980, soit apr\u00e8s sa lettre de dissolution du 5 janvier. Cette allocution fut publi\u00e9e dans le journal&nbsp;<em>Le Matin<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet de l\u2019\u00e9laboration de Lacan n\u2019est pas le sujet de la philosophie, et si Lacan dit, dans \u00ab&nbsp;La science et la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb,que c\u2019est celui de la science, c\u2019est parce que le sujet y est forclos. L\u2019objet de la psychanalyse, c\u2019est alors la fonction de l\u2019objet<em>&nbsp;a<\/em>&nbsp;\u00ab \u00e0 ins\u00e9rer, [\u2026], dans la division du sujet par o\u00f9 se structure tr\u00e8s sp\u00e9cialement, [\u2026] le champ psychanalytique. \u00bb<a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Lacan n\u2019abandonna jamais sa d\u00e9finition du sujet comme effet de signifiant. Il formula que le but de son enseignement \u00ab&nbsp;serait de faire des psychanalystes \u00e0 la hauteur de cette fonction qui s\u2019appelle le sujet&nbsp;\u00bb<a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;et que cette fonction \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans Freud.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a aussi d\u2019autres signifiants de la psychanalyse qui s\u2019\u00e9tiolent, s\u2019amenuisent et perdent de leur virulence. Par exemple, l\u2019usage du concept de pulsion. Je constate qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque ce sont les termes d\u2019instinct, d\u2019excitation ou d\u2019impulsion qui \u00e9taient utilis\u00e9s, y compris dans les traductions des textes de Freud. Freud \u00e9tablit bien la diff\u00e9rence entre pulsion et excitation laquelle se rapporte \u00e0 la physiologie. De m\u00eame que celui d\u2019instinct \u00e0 ce qui rel\u00e8ve d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 des signes chez l\u2019animal. Or le terme de pulsion est pass\u00e9 dans le langage courant, sans que l\u2019on \u00e9tablisse la diff\u00e9rence qui s\u2019est produite depuis la d\u00e9couverte freudienne du refoulement et de l\u2019inconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi les pulsions ne sont-elles pas une quantit\u00e9 mesurable, \u00e0 savoir un trop ou un pas assez de jouissance pulsionnelle, c\u2019est-\u00e0-dire sexuelle, mais un montage \u00e0 quatre termes. Elles ne sauraient \u00eatre assimil\u00e9es au comportement d\u2019un individu. C\u2019est non pas la soci\u00e9t\u00e9 et ses modes de r\u00e9pression, qui vont de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la chimie m\u00e9dicamenteuse, qui agissent dessus, mais le refoulement, et la diff\u00e9rence est de taille. Les pulsions du sujet se nouent aux signifiants de sa demande et peuvent ainsi s\u2019exercer sur les bords corporels. Peut-on croire \u00e0 un monde o\u00f9 les pulsions se r\u00e9duiraient, se rangeraient, se calmeraient, du seul fait de la place faite \u00e0 la parole par la psychanalyse&nbsp;? Ce ne serait pas suffisant, car si rectification il y a quant au d\u00e9ploiement de la pulsion, soit ses allers et retours, il y faut aussi l\u2019interpr\u00e9tation et la coupure qui sont attendues. Car l\u2019un des termes de la pulsion ne sera jamais symbolisable, entendons sa pouss\u00e9e constante.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi que le formulait Freud, \u00ab&nbsp;la pulsion n\u2019agit jamais comme une force d\u2019impact momentan\u00e9e, mais toujours comme une force constante&nbsp;\u00bb<a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftn4\">[4]<\/a>. C\u2019est ce que Lacan mettra en valeur, en pr\u00e9cisant en effet qu\u2019elle n\u2019a pas de rythme comme peut en avoir une fonction biologique, \u00ab&nbsp;qu\u2019elle n\u2019a pas de jour ou de nuit, qu\u2019elle n\u2019a pas de printemps ni d\u2019automne, qu\u2019elle n\u2019a pas de mont\u00e9e et de descente&nbsp;\u00bb<a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftn5\">[5]<\/a>, car c\u2019est une force constante, et que cette constance est \u00ab&nbsp;un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9el&nbsp;\u00bb<a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Rappeler la rigueur des concepts freudiens et lacaniens, forg\u00e9s \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience analytique, suffira-t-il \u00e0 faire que la psychanalyse ne soit pas vou\u00e9e \u00e0 dispara\u00eetre&nbsp;? Si ses concepts circulent et sont raval\u00e9s dans le discours commun, est-ce une raison pour s\u2019en d\u00e9sint\u00e9resser et croire qu\u2019il s\u2019agit de les remplacer par des signifiants au go\u00fbt du jour, qui circulent dans l\u2019actualit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;? Ces derniers demandent certes que le psychanalyste s\u2019y int\u00e9resse, mais certainement pas qu\u2019il s\u2019en serve pour y adapter son discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a cependant, malgr\u00e9 les critiques ou les boniments qu\u2019on lui inflige, quelque chose qui dans la psychanalyse r\u00e9siste. S\u2019agit-il, pour les psychanalystes, de s\u2019en contenter ou bien plut\u00f4t, ainsi que Lacan les y invite, de savoir ce dont il s\u2019agit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La psychanalyse est un sympt\u00f4me dont la soci\u00e9t\u00e9 et les autres discours voudraient se d\u00e9barrasser, mais elle a en elle un r\u00e9el, un r\u00e9el qui est l\u2019irr\u00e9ductible de ce sympt\u00f4me. C\u2019est ce r\u00e9el qui r\u00e9siste et qui lui fait garder son tranchant. Or la psychanalyse, contrairement aux autres discours, ne veut se d\u00e9barrasser ni du r\u00e9el, ni du sympt\u00f4me, et c\u2019est l\u00e0 sa condition de survie. C\u2019est aussi ce qu\u2019on peut attendre du psychanalyste.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;Lacan J.,&nbsp;<em>Le S\u00e9minaire<\/em>, livre II,&nbsp;<em>Le moi dans la th\u00e9orie de Freud et dans la technique de la psychanalyse<\/em>, texte \u00e9tabli par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1978, p. 72.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftnref2\">[2]<\/a>&nbsp;Lacan J., \u00ab La science et la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb,<em>&nbsp;\u00c9crits<\/em>, Paris, Seuil, 1966, p. 863.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftnref3\">[3]<\/a>&nbsp;Lacan J., \u00ab Place, origine et fin de mon enseignement \u00bb,&nbsp;<em>Mon enseignement,&nbsp;<\/em>Paris, Seuil, octobre 2005, p. 58.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftnref4\">[4]<\/a>&nbsp;Freud S., \u00ab Pulsions et destins des pulsions \u00bb,&nbsp;<em>M\u00e9tapsychologie,&nbsp;<\/em>Paris, Gallimard, folio\/ essais, 1968, p. 14.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;Lacan J.,&nbsp;<em>Le S\u00e9minaire<\/em>, livre XIV,&nbsp;<em>Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse<\/em>, texte \u00e9tabli par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 150.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9C4699D2-2995-4E2E-8505-05CFE1AF7AD9#_ftnref6\">[6]<\/a>&nbsp;Lacan J., Ouverture des Journ\u00e9es de l\u2019EFP, avril 1975,&nbsp;<em>Les lettres de l\u2019\u00e9cole freudienne<\/em>, n\u00b018. p. 7.