{"id":1642,"date":"2026-09-24T07:00:00","date_gmt":"2026-09-24T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lacanquotidien.org\/?p=1642"},"modified":"2026-09-23T12:58:43","modified_gmt":"2026-09-23T11:58:43","slug":"lacan-quotidien-n53-les-bonnes-notes-nathalie-georges-lambrichs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lacanquotidien.org\/index.php\/2026\/09\/24\/lacan-quotidien-n53-les-bonnes-notes-nathalie-georges-lambrichs\/","title":{"rendered":"Lacan Quotidien n\u00b053 &#8211; Les bonnes notes &#8211; Nathalie Georges-Lambrichs"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color has-link-color has-medium-font-size wp-elements-1 wp-block-paragraph\" style=\"color:#f9610f\">LQ 53<br>Quel monde voulons-nous ?, <br>par Dalila Arpin<br>L\u2019amour des livres<br>Les bonnes notes, <br>par Nathalie Georges-Lambrichs<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"677\" height=\"29\" src=\"https:\/\/lacanquotidien.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Tiret-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-834\" style=\"aspect-ratio:23.34841628959276;width:467px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/lacanquotidien.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Tiret-1.jpg 677w, https:\/\/lacanquotidien.org\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Tiret-1-300x13.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 677px) 100vw, 677px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color has-link-color wp-elements-2 wp-block-paragraph\" style=\"color:#ed1cc7\"><strong>L\u2019amour des livres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Sur <em>Les Bonnes Notes<\/em> de M.-P.&nbsp;Hasco\u00ebt (Cano\u00eb, 2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Pierre Hasco\u00ebt, historienne, publie sous le titre <em>Les Bonnes Notes<\/em> son premier roman.<br>Le rythme du r\u00e9cit et son style m\u2019ont rappel\u00e9 <em>Les Choses<\/em> de Georges Perec(1965). Le livre r\u00e9ussissait le tour de force de nous toucher dans notre pr\u00e9sent imm\u00e9diat&nbsp;; pas moi, pas lui, ni elle&nbsp;: \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00eatre social intime qui se d\u00e9robe en chacun de nous et se perdrait, n\u2019\u00e9tait, soudain, la p\u00e9n\u00e9tration d\u2019un regard sortant de l\u2019ombre et lui donnant asile dans des personnages de roman, saisis pour leur h\u00e9ro\u00efsme ou leur forfaiture et rendus \u00e0 leur g\u00e9n\u00e9ration anonyme. Leur aveuglement, leur soumission, leur douleur sont les n\u00f4tres. La dystopie du roman enfante notre monde commun&nbsp;et grave l\u2019eau-forte de son souvenir dans une m\u00e9moire d\u2019avenir. Notre monde court-circuite la soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9consiste au fur et \u00e0 mesure que notre aperception singuli\u00e8re nous pousse \u00e0 faire part de notre point de vue insoluble dans aucune communaut\u00e9, sinon de lecteurs. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Pierre Hasco\u00ebt r\u00e9ussit \u00e0 faire que les gens auxquels elle pr\u00eate vie soient \u00e0 la fois des individus, des types et des personnes, et m\u00eame des sujets avec leurs semblables qui, soudain, se r\u00e9v\u00e8lent \u00e9trangers. Ainsi nous m\u00eale-t-elle \u00e0 quelques familles, portant sur deux ou trois g\u00e9n\u00e9rations, faites de grandes et de petites personnes bouscul\u00e9es par les mots que leur langue fa\u00e7onne, d\u00e9forme, ampute, formate, dessinant les contours de leurs castes ou de leurs potes, ainsi que les silhouettes d\u2019un flic solitaire et m\u00e9lancolique, d\u2019une caissi\u00e8re de Monoprix ou d\u2019un cur\u00e9 pas trop antipathique, que l\u2019historienne encha\u00eene dans la trame du roman, y faufilant de son \u00e9criture &nbsp;cristalline les heurts impensables entre les uns et les autres qui se bousculent croyant s\u2019aimer ou pire, entre deux portes ou deux maisons \u00e0 vendre, cach\u00e9s dans des albums de photos qui mentent ou se perdent comme des gifles, fleurant le parfum triste des amiti\u00e9s pourrissantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors appara\u00eet le motif, l\u2019image s\u00e9rigraphique dans le tapis brod\u00e9&nbsp;de notes, de z\u00e9ro \u00e0 dix, ass\u00e9n\u00e9es ou crypt\u00e9es, omnipr\u00e9sentes, hypocritement facultatives, notes, notes, notes, bafouant la majest\u00e9 des mots qui firent le lit de notre mince humanisme, ces mots sur lesquels Freud nous enjoint de ne pas c\u00e9der, si nous voulons ne pas c\u00e9der sur les choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces notes scandent aujourd\u2019hui tous les \u00e2ges de la vie, les moments de l\u2019existence. Elles estampillent et grapillent les zones d\u2019ombre o\u00f9 s\u2019\u00e9tiraient des phrases devenues obsol\u00e8tes, anonymisant ceux qui les d\u00e9cernent comme des r\u00e9compenses ou des ch\u00e2timents, les n\u00e9gociant pour se racheter, f\u00fbt-ce au d\u00e9triment d\u2019une d\u2019amiti\u00e9 tout \u00e0 coup protest\u00e9e comme une lettre de change. Des notes tombent en pluie et pr\u00e9cipitent en grilles enfermant chacun de nous dans un item, dot\u00e9 de data.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9chapper \u00e0 la notation? Qui ose encore penser que ce soit possible? Les \u00e9chelles se superposent, se croisent, se renforcent, doublant les labyrinthes des prisons o\u00f9 Piranese a enferm\u00e9 le ciel, qui seul dans la nuit noire reste une \u00e9chappatoire pour les purs r\u00e9fractaires aux \u00e9ch\u00e9ances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qui d\u2019autre, sinon quelque part, quelqu\u2019un, une femme aujourd\u2019hui qui \u00e9crit, dont l\u2019attente contagieuse rend le d\u00e9sir tellement d\u00e9sirable&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce roman si d\u00e9pouill\u00e9, \u00e9pris de pr\u00e9cision, est plus qu\u2019une fiction&nbsp;: une d\u00e9position, tomb\u00e9e de l\u2019\u0153il mort d\u2019un dieu dont nous savons qu\u2019il est parmi nous, diffract\u00e9, en autant de lettres mortes, en souffrance de d\u00e9chiffrage ou de d\u00e9chiffrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LQ 53Quel monde voulons-nous ?, par Dalila ArpinL\u2019amour des livresLes bonnes notes, par Nathalie Georges-Lambrichs L\u2019amour des livres Sur Les Bonnes Notes de M.-P.&nbsp;Hasco\u00ebt (Cano\u00eb, 2026). 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