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019opinion \u00e9clair\u00e9e face \u00e0 l\u2019opinion claironnant promesse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 Fiori<\/p>\n\n\n\n<p>Le juriste Gabriel Tarde, dans son livre&nbsp;<em>L\u2019Opinion et la foule<\/em>, rappelle ce qu\u2019\u00e9tait&nbsp;<em>le lien de droit<\/em>&nbsp;[1]. Le lien de droit par l\u2019effet d\u2019une promesse supposait une relation personnelle, \u00e0 port\u00e9e de voix, entre les personnes. La p\u00e9riode de la R\u00e9volution fran\u00e7aise a vu ensuite s\u2019amplifier la cr\u00e9ation d\u2019une presse \u00e9crite, avec son action \u00e0 distance, donnant naissance au public et \u00e0 l\u2019opinion. D\u00e8s lors, m\u00eame les engagements les plus solennels, se r\u00e9duirent \u00e0 n\u2019\u00eatre plus que \u00ab&nbsp;<em>des volont\u00e9s unilat\u00e9rales<\/em>, non nou\u00e9es par la r\u00e9ciprocit\u00e9 de volont\u00e9s simultan\u00e9es \u00bb et, continue-t-il, propre \u00e0 favoriser le brigandage. Cela a donc rebattu les cartes de ce qu\u2019\u00e9tait la promesse dans ce nouveau contexte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La rh\u00e9torique de la promesse telle que la mettent en \u0153uvre les neurosciences, pr\u00e9cieusement identifi\u00e9e comme telle par Fran\u00e7ois Gonon dans son livre,&nbsp;<em>Neurosciences : un discours n\u00e9olib\u00e9ral<\/em>&nbsp;[2]&nbsp;, si elle est une pr\u00e9diction d\u2019ordre scientifique, n\u2019en renvoie pas moins \u00e0 la promesse d\u2019ordre politique, quand elle est reprise par les \u00e9lus. Le d\u00e9p\u00f4t de l\u2019amendement 159 par la commission des affaires sociales du S\u00e9nat, visant au d\u00e9remboursement des soins d\u00e8s lors qu\u2019ils se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la psychanalyse, et sa proposition de loi d\u00e9pos\u00e9e le 27 f\u00e9vrier 2025, imposant les centres experts de FondaMental, en r\u00e9alisent l\u2019amalgame. Il ne manquerait plus que les recommandations de la HAS (Haute Autorit\u00e9 en Sant\u00e9) soient opposables&nbsp;[3], pour que la boucle soit boucl\u00e9e, de l\u2019expulsion de la psychanalyse des institutions de soins.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De la pr\u00e9diction scientifique \u2013 voir \u00e0 ce sujet, sur le site internet de FondaMental, la corr\u00e9lation de la d\u00e9pression \u00ab r\u00e9sistante \u00bb avec l\u2019inflammation&nbsp;[4]&nbsp;de cellules provoqu\u00e9es par le syst\u00e8me immunitaire, corr\u00e9lation qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie que par un seul laboratoire en Italie&nbsp;[5]&nbsp; \u2013 \u00e0 la promesse politique propre \u00e0 drainer une ligne budg\u00e9taire, il n\u2019y a qu\u2019un \u00ab mini peu \u00bb, selon l\u2019expression d\u2019une jeune patiente ; la seconde d\u00e9teignant fortement sur la premi\u00e8re. Cependant, pr\u00e9diction et promesse ne sont pas non plus proph\u00e9tisme, lequel est une \u00ab une vue plus intense du pr\u00e9sent \u00bb. Comme le note Vincent Pellion dans son livre<em>&nbsp;La Promesse<\/em>&nbsp;[6]&nbsp;, celle-ci, en politique, a mauvaise presse. C\u2019est pourquoi aujourd\u2019hui on parle plus volontiers d\u2019engagement, \u00e9chappant ainsi au qualificatif infamant de d\u00e9magogie, et plus prudemment aussi quant \u00e0 se pr\u00e9munir d\u2019une confiance trop sollicit\u00e9e, pour ensuite se trouver sap\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les acteurs politiques ne peuvent se pr\u00e9senter comme tels sans promesses, lesquelles, suscitant l\u2019attente du citoyen, engendrent chez ce dernier l\u2019esp\u00e9rance. Au risque de la trahison, certes, mais porteuse d\u2019avenir, indispensable \u00e0 mobiliser les \u00e9nergies. C\u2019est aussi, pour le politique, manifester son empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard du citoyen, et\/ou r\u00e9pondre \u00e0 un besoin de consolation. La fondation FondaMental veut, avec ses centres experts, appuyer la promesse du politique par la pr\u00e9diction du scientifique, relay\u00e9e en cela, d\u2019abord par les revues et les sites scientifiques sp\u00e9cialis\u00e9s&nbsp;[7]&nbsp;, puis par la sph\u00e8re m\u00e9diatique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas du traitement de la d\u00e9pression r\u00e9sistante, des dizaines de sites r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s sur Google annoncent d\u00e9j\u00e0 la bonne nouvelle. Les cons\u00e9quences de l\u2019hubris n\u2019en sont ainsi pas moins \u00e0 l\u2019horizon : comme l\u2019indique V. Peillon, la r\u00e9action violente du citoyen vient en contre-coup de la promesse non tenue, de la pr\u00e9diction scientifique pr\u00e9matur\u00e9ment diffus\u00e9e \u2013 laquelle, n\u2019en doutons pas, saura \u00eatre report\u00e9e sur la responsabilit\u00e9 du politique. Comme ce dernier, le neuroscientifique ne se lance-t-il pas dans ces monnayables pr\u00e9dictions, en feignant d\u2019y croire, et en se le dissimulant, et par l\u00e0 m\u00eame en le dissimulant \u00e0 autrui, qu\u2019il risque de trahir ? Le livre de F. Gonon, qui d\u00e9crit la mani\u00e8re dont les revues scientifiques diffusent pr\u00e9matur\u00e9ment des r\u00e9sultats non valid\u00e9s par plusieurs scientifiques, semble bien l\u2019attester, rendant soup\u00e7onnable que cela ne se cristallise en m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p>[1] Tarde G.,&nbsp;<em>L\u2019Opinion et la foule<\/em>&nbsp;(1901), Paris, Editions du Sandre, 2009, p. 46-47.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Gonon F.,&nbsp;<em>Neurosciences&nbsp;: un discours n\u00e9olib\u00e9ral<\/em>, Paris, Champ social \u00e9ditions, 2024<\/p>\n\n\n\n<p>[3] C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles puissent l\u00e9galement s\u2019opposer \u00e0 tout autre avis : https:\/\/www.dictionnaire-juridique.com\/definition\/opposabilite.php<\/p>\n\n\n\n<p>[4] https:\/\/www.fondation-fondamental.org\/les-maladies-mentales\/depression-resistante<\/p>\n\n\n\n<p>[5] Delbot A., Entretien avec Marie Claude Potier, directrice de recherche au CNRS et responsable d\u2019\u00e9quipe \u00e0 l\u2019Institut du cerveau,&nbsp;<em>Les matins de France Culture<\/em>, 28 octobre 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Peillon V.,&nbsp;<em>La Promesse<\/em>, Paris, PUF, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Inserm, Institut Pasteur, Institut du cerveau.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>22 d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-ddd0dd8e8340e5fb878987363f11c3ac\" style=\"color:#f80202\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;15<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La publication des textes re\u00e7us durant le D\u00e9bat premi\u00e8re partie touche \u00e0 sa fin. Le texte d\u2019Yves-Claude Stavy en sera le point de capiton. Le D\u00e9bat reprendra en janvier 2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Demain, nous publierons un mot de la pr\u00e9sidente et de la vice-pr\u00e9sidente de l\u2019ECF \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 s\u2019annonce le passage de relais de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sidente&nbsp;de l&rsquo;ECF<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Textes de\u00a0Jacques-Alain Miller<\/strong>,   <strong>Solenne Leblanc<\/strong>, <strong>Yves-Claude Stavy<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>TUTTI QUANTI&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(excursus)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques-Alain Miller<\/p>\n\n\n\n<p>Long entretien ce dimanche avec un \u00e9conomiste de la sant\u00e9, collaborateur de FondaMental, qui m\u2019expose sa vision du monde et sp\u00e9cialement de la psychiatrie, de cette organisation, qu\u2019il partage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est aimable, disert, et particuli\u00e8rement clair. Je ne me suis pas ennuy\u00e9 une seconde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a enregistr\u00e9 notre \u00e9change, il m\u2019envoie le texte apr\u00e8s corrections, il n\u2019est pas contre sa diffusion par l\u2019\u00c9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, il serait d\u2019accord pour participer \u00e0 une controverse publique sous &nbsp;notre \u00e9gide.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019insupportable de la r\u00e9p\u00e9tition<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Solenne Leblanc<\/p>\n\n\n\n<p>Je propose de livrer deux constats issus de ma pratique en institutions pour notre d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier, en Service Sant\u00e9 \u00c9tudiants (Universit\u00e9) o\u00f9 les jeunes gens continuent d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;accueillis&nbsp;\u00bb. Notre service maintient la pratique des \u00ab&nbsp;consultations&nbsp;\u00bb individuelles psychologiques. La demande des \u00e9tudiants est devenue, au fil des ann\u00e9es, de plus en plus basique&nbsp;: ils veulent \u00ab&nbsp;parler&nbsp;\u00e0 quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne nous sommes pas transform\u00e9s en \u00ab&nbsp;plateforme d\u2019orientation&nbsp;\u00bb ou en centre sp\u00e9cialis\u00e9 en diagnostic. Depuis plusieurs ann\u00e9es, les services de psychiatrie nous adressent toute personne ayant le statut d\u2019\u00e9tudiant, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas auparavant. Le Centre Ressources Autisme de notre ville, sollicit\u00e9 par de nombreux \u00e9tudiants, consid\u00e8re son travail fait (et bien fait) une fois le diagnostic valid\u00e9 ou invalid\u00e9. L\u2019accompagnement ne les concerne pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il n\u2019est pas garanti que cet accueil perdure&nbsp;: nombres de Services Sant\u00e9 \u00c9tudiants ont mut\u00e9 et ne re\u00e7oivent plus les jeunes que pour les r\u00e9orienter ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second constat, je le fais en Institut Th\u00e9rapeutique \u00c9ducatif et P\u00e9dagogique (ITEP) dans une association o\u00f9 des adolescents viennent \u00e0 la semaine passer leur \u00ab&nbsp;journ\u00e9e&nbsp;\u00bb. On r\u00e9ussit \u00e0 y maintenir leur accueil en \u00ab&nbsp;\u00e9tablissement&nbsp;\u00bb, malgr\u00e9 le mouvement de \u00ab&nbsp;d\u00e9sinstitutionnalisation&nbsp;\u00bb qui s\u00e9vit. On ne s\u2019y est pas transform\u00e9 en service ambulatoire, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab&nbsp;sans mur et sans possibilit\u00e9 d\u2019accueil r\u00e9el des adolescents&nbsp;\u00bb. L\u00e0 aussi, nous r\u00e9ussissons \u00e0 maintenir la pratique de la \u00ab&nbsp;s\u00e9ance&nbsp;\u00bb individuelle. Rappelons que si ces adolescents y arrivent avec une notification de la MDPH (Maison D\u00e9partementales des Personnes Handicap\u00e9es), c\u2019est qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s de tous les autres lieux de socialisation \u2013 psychiatrie compris. Il faut entendre le soulagement des parents lorsqu\u2019\u00ab&nbsp;une place&nbsp;\u00bb est enfin trouv\u00e9e pour leur enfant, car sans cela, ce sont ces m\u00eames parents qui doivent rester \u00e0 domicile pour s\u2019en occuper.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces deux institutions, j\u2019ai entendu la psychiatrie crier au danger de la \u00ab chronicit\u00e9 \u00bb, devenue la b\u00eate noire depuis quelques ann\u00e9es. Pourtant, on ne peut qu\u2019\u00eatre sensible au fait que, de tout temps, il y a des&nbsp;<em>corps parlants<\/em>&nbsp;qui ont besoin d\u2019\u00eatre accueillis, le temps qu\u2019il faut \u2013 parfois \u00e0 vie. Est-ce un scandale ? Ignorer la \u00ab chronicit\u00e9 \u00bb la fera-t-elle dispara\u00eetre ? Certainement pas. Nous avons alors le choix entre les r\u00e9ponses que nous voulons y apporter collectivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9el du sympt\u00f4me, sa r\u00e9p\u00e9tition, est insupportable. En premier lieu pour les sujets qui viennent nous parler, mais aussi pour leurs proches. Et \u00e9galement pour nombre de professionnels en institutions qui se lassent ou s\u2019angoissent, se d\u00e9tournant alors de la pratique de la s\u00e9ance au profit d\u2019ateliers de groupe ou de relaxation&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sir du psychanalyste accueille cette r\u00e9p\u00e9tition. Son dispositif minimal le permet. Ce faisant, il ne supporte pas tant l\u2019insupportable, qu\u2019il se loge aux c\u00f4t\u00e9s des sujets qui en t\u00e9moignent. Et ceux-ci ne s\u2019y trompent pas. Aidons l\u2019opinion \u00e9clair\u00e9e \u00e0 ne pas se laisser s\u00e9duire par des discours \u00ab scientifiques \u00bb fond\u00e9s sur le rejet de la diff\u00e9rence. Car le r\u00e9el du sympt\u00f4me se passera toujours de notre consentement pour prolonger sa r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tout de suite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Yves-Claude Stavy<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>15 novembre 2025 au soir<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Forum \u00ab anti-amendement 159 \u00bb, organis\u00e9 dans l\u2019urgence, par Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen, Pr\u00e9sidente de l\u2019ECF. Forum joyeux et percutant, suivi en direct et en diff\u00e9r\u00e9 par plus de vingt-quatre mille personnes. Et tout de suite, cette question : &nbsp;en quoi et dans quelle mesure la passion du signifiant oubliant la cause psychique (comme ce fut le cas au moment de la r\u00e9forme Accoyer), en quoi donc cette passion, s\u2019av\u00e8re, pour certains, se transformer en machine de guerre ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit alors plus de ne pas compter avec la cause du sujet (sur laquelle parie le discours psychanalytique&nbsp;<em>en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>). Il s\u2019agit de partir en croisade&nbsp;! Osons lire dans ses d\u00e9tails l\u2019amendement 159 initialement propos\u00e9 au vote des S\u00e9nateurs. C\u2019est un texte brouillon, r\u00e9dig\u00e9 certes \u00e0 la h\u00e2te, mais qui, avant tout \u2013 sous l\u2019alibi fallacieux des restrictions budg\u00e9taires actuelles \u2013, se servait des sempiternels arguments avanc\u00e9s par les m\u00eames lobbies depuis trois d\u00e9cennies, pour imposer ce qui doit \u00eatre fait et ce qui doit \u00eatre interdit, sit\u00f4t que le projet de soins implique<em>&nbsp;aussi bien<\/em>&nbsp;l\u2019accueil de ceux qu\u2019on dit \u00ab autistes \u00bb ! Tout le reste du texte n\u2019est l\u00e0, que pour servir d\u2019<em>habit&nbsp;<\/em>\u00e0 la croisade en question.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019erreur ici, serait de reprendre chacune desdites \u00ab preuves scientifiques \u00bb, avanc\u00e9es dans le texte, afin de les r\u00e9cuser une par une. On ne d\u00e9montre pas ce qui est jeu dans le n\u00e9gationnisme, on combat ses adeptes, on d\u00e9nonce la nature de l\u2019entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Et tout de suite une deuxi\u00e8me question : en quoi cela concerne-t-il celui pour qui \u00ab il y a&nbsp;<em>de<\/em>&nbsp;l\u2019analyste \u00bb, selon la jolie formule de Lacan, en 1973, dans sa&nbsp;<em>Note italienne<\/em>&nbsp;? De quel \u00ab il y a \u00bb d\u2019ek-sistence s\u2019agit-il ?&nbsp;<em>Quid&nbsp;<\/em>du d\u00e9nuement de la question, sit\u00f4t qu\u2019il s\u2019agit pr\u00e9cis\u00e9ment, de ne pas en exclure celles et ceux&nbsp;<em>dits<\/em>&nbsp;\u00ab autistes \u00bb ?<\/p>\n\n\n\n<p>La proposition d\u2019amendement 159 n\u2019est pas r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame, oubliant la cause freudienne en g\u00e9n\u00e9ral, mais plan d\u2019action concentr\u00e9 sur le&nbsp;<em>traitement<\/em>&nbsp;de la question autiste. Autant le&nbsp;<em>m\u00eame<\/em>&nbsp;est structural, impliquant termes articul\u00e9s et places \u00e9tablies au sein des discours ; autant, ici, il s\u2019agit d\u2019autre chose. Dans sa<em>&nbsp;<\/em>\u00ab&nbsp;Proposition sur le psychanalyste de l\u2019\u00c9cole&nbsp;\u00bb<em>&nbsp;<\/em>de 1967, Lacan utilise le terme de \u00ab refus \u00bb : \u00ab refus d\u00e9nonc\u00e9 plus haut [&#8230;] ; louche refus, \u2013&nbsp;<em>Verleugnung<\/em>&nbsp;? \u00bb, \u00e9crit-il alors, ajoutant aussit\u00f4t : \u00ab &#8230; lequel ne laisse plus que le refuge du mot d\u2019ordre \u00bb<a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9FB3A318-A0E7-4787-B169-D20293EE0E6C#_ftn1\">[1]<\/a>. Isolons le&nbsp;<em>point d\u2019interrogation<\/em>&nbsp;de Lacan adjoint au terme freudien de&nbsp;<em>Verleugnung<\/em>. Avec ce point d\u2019interrogation, Lacanlaisse ainsi ouverte, \u00e0 cette date, la question de ce qui rel\u00e8ve de la&nbsp;<em>cause&nbsp;<\/em>et ce qui, de fait, rel\u00e8ve d\u2019un&nbsp;<em>\u00ab sans pourquoi \u00bb.&nbsp;<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>20 novembre 2025<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen nous informait d\u2019un nouveau projet de proposition de loi (num\u00e9ro 385). Il concerne cette fois la mise en place de centres \u00ab experts \u00bb pour l\u2019ensemble du champ public de la Sant\u00e9 mentale, garantissant la conformit\u00e9 des pratiques aux recommandations \u00ab scientifiques \u00bb.&nbsp;<em>Oubli<\/em>&nbsp;de la causalit\u00e9 par passion du signifiant auquel, de fait, n\u2019\u00e9chappe personne, sauf \u00e0 choisir d\u2019entreprendre une psychanalyse, ou volont\u00e9 d\u2019imposer ce qui doit,<strong>&nbsp;<\/strong>et ce qui<strong>&nbsp;<\/strong>ne doit pas \u00eatre fait&nbsp;? Une nouvelle croisade<em>,&nbsp;<\/em>en somme,<strong>&nbsp;<\/strong>contre l\u2019invention \u00e0 nulle autre pareille \u00e0 laquelle chacun est convoqu\u00e9 pour composer avec<em>&nbsp;<\/em>son propre&nbsp;<em>il y a.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, mais voil\u00e0&nbsp;: de quel \u00ab&nbsp;il y a&nbsp;\u00bb parle-t-on ? \u00c0 quelle d\u00e9cision inou\u00efe suis-je convoqu\u00e9 alors-m\u00eame que le recours ek-siste<em>&nbsp;<\/em>au secours qu\u2019offrent les discours \u2013 f\u00fbt-ce celui de la science ? Et puis&nbsp;<em>composer avec<\/em>, est-ce tout \u00e0 fait la m\u00eame chose<strong>&nbsp;<\/strong>que de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019Un&nbsp;? Avec l\u2019Un, d\u2019une certaine mani\u00e8re, c\u2019est toujours la premi\u00e8re fois&nbsp;! Cet Un que Lacan est all\u00e9 emprunter \u00e0 Plotin,&nbsp;\u00e0 des fins, toutefois, de constance d\u2019une m\u00e9thode personnelle, la m\u00e9thode-Lacan (qui elle, n\u2019empruntait \u00e0 personne).<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/applewebdata:\/9FB3A318-A0E7-4787-B169-D20293EE0E6C#_ftnref1\">[1]<\/a>&nbsp;Lacan J., \u00ab\u00a0Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l\u2019\u00c9cole\u00a0\u00bb<em>,&nbsp;Autres \u00e9crits<\/em>, p. 253-254.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 d\u00e9cembre 2025 \u2013 8h30<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-5cf7fd69ebca48021f57cbdce09fc0ca\" style=\"color:#f20202\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;16<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous publions ce matin le concentr\u00e9 d&rsquo;un \u00e9change entre N* et Jacques-Alain Miller sur FondaMental.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous souhaitons que les membres qui peuvent utilement \u00e9changer avec notre interlocuteur le fassent et adressent leurs contributions (pas plus longues que le texte ici publi\u00e9) \u00e0 la Pr\u00e9sidente entrante, Laura Sokolowsky&nbsp;et&nbsp;<a href=\"mailto:secretaire@causefreudienne.org\">secr\u00e9taire<\/a>. Celle-ci d\u00e9cidera \u00e0 la rentr\u00e9e du timing des mises en ligne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Deux autres num\u00e9ros para\u00eetront aujourd\u2019hui :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; le premier avec un mot de la pr\u00e9sidente sortante et un autre de la pr\u00e9sidente entrante&nbsp;<br>&#8211; le second pr\u00e9sentant notre prochaine journ\u00e9e Question d\u2019\u00c9cole sur&nbsp;<em>L\u2019Action lacanienne<\/em>.&nbsp;<br><br>Puis, nous observerons une pause jusqu\u2019\u00e0 la rentr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sidente de l\u2019ECF<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-179412b9d512cb09c0209523dc64c686\" style=\"color:#f60202\"><strong>FondaMental parmi nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-1cb91dbb68ca43c21c792e83090e1a62\" style=\"color:#f60202\"><strong>Message \u00e0 N*.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques-Alain Miller<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est parfait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas un verbatim, mais un concentr\u00e9 d\u00e9tonnant de vos propos. Je l\u2019adresse \u00e0 la Pr\u00e9sidente de notre \u00c9cole, pour diffusion sur nos listes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parlons clair : vous \u00eates pour le retour des asiles, sous une forme actualis\u00e9e. Mes coll\u00e8gues psychanalystes, et parmi eux les psychiatres, auront certainement \u00e0 c\u0153ur d\u2019entamer un \u00e9change critique avec vous, qui trouvera place dans l\u2019un de nos espaces \u00e9lectroniques, \u201cLe d\u00e9bat\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but, mais gr\u00e2ce \u00e0 vous, le d\u00e9bat que nous allons avoir avec et sur FondaMental, part du meilleur pied. Le Moloch fait place, si je puis dire, \u00e0 un expert cool et avenant, arm\u00e9 d\u2019une argumentation serr\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai bien compris que FondaMental &#8211; cette fondation dont le nom joue sur le son et le sens \u00e0 la fa\u00e7on du dernier Lacan &#8211; entend sauver une psychiatrie \u00e0 la d\u00e9rive, objectif tr\u00e8s louable, sauf que, vous le reconnaissiez dimanche, notre psychiatrie et la v\u00f4tre sont fort diff\u00e9rentes. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-df11675c4ffacfea03256e4220006bce\" style=\"color:#f40202\"><strong>Pr\u00e9sentation de FondaMental<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N*<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui se joue aujourd\u2019hui autour des centres experts de la Fondation FondaMental ressemble, \u00e0 premi\u00e8re vue, \u00e0 la suite logique des combats de 2004 autour de l\u2019amendement Accoyer, puis plus r\u00e9cemment de l\u2019amendement 159. Mais en r\u00e9alit\u00e9, la critique adress\u00e9e \u00e0 la fondation repose au mieux sur des malentendus, au pire sur de v\u00e9ritables faux proc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>On pr\u00e9sente souvent FondaMental comme un faux-nez du priv\u00e9. C\u2019est factuellement faux. FondaMental est une fondation de coop\u00e9ration scientifique, cr\u00e9\u00e9e par d\u00e9cret, \u00e0 but non lucratif. Ses membres fondateurs sont exclusivement des \u00e9tablissements publics de soin et de recherche. C\u00f4t\u00e9 recherche, elle f\u00e9d\u00e8re une centaine d\u2019\u00e9quipes \u2014 toutes publiques. Les centres experts, eux, sont tous implant\u00e9s dans des centres hospitalo-universitaires publics. Et quand la fondation r\u00e9pond \u00e0 des appels \u00e0 projets, mobilise des fonds priv\u00e9s ou plaide pour un meilleur financement de la psychiatrie, elle le fait pour d\u00e9fendre le soin et la recherche publics. D\u2019ailleurs, son financement est aujourd\u2019hui public \u00e0 pr\u00e8s de 80 %.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame chose pour sa collaboration avec l\u2019Institut Montaigne, autour d\u2019un rapport en 2014 puis du livre Psychiatrie, l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en 2018 \u2014 et je pr\u00e9cise ici que j\u2019ai moi-m\u00eame particip\u00e9 \u00e0 ce livre et \u00e0 d\u2019autres travaux de l\u2019Institut Montaigne. Il ne s\u2019agissait ni de promouvoir une privatisation de la sant\u00e9 mentale, ni de fl\u00e9cher des cr\u00e9dits de recherche vers le priv\u00e9. Une lecture honn\u00eate du livre suffit \u00e0 dissiper ce soup\u00e7on, pourtant souvent entretenu.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre accusation r\u00e9currente : l\u2019influence suppos\u00e9e de l\u2019industrie pharmaceutique. L\u00e0 encore, les faits racontent une tout autre histoire. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, \u00e0 peine 2 % de l\u2019effort de recherche des laboratoires concerne la psychiatrie, contre plus de 40 % pour l\u2019oncologie. R\u00e9sultat : en vingt ans, tr\u00e8s peu de nouveaux traitements ont \u00e9merg\u00e9. La recherche publique ne fait gu\u00e8re mieux, avec moins de 4 % des financements de la recherche m\u00e9dicale consacr\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 mentale. \u00c0 moins de consid\u00e9rer que toute approche m\u00e9dicamenteuse serait \u00e0 proscrire par principe, ce n\u2019est clairement pas une bonne nouvelle. D\u00e9fendre un rattrapage, public comme priv\u00e9, de l\u2019effort de recherche en psychiatrie rel\u00e8ve donc du simple bon sens \u2014 pas d\u2019un agenda de privatisation.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame logique s\u2019agissant des cliniques priv\u00e9es. Les d\u00e9signer comme des acteurs intrins\u00e8quement dangereux pour le service public est un proc\u00e8s d\u2019intention. Ces cliniques sont financ\u00e9es par l\u2019assurance maladie, et leur r\u00e9gulation renforc\u00e9e a r\u00e9cemment conduit \u00e0 un effondrement de leurs marges. Quant \u00e0 leur poids r\u00e9el \u2014 environ 30 % des journ\u00e9es d\u2019hospitalisation compl\u00e8te \u2014 il est en r\u00e9alit\u00e9 bien moindre, puisque le principal groupe dit \u00ab priv\u00e9 \u00bb,&nbsp;Emeis, appartient d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui caract\u00e9rise en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019attaque contre FondaMental, c\u2019est une rh\u00e9torique bien connue. Celle que l\u2019on retrouve aujourd\u2019hui \u00e0 LFI, hier au NPA, et dans certains m\u00e9dias d\u2019extr\u00eame gauche :&nbsp;<em>Le Monde diplomatique<\/em>,<em>&nbsp;Blast<\/em>,<em>&nbsp;Basta!<\/em>,<em>&nbsp;Mediapart<\/em>. Une rh\u00e9torique d\u2019anticapitalisme simpliste, parfois quasi complotiste, o\u00f9 tout lien \u2014 r\u00e9el ou suppos\u00e9 \u2014 avec \u00ab l\u2019industrie pharmaceutique \u00bb, les \u00ab&nbsp;think&nbsp;tanks lib\u00e9raux \u00bb ou les \u00ab cliniques priv\u00e9es \u00bb vaut culpabilit\u00e9 imm\u00e9diate, sans d\u00e9monstration. Et quand cet anticapitalisme se double de la d\u00e9signation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de noms juifs \u2014 Rothschild, Dassault \u2014 le malaise est&nbsp;d\u2019autant plus fort que l\u2019on sait combien le couple \u00ab argent \/ juda\u00efsme \u00bb a historiquement structur\u00e9 l\u2019anti-freudisme.<\/p>\n\n\n\n<p>FondaMental n\u2019est pas plus l\u2019instrument de la privatisation de la sant\u00e9 mentale que le bras arm\u00e9 d\u2019un complot obscur contre la psychiatrie de secteur. Les CHU&nbsp;et la psychiatrie de secteur sont dans le m\u00eame bateau&nbsp;: m\u00eame mode de financement et organisations imbriqu\u00e9es. Les centres experts, malgr\u00e9 leur nom, ne sont pas des structures \u00e0 part : ce sont des dispositifs&nbsp;de troisi\u00e8me&nbsp;recours&nbsp;int\u00e9gr\u00e9s aux CHU, intervenant apr\u00e8s leur g\u00e9n\u00e9raliste et le psychiatre traitant. Les patients n\u2019y arrivent que&nbsp;si&nbsp;celui-ci&nbsp;\u2014 qui est, dans plus d\u2019un tiers des cas, un psychiatre de secteur \u2014&nbsp;le souhaite parce que son&nbsp;diagnostic est incertain ou qu\u2019un traitement est en \u00e9chec. Pr\u00e9tendre que les centres experts ne feraient \u00ab que du diagnostic \u00bb n\u2019a donc pas de sens : les patients qui y ont recours sont d\u00e9j\u00e0 suivis, et toute&nbsp;poursuite&nbsp;de la prise en charge par les \u00e9quipes du centre expert se verrait \u00e0 juste titre accus\u00e9e&nbsp;de captation de patient\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste la question de la recherche. Oui, les centres experts utilisent des examens biologiques et des questionnaires valid\u00e9s. Oui, ces outils servent \u00e0 affiner le diagnostic.&nbsp;Et&nbsp;oui, avec l\u2019accord des patients, ils permettent de constituer des cohortes pour \u00e9tudier les facteurs de risque, l\u2019\u00e9volution des troubles et l\u2019efficacit\u00e9 des traitements. Quand ces donn\u00e9es sont h\u00e9berg\u00e9es chez&nbsp;Outscale, filiale de Dassault, ce n\u2019est pas pour les \u00ab refiler \u00e0 Dassault Syst\u00e8mes \u00bb, mais parce que cet h\u00e9bergement garantit la protection et la souverainet\u00e9 des donn\u00e9es \u2014 ce que ne feraient pas Amazon ou Microsoft.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut bien s\u00fbr discuter le mod\u00e8le de psychiatrie de pr\u00e9cision port\u00e9 par les centres experts. Mais les donn\u00e9es accumul\u00e9es ouvrent d\u00e9j\u00e0 de nouvelles pistes th\u00e9rapeutiques, y compris m\u00e9dicamenteuses. Et surtout, p\u00e9renniser le financement de ces centres ne menace ni la psychanalyse, ni la psychiatrie de secteur. Financer les centres experts, ce n\u2019est pas retirer de l\u2019argent au secteur, qui fonctionne sur des enveloppes annuelles&nbsp;p\u00e9rennes. Et chercher \u00e0 r\u00e9duire certaines hospitalisations par des strat\u00e9gies de soins innovantes, ce n\u2019est pas fermer des lits. Lorsque Fondamental \u00e9crit, par une r\u00e8gle de trois \u00e0 partir des r\u00e9sultats d\u2019une \u00e9tude de 2017 que les centres experts pourrait faire \u00e9conomiser 18 milliards d\u2019euros en cas de g\u00e9n\u00e9ralisation du dispositif, ce ne sont pas des budgets qui disparaissent, c\u2019est la perspective de la diminution des files d\u2019attente \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en CMP par l\u2019augmentation des capacit\u00e9s d\u2019accueil qui se dessine.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus largement, sortir de cette vision en vases communicants permettrait enfin de penser une cohabitation \u2014 voire une hybridation \u2014 des approches. Les strat\u00e9gies fond\u00e9es sur les biomarqueurs, les essais cliniques ou les traitements m\u00e9dicamenteux ne s\u2019opposent pas aux approches centr\u00e9es sur la parole, la clinique et les trajectoires singuli\u00e8res. Elles peuvent \u00eatre compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 d\u00e9cembre 2025 \u2013 12h30<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-dd4cc787b1e9d7a9a53c1953c4050f05\" style=\"color:#f30101\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;17<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Textes de&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Laura Sokolowsky<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apr\u00e8s l\u2019amendement 159<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de quitter mes fonctions de pr\u00e9sidente de l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne, force m\u2019est de constater que la situation n\u2019est pas aussi sereine qu\u2019elle l\u2019\u00e9tait, il y a de cela deux ans, lorsque je les prenais. La fin de mon mandat r\u00e9v\u00e8le un tableau que nous n\u2019aurions pas pu soup\u00e7onner il y a encore six semaines, et les assauts qui s\u2019annoncent seront aussi virulents et rapproch\u00e9s que d\u00e9cid\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amendement 159 de la PLFSS (finalement retir\u00e9) visait \u00e0 interdire toute pratique inspir\u00e9e par la psychanalyse dans le champ de la sant\u00e9 mentale. Ce fut l\u2019instant de voir. Car Mme Guidez qui le portait, soutenait en m\u00eame temps, avec d\u2019autres s\u00e9nateurs, la PPL 385 &#8211; alors d\u00e9pos\u00e9e, elle, depuis presque un an. R\u00e9\u00e9crite peu avant son vote de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre encore moins lisible &#8211; et par l\u00e0 critiquable &#8211; qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait, celle-ci est pass\u00e9e au S\u00e9nat. Ses cons\u00e9quences \u00e0 terme, associ\u00e9es au projet de rendre les recommandations de la HAS opposables, mais aussi aux r\u00e9formes qui s&rsquo;annoncent dans le champ de la sant\u00e9 mentale, et qui passeront hors du circuit l\u00e9gislatif, reviennent \u00e0 ce qui serait si l\u2019amendement 159 \u00e9tait pass\u00e9. Cet amendement a donc certes \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 par les s\u00e9nateurs, mais c\u2019est pour mieux faire retour sous une autre forme, m\u00e9connaissable !<\/p>\n\n\n\n<p>Si FondaMental, dont nous savons \u00e0 pr\u00e9sent la place qu\u2019elle tient dans le paysage, entend faire taire les oppositions en appelant \u00e0 la concorde, impossible de ne pas voir que, dans le moment o\u00f9 \u00ab la science \u00bb pr\u00e9tend s\u2019imposer dans le domaine de la sant\u00e9 mentale, une propagande haineuse tente, elle, de discr\u00e9diter la psychanalyse en son nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun sait que la souffrance subjective appelle une parole qui puisse soulager du fait de son digne accueil par des praticiens form\u00e9s \u00e0 la susciter et \u00e0 la recevoir. Les promesses faites au nom de la science, les data qu\u2019elle entend collecter en passant, les prescriptions dont elle abreuvera ceux qui souffrent, ne sauraient persuader quiconque qu\u2019il faille dor\u00e9navant souffrir en silence. Tel est pourtant le programme qui se dessine.<\/p>\n\n\n\n<p>Couper les plus fragiles de nos concitoyens de la possibilit\u00e9 de parler et d\u2019\u00eatre dignement \u00e9cout\u00e9s aurait des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses. Et si la machine est en marche, il est de notre devoir de nous y opposer. Ainsi l\u2019ann\u00e9e qui s\u2019annonce sera intense et exigeante, elle nous imposera d\u2019\u00eatre forts, vivants, inventifs et d&rsquo;en faire la d\u00e9monstration en acte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le moment o\u00f9 je passe le relais \u00e0 Laura Sokolowsky, je voudrais saluer son travail \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s depuis deux ans. Je salue aussi le d\u00e9vouement \u00e0 la Cause des nombreux coll\u00e8gues d\u00e9cid\u00e9s qui m\u2019ont accompagn\u00e9e durant deux ans, et en particulier, celles et ceux qui ont tr\u00e8s intens\u00e9ment travaill\u00e9 durant ces six derni\u00e8res semaines au c\u00f4t\u00e9 du Directoire de l\u2019ECF.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Action&nbsp;lacanienne \u00e0 Question d\u2019\u00c9cole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Laura Sokolowsky<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai le pr\u00e9sent souhait de m\u2019adresser \u00e0 vous sans d\u00e9tour, \u00e0 la premi\u00e8re personne, avant d\u2019assumer mes futures fonctions de pr\u00e9sidente de l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne. Je le fais dans la mesure o\u00f9 l\u2019on me souhaite souvent bonne chance, d\u2019un air navr\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est gentil. Or, ce n\u2019est pas la chance qui nous sortira d\u2019affaire, mais un engagement sans faille, une r\u00e9flexion commune, une mobilisation sans pr\u00e9c\u00e9dent des membres de l\u2019ECF et de ses entours, ses sympathisants, nos coll\u00e8gues psychologues et psychiatres \u00e9cras\u00e9s par la bureaucratie sanitaire et qu\u2019inqui\u00e8tent les tentatives l\u00e9gislatives r\u00e9centes visant \u00e0 d\u00e9faire une organisation d\u00e9j\u00e0 fragile des lieux de soins o\u00f9 le terme de clinique a encore un sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, cette posture combative doit \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 l\u2019orientation lacanienne, \u00e0 savoir qu\u2019il lui faut exprimer ce que nous sommes en tant qu\u2019h\u00e9ritiers de Freud et de Lacan. Voil\u00e0 pourquoi j\u2019ai choisi le beau tableau de David et Goliath d\u2019Orazio Gentileschi pour l\u2019affiche de Question d\u2019\u00c9cole 2026 dont le th\u00e8me, cette ann\u00e9e, est \u00ab L\u2019Action lacanienne \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du panache et de l\u2019esprit contre l\u2019obscurantisme scientiste, les communicants enr\u00f4l\u00e9s au service de celui-ci et le complotisme relatif \u00e0 la sournoise&nbsp;<em>psychanalyse d\u2019\u00c9tat<\/em>&nbsp;qui emp\u00eacherait tout progr\u00e8s dans la prise en charge des troubles autistiques et du neurod\u00e9veloppement en France ? Cette vision complotiste, d\u2019apr\u00e8s laquelle les psychanalystes auraient infiltr\u00e9 les institutions et les universit\u00e9s, n\u2019est sans doute pas nouvelle, mais je ne l\u2019avais jamais per\u00e7ue aussi clairement qu\u2019en prenant connaissance du compte rendu d\u2019une commission d\u2019enqu\u00eate de l\u2019Assembl\u00e9e nationale o\u00f9 la pr\u00e9sidente d\u2019Autisme France \u00e9tait convoqu\u00e9e en octobre dernier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, les d\u00e9veloppements pr\u00e9cieux de Jacques-Alain Miller sur le complotisme, publi\u00e9s dans&nbsp;<em>La Cause du d\u00e9sir<\/em>&nbsp;et accessibles dans une vid\u00e9o de Miller TV, sont une boussole indispensable dans le combat de l\u2019action lacanienne pr\u00e9sent et \u00e0 venir. &nbsp; &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le panache et l\u2019esprit ne seront pas suffisants. Il faudra \u00eatre malins, agiles, rapides, dot\u00e9s d\u2019une veille l\u00e9gislative. Nous devrons informer les pouvoirs publics, d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs, ministres et membres du gouvernement, chercheurs et laboratoires, \u00e9tudiants et enseignants, centres de soins, institutions m\u00e9dico-sociales, et journalistes, entre autres, des enjeux politiques et \u00e9pist\u00e9miques de ces fausses promesses scientistes et complotistes : celles des recommandations de bonnes pratiques bas\u00e9es sur le rapport obsol\u00e8te de la HAS, comme celles des protocoles standardis\u00e9s o\u00f9 le sujet souffrant dans son corps et sa pens\u00e9e n\u2019a pas son mot \u00e0 dire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant l\u2019\u00e9v\u00e9nement proprement dit de Question d\u2019\u00c9cole, \u00e0 peine les inscriptions ont-elles \u00e9t\u00e9 ouvertes, il y a un peu plus d&rsquo;une semaine, que vous avez \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s nombreux \u00e0 vous y inscrire. Plus de la moiti\u00e9 des places disponibles au Palais de la Mutualit\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 parties. Un autre \u00e9l\u00e9ment est celui du programme dont le d\u00e9tail vous sera diffus\u00e9 tr\u00e8s prochainement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chacune de ces s\u00e9quences aura une dur\u00e9e suffisante pour promouvoir les \u00e9changes entre intervenants et pr\u00e9sidents de s\u00e9quence et les questions du public.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Action lacanienne, c\u2019est le 24 janvier \u00e0 la Mutualit\u00e9, mais c\u2019est aussi en chacun ce qu\u2019il faut pour ne pas faillir au devoir d\u2019entendre ce qu\u2019\u00e9non\u00e7ait Jacques Lacan. La psychanalyse comme discours a du mal \u00e0 passer, disait-il, \u00e0 cause d\u2019un nouveau rapport au savoir que celle-ci introduit dans le monde. Le savoir du sujet qui ne sait pas qu\u2019il sait.<\/p>\n\n\n\n<p>Alli\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e complotiste de la&nbsp;<em>psychanalyse d\u2019\u00c9tat<\/em>, le scientisme ne tol\u00e8re pas l\u2019existence d\u2019un tel savoir insu. L\u2019inconscient \u00e9chappe \u00e0 la mesure et le d\u00e9sir et la jouissance ne sont pas localisables dans le cerveau. En outre, les politiques autoritaires accentuent l\u2019identification du moi \u00e0 des signifiants-ma\u00eetres, aux S1 des slogans, rejetant toute notion d&rsquo;un savoir sans sujet. Le marketing contre la psychanalyse, ses \u00e9l\u00e9ments de langage \u00e9cul\u00e9s, devront ainsi \u00eatre isol\u00e9s et d\u00e9nonc\u00e9s comme tels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nos d\u00e9tracteurs sont des fant\u00f4mes du pass\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes l\u2019avenir. &nbsp; &nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>___________________________<\/p>\n\n\n\n<p><em>23 d\u00e9cembre 2025 \u2013 15h30<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-link-color wp-elements-80c2f5944977295ee2a21506f86f381d\" style=\"color:#f70000\"><strong>L\u2019\u00c9COLE &nbsp;D\u00c9BAT&nbsp;18<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le S\u00e9minaire et l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques-Alain Miller<\/p>\n\n\n\n<p>Le Seuil me confirme la date de la sortie du S\u00e9minaire : ce sera le 23 janvier. Bien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Question d\u2019\u00c9cole se tiendra le lendemain. Rien ne serait plus facile \u00e0 l\u2019\u00c9cole que de prendre langue avec la diffusion du Seuil afin que le S\u00e9minaire soit disponible \u00e0 l\u2019achat lors de notre r\u00e9union.<\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Question d\u2019\u00c9cole 2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le programme pas \u00e0 pas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Laura Sokolowsky<\/p>\n\n\n\n<p>Chers coll\u00e8gues,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui pr\u00e9side \u00e0 la composition des s\u00e9quences de Question d\u2019\u00c9cole 2026 rel\u00e8ve d\u2019une r\u00e9flexion ajust\u00e9e \u00e0 l\u2019objet de son th\u00e8me, \u00e0 savoir l\u2019action lacanienne. Une s\u00e9rie de projets l\u00e9gislatifs ind\u00e9sirables nous mobilisent, nous savons que ce n\u2019est que le d\u00e9but, nous entrons dans une p\u00e9riode de turbulences. Un tel ajustement m\u00e9rite en outre d\u2019expliciter le choix des coll\u00e8gues qui vont intervenir durant les six s\u00e9quences du matin et de l\u2019apr\u00e8s-midi. En voici le d\u00e9tail.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>1) La premi\u00e8re s\u00e9quence du matin intitul\u00e9e&nbsp;<em>Points vifs<\/em>&nbsp;donnera la parole aux deux analystes de l\u2019\u00c9cole qui sont aujourd\u2019hui en fonction, Catherine Lacaze-Paule et P\u00e9n\u00e9lope Fay. Ayant pr\u00e9sent\u00e9 leur t\u00e9moignage lors de la Journ\u00e9e de la passe en octobre dernier, elles s\u2019exprimeront cette fois-ci \u00e0 partir des points vifs que l\u2019exp\u00e9rience de la passe leur permet d\u2019envisager. Venant d\u2019achever son mandat d\u2019AE, Carolina Koretzky pr\u00e9sidera cette s\u00e9quence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>2) Sous le titre&nbsp;<em>Autod\u00e9fense<\/em>, la deuxi\u00e8me s\u00e9quence de la matin\u00e9e sera pr\u00e9sid\u00e9e par Lilia Mahjoub dont l\u2019exp\u00e9rience depuis la lutte contre l\u2019amendement Accoyer est bien connue. L. Mahjoub a en outre accompagn\u00e9 la transition op\u00e9r\u00e9e par les CPCT au moment o\u00f9 ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 requis de modifier leur politique d\u2019expansion. Ayant particip\u00e9 \u00e0 plusieurs forums, engag\u00e9s de longue date en faveur l\u2019action lacanienne sur le plan \u00e9ditorial, organisationnel et \u00e9pist\u00e9mique, \u00c8ve Miller-Rose et Laurent Dupont parleront de la fa\u00e7on dont les psychanalystes savent se d\u00e9fendre.<\/p>\n\n\n\n<p>3)&nbsp;<em>\u00c9pars d\u00e9sassortis&nbsp;<\/em>est le titre de la troisi\u00e8me s\u00e9quence que j\u2019aurai plaisir \u00e0 pr\u00e9sider. Les coll\u00e8gues sollicit\u00e9s ayant d\u00e9clin\u00e9 mon invitation, je communiquerai prochainement l\u2019identit\u00e9 des deux intervenants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>4) La quatri\u00e8me s\u00e9quence est aussi la premi\u00e8re de l\u2019apr\u00e8s-midi consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9clinaison de l\u2019action lacanienne dans trois domaines distincts. \u00c0 l\u2019origine de la tribune \u00ab &nbsp;Nous refusons une psychiatrie de vitrine \u00bb parue dans&nbsp;<em>Le Monde&nbsp;<\/em>le 11 d\u00e9cembre, Cl\u00e9ment Fromentin interviendra avec Pierre Sidon sous le titre de l\u2019<em>Action en psychiatrie<\/em>. Vous avez pu les entendre r\u00e9cemment dans la remarquable \u00e9mission de Studio Lacan \u00ab&nbsp;Sp\u00e9ciale loi n\u00b0385. La psychiatrie attaqu\u00e9e&nbsp;\u00bb. Cette quatri\u00e8me s\u00e9quence sera pr\u00e9sid\u00e9e par \u00c9ric Laurent dont on conna\u00eet l\u2019int\u00e9r\u00eat et le savoir quant \u00e0 la psychiatrie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>5) L\u2019universit\u00e9 prend part au combat pour la psychanalyse par des moyens sp\u00e9cifiques. Lesquels ? Pour le savoir, Sophie Marret-Maleval, professeur \u00e9m\u00e9rite au D\u00e9partement de psychanalyse de Paris 8 et Aur\u00e9lie Pfauwadel qui dirige maintenant ce m\u00eame d\u00e9partement, pr\u00e9senteront l\u2019<em>Action \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/em>&nbsp;Professeur des universit\u00e9s, Herv\u00e9 Castanet pr\u00e9sidera cette cinqui\u00e8me s\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p>6) La derni\u00e8re s\u00e9quence nous fera entendre Sarah Camous-Marquis, membre du dispositif jeunesse, dont le texte a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 dans \u00ab Le D\u00e9bat de la Tribune et du S\u00e9nat 5 \u00bbsurECF-Messager le 12 d\u00e9cembre. Nous saluons cette initiative de la part d\u2019une membre sous condition en lui offrant la possibilit\u00e9 de prolonger sa r\u00e9flexion. Puis la parole sera donn\u00e9e \u00e0 Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen dont l\u2019intelligence institutionnelle et le courage ont marqu\u00e9 les esprits au moment de l\u2019organisation express du premier forum sur l\u2019amendement liberticide. Et quoi de plus actuel que son livre sur&nbsp;<em>L\u2019Actualit\u00e9 de la haine&nbsp;<\/em>? Cette sixi\u00e8me s\u00e9quence sur l\u2019<em>Action de l\u2019\u00c9cole&nbsp;<\/em>sera pr\u00e9sid\u00e9e par \u00c9ric Zuliani, ancien pr\u00e9sident de l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chers coll\u00e8gues, j\u2019aimerais que l\u2019importance accord\u00e9e aux titres des s\u00e9quences de cet \u00e9v\u00e9nement, leur coh\u00e9rence, ainsi que le&nbsp; choix des intervenants retienne votre attention. Chaque mot est pes\u00e9, chaque coll\u00e8gue sollicit\u00e9 s\u2019engage \u00e0 partir de son exp\u00e9rience, de son savoir-faire, de son d\u00e9sir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il n\u2019y pas de tous qui vaille, il y a une cause commune, laquelle consiste \u00e0 soutenir le discours psychanalytique quand celui-ci se trouve attaqu\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PROGRAMME<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le programme complet avec les titres des interventions\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>sera communiqu\u00e9 ult\u00e9rieurement&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MATIN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>10h \u2013 10h10&nbsp;Introduction&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Laura Sokolowsky, pr\u00e9sidente de l\u2019ECF<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>10h10 \u2013 11h05 &nbsp;Points vifs&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sidente : Carolina Koretzky&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>P\u00e9n\u00e9lope Fay &amp; Catherine Lacaze-Paule<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11h05 \u2013 12h &nbsp;Autod\u00e9fense<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sidente : Lilia Mahjoub&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c8ve Miller-Rose &amp; Laurent Dupont<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12h \u2013 12h55 &nbsp;\u00c9pars d\u00e9sassortis&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sidente&nbsp;: Laura Sokolowsky<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>X&#8230; &amp; X&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>APR\u00c8S-MIDI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>15h \u2013 15h55 &nbsp;Action en psychiatrie&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sident&nbsp;: \u00c9ric Laurent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9ment Fromentin &amp; Pierre Sidon<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15h55 \u2013 16h50 &nbsp;Action \u00e0 l\u2019universit\u00e9&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sident : Herv\u00e9 Castanet&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sophie Marret-Maleval &amp; Aur\u00e9lie Pfauwadel<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16h50 \u2013 17h45 &nbsp;Action de l\u2019\u00c9cole&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9sident : \u00c9ric Zuliani&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sarah Camous-Marquis &amp; Ana\u00eblle Lebovits-Quenehen<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17h45 \u2013 17h55 &nbsp;Conclusion&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Laura Sokolowsky &amp; Ang\u00e8le Terrier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9bat a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole de la Cause freudienne dans les suites de la mobilisation suscit\u00e9e par l\u2019Amendement 159 propos\u00e9 au S\u00e9nat, et qui fut retir\u00e9. Nous reprenons ici les textes parus sur ECF Messager du 8 au 23 d\u00e9cembre 2025. 8 d\u00e9cembre 2025 Une r\u00e9action \u00e0 la tribune Francesca Biagi-Chai L\u2019article intitul\u00e9 \u00ab [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":1693,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"ppma_author":[21],"class_list":["post-314","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"authors":[{"term_id":21,"user_id":9,"is_guest":0,"slug":"ecf","display_name":"ECF","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/a7535ed773eec2e72da450c6714e5b01bd63259f8e3bb4cff2da97d9ec340387?s=96&d=mm&r=g","0":null,"1":"","2":"","3":"","4":"","5":"","6":"","7":"","8":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=314"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":383,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/314\/revisions\/383"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=314"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